«Avec la viande, nous bouffons notre planète»

InitiativeVera Weber rejoint le comité de l’initiative contre l’élevage intensif, lancée mardi. Interview.

Le lancement de l'initiative s'est déroulé mardi à Berne. Pour Vera Weber, l'élevage intensif est «l'un des plus grands crimes environnementaux de notre époque».

Le lancement de l'initiative s'est déroulé mardi à Berne. Pour Vera Weber, l'élevage intensif est «l'un des plus grands crimes environnementaux de notre époque». Image: Keystone

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Les opposants à l’élevage intensif ont décroché un soutien de taille. Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber, rejoint le comité de l’initiative qui demande la disparition de l’élevage industriel dans les 25 ans. Le texte a été publié mardi dans la Feuille fédérale et les défenseurs des animaux ont jusqu’au 12 décembre 2019 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires. Vera Weber répond à nos questions.

– Quel est le but de cette initiative? Tous les producteurs devraient-ils devenir bio?

Nous demandons à la Confédération de fixer des critères sur un hébergement et des soins respectueux des animaux, avec un accès à l’extérieur, un abattage respectueux et une taille maximale des groupes par étable. Ces conditions correspondent au cahier des charges 2018 de Bio Suisse. Les producteurs auraient le temps de s’adapter, puisque l’initiative précise qu’on peut prévoir un délai transitoire de 25 ans au plus. On ne changerait pas de système du jour au lendemain!

– Pourquoi lui apportez-vous votre soutien?

La surproduction de viande et l’élevage intensif ont toujours été au coeur des combats de la Fondation Franz Weber. Nous avons pensé à lancer une telle initiative dans le passé, mais le temps n’était pas encore venu. Quand nous avons appris que Sentience Politics (un laboratoire d’idées antispéciste) avait l’intention d’agir, il était évident de les soutenir.

– Quels moyens financiers fournissez-vous?

Nous allons apporter un soutien financier, mais je ne peux pas le chiffrer car la Fondation doit encore décider du budget.

– Les caillassages de boucheries font la une de l’actualité. Ne craignez-vous pas qu’on assimile ces événements à l’initiative et que cela entraîne un dégât pour votre image?

Absolument pas, ce sont des choses totalement différentes et je condamne les caillassages. Par ailleurs, je ne suis pas opposée aux éleveurs: on peut exercer cette profession dans le respect des animaux. Il est très important qu’en Suisse, on pose enfin le débat sur le mode de production de notre viande. L’élevage intenstif est l’un des plus grands crimes environnementaux de notre époque.

– Vous y allez fort!

Mais il y a urgence! Outre des souffrances animales, les dérives de l’élevage industriel engendrent des dommages massifs sur l’environnement, le paysage, les eaux et le climat mondial. La surproduction entraîne notamment la déforestation car il faut libérer des terrains pour produire la nourriture de tous ces animaux. En mangeant de la viande comme nous le faisons aujourd’hui, nous bouffons littéralement notre planète.

– Vous voulez nous priver de viande?

Non, mais il faut être raisonnable. Aujourd’hui, il y a trop d’offre et trop de demande. Nous sommes toujours plus nombreux sur terre et toujours plus de monde peut s’offrir de la viande. Même l’Inde, qui était très axée sur la cuisine végétarienne, s’y met. En Suisse aussi, nous exagérons. En réduisant notre consommation et en choisissant des produits de qualité, nous ne ferons pas seulement un immense pas pour l’avenir de notre planète et le bien des animaux, il est aussi question de notre santé. L’élevage intensif emploie notamment des antibiotiques que nous mangeons ensuite.

– Les normes suisses sont plus strictes qu’à l’étranger. N’est-ce pas suffisant?

La Suisse a beau avoir l’une des meilleures lois de protection des animaux, elle fait juste moins mal que les autres. La situation est encore plus horrible ailleurs, mais elle n’est pas pour autant satisfaisante chez nous. Des poules sont confinées à 17 par mètre carré et n’ont droit qu’à six semaines de vie, le temps d’atteindre la maturité d’abattage. Dans les années 1960, la production des vaches laitières est passée d’environ 4000 à 8000 litres par vache et par année. Dans les élevages intensifs, cela peut même aller jusqu’à 10'000 litres. Ces exemples montrent ce que notre législation sur la protection des animaux autorise aujourd’hui.

– Les producteurs suisses sont confrontés à des concurrents étrangers qui pratiquent l’élevage intensif. Ne risquez-vous pas de les tuer?

Pas du tout. Si l’initiative est acceptée, on ne pourra pas non plus importer de la viande produite en élevage intensif à l’étranger. On va donc renforcer notre production bio face à la concurrence étrangère.

– Est-ce vraiment réaliste de vouloir aller contre une évolution mondiale?

J’ai conscience qu’on va me traiter d’utopique. Mais encore une fois, nous sommes obligés de remettre en question la façon dont nous produisons et consommons de la viande. Sinon, il n’y aura simplement plus assez de place pour les habitats, la diversité des espèces et pour nous non plus d’ailleurs.

– Le but de votre initiative est-il avant tout de lancer le débat?

Il y a aujourd’hui un développement des sensibilités qui va dans le sens de notre initiative. De nombreuses images montrant la condition des animaux d’élevage ont circulé, beaucoup de gens sont choqués et demandent d’améliorer la situation. Selon un sondage Isopublic, 87% des Suisses jugent le bien-être des animaux dans l’agriculture «important» ou «très important». Jusqu’au vote par le peuple, il s’écoulera encore beaucoup de temps et la situation va continuer d’évoluer. Cette campagne sera aussi l’occasion pour chacun de s’informer sur ses choix et sur l’impact de sa consommation. Nous ne pouvons pas uniquement fermer les yeux.

– Êtes-vous végétalienne?

Non, je suis végétarienne. J’ai consommé un peu de viande durant mon adolescence, quand j’allais au restaurant. Mais j’ai arrêté à l’âge de 19 ans. Je pense à devenir végane. Je mange encore un peu de fromage... Je trouve cela horriblement bon, mais je n’achète que du fromage bio et je suis très attentive aux produits choisis. (TDG)

Créé: 12.06.2018, 20h50

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