Angela Merkel s’oppose à Donald Trump sur le multilatéralisme et le climat

DavosPlus populaire que jamais, la chancelière plaide pour un rôle accru de l’Allemagne et de l’Union européenne sur la scène mondiale.

La chancelière allemande Angela Merkel a répété l’urgence de «travailler ensemble» pour le climat.

La chancelière allemande Angela Merkel a répété l’urgence de «travailler ensemble» pour le climat. Image: AP

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C’est la douzième fois qu’elle vient à Davos. Mais jamais sans doute Angela Merkel n’a paru aussi détendue et sûre d’elle-même. Les crises au sein de sa coalition sont derrière elle. Elle peut se flatter d’une cote de popularité record, alors qu’elle achève son quatrième mandat.

Et pour une fois, aucun grand dirigeant européen ne lui a fait de l’ombre au WEF. Ni Boris Johnson ni Emmanuel Macron n’ont jugé bon de venir à Davos cette année. Le premier ministre britannique a expliqué qu’il préférait «travailler d’arrache-pied» pour répondre aux attentes des milieux populaires pro-Brexit plutôt que de «boire du champagne avec les milliardaires». Quant au président français, absent l’an dernier pour cause de crise des «gilets jaunes», il a de nouveau renoncé, en pleine crise des retraites, à s’afficher au milieu des grands patrons.

C’est donc Angela Merkel qui s’est chargée jeudi de porter la contradiction à Donald Trump, parti la veille de Davos. En opposition à l’America first du président américain, elle défend le multilatéralisme. «Pour qu’il y ait plus de prospérité mondiale, il faut travailler avec les organisations internationales, comme l’OMC. Le blocage du tribunal d’appel de l’OMC par les États-Unis depuis plus de deux ans nous complique la vie.»

Une coopération internationale indispensable pour remplir les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, dont les États-Unis se sont retirés. «Au rythme actuel, nous n’y arriverons pas!» insiste Angela Merkel. «Il faut travailler ensemble pour aller plus vite. La biodiversité et l’environnement doivent être au centre de nos préoccupations.»

Apportant son soutien au Green Deal de la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, la chancelière évoque la nécessité de «transformations radicales, historiques, impliquant l’abandon de nos modes de production et de notre mode de vie». Devant les participants du WEF, Angela Merkel vante son plan climat visant à réduire d’ici à 2030 les émissions de CO2 de 55% par rapport à 1990 en Allemagne. Grâce à la sortie du charbon d’ici à 2038 et à des investissements massifs dans les énergies renouvelables.

Sans nommer Greta Thunberg, elle prend la défense de la jeune activiste, décriée par l’administration Trump. «Nous avons une jeunesse impatiente. Il faut être tolérant avec les jeunes et les écouter.» Angela Merkel s’avoue toutefois inquiète «du conflit de société entre ceux qui veulent une neutralité carbone tout de suite et ceux qui relativisent l’urgence climatique». Entre ces deux camps, «la communication est parfois plus difficile que lors de la guerre froide», constate la chancelière originaire de l’ex-RDA.

Enjeux mondiaux

Au-delà du climat, Angela Merkel affiche à Davos des ambitions nouvelles sur la scène internationale. Évoquant le sommet sur la Libye organisé à Berlin dimanche dernier, elle justifie ses efforts diplomatiques. «Il faut tout faire pour empêcher que le conflit syrien ne se reproduise en Libye. Et éviter de nouveaux flux migratoires.»

Alors que l’Allemagne assurera dès le mois de juillet la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, la chancelière annonce la tenue de deux sommets. Le premier, consacré à l’Afrique, doit renforcer la coopération entre l’UE et le continent. Citant l’exemple du «Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, qui dépense 30% de son budget pour son armée et la lutte antiterroriste», elle plaide pour une action préventive européenne, car «sans sécurité, pas de développement possible». Le deuxième sommet réunira en septembre la Chine et les pays membres de l’Union, pour que l’Europe parle d’une seule voix face au géant chinois.

Pas d’état d’âme sur le Brexit. «Je suis triste bien sûr que le Royaume-Uni nous quitte. Mais il faut s’en accommoder et trouver des rapports de bon voisinage.»

Une chancelière tournée vers l’avenir, qui refuse de s’appesantir sur le passé et de multiplier les hommages au WEF lorsque son fondateur, Klaus Schwab, lui demande de livrer un dernier commentaire sur les 50 ans du forum. Réponse agacée d’Angela Merkel: «Je ne sais pas, j’ai déjà dit ce que j’avais à dire…» provoquant les rires de l’assistance. La reine du jour, c’est elle. Pas question de partager la vedette avec l’hôte des lieux.

Créé: 23.01.2020, 23h00

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