Andermatt renaît à coups de millions

ReportageLe milliardaire Samih Sawiris est en train de transformer la petite station en destination de luxe. Le domaine skiable modernisé ouvre cet hiver.

La construction de la station de départ et de remontées mécaniques plus grandes entre dans sa dernière ligne droite avant le début de la saison d’hiver. Dans le village, les travaux se poursuivent pour donner forme à un complexe hôtelier et immobilier géant.

La construction de la station de départ et de remontées mécaniques plus grandes entre dans sa dernière ligne droite avant le début de la saison d’hiver. Dans le village, les travaux se poursuivent pour donner forme à un complexe hôtelier et immobilier géant. Image: Kevin Obschlager / DR

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La neige est tombée sur Andermatt, dans les Alpes uranaises, comme une piqûre de rappel. Il ne reste plus que quelques semaines avant le début de la saison d’hiver, et autant de temps pour terminer la construction des nouvelles remontées mécaniques. Des hélicoptères dessinent au-dessus des cimes blanches un ballet frénétique, livrant pièce par pièce les composants des installations. L’objectif est clair: devancer les grosses chutes de neige pour sceller cette année la liaison entre les pistes de la station et celles de Sedrun (GR).

«Le village d’Andermatt avait déjà le plus bel hôtel (ndlr: le Chedi), il aura désormais le meilleur domaine skiable du pays!» Le promoteur immobilier égyptien Samih Sawiris ne fait pas dans la demi-mesure pour louer cette étape «majeure» du renouveau de la commune de 1400 âmes, coincée entre les Grisons et le tunnel du Gothard. On n’en attend pas moins de celui qui a dépensé à ce jour – par l’intermédiaire de l’entreprise Andermatt Swiss Alps – 728 millions de francs pour transfigurer un coin au bord du gouffre il y a peu en destination de premier plan.

Les millions vont continuer à pleuvoir dans la vallée d’Urseren. Samih Sawiris veut injecter près de 1,9 milliard en tout dans la construction d’hôtels de luxe, d’immeubles résidentiels et de chalets, entre autres. Une petite partie vise à moderniser le domaine skiable. Dix nouvelles installations sont prévues. Cette saison d’hiver va s’enrichir d’un restaurant familial, d’un domaine enfants et, si le calendrier est tenu, de trois remontées permettant aux skieurs de gagner Sedrun. L’an prochain, une nouvelle télécabine leur donnera la possibilité de faire le chemin inverse. Samih Sawiris voit encore plus grand et ambitionne de relier une troisième station, celle de Disentis. Le Valaisan Peter Furger est responsable des travaux. Peu avant le coup d’envoi de la saison, c’est la course contre la montre. «Si la météo ne se déchaîne pas, on sera prêt.»

«Le village d’Andermatt avait déjà le plus bel hôtel, il aura désormais le meilleur domaine skiable du pays!»

Longtemps, il a dû ronger son frein. Plusieurs années se sont écoulées entre la planification et le premier coup de pioche, en 2015. «Nous avons envoyé l’équivalent de 800 classeurs fédéraux à Berne. Le système des autorisations est trop complexe. La Confédération doit s’en rendre compte si elle veut sauver le tourisme.»

Les stations alpines souffrent sous l’effet conjugué du franc fort, du manque de neige ou d’installations vieillissantes. Peter Furger, qui a mené la restructuration de plusieurs domaines en difficulté, en est convaincu, Andermatt est un modèle à suivre. «Il faut absolument investir dans les installations et aussi dans les lits commerciaux pour attirer les visiteurs. Comme ceux-ci ne sont plus seulement des skieurs, il faut penser à mettre en place des offres pour ceux qui veulent simplement toucher la neige, en créant par exemple des chemins de randonnée.»

L’homme providentiel

L’histoire raconte que c’est l’ambassadeur de Suisse au Caire qui a amené Samih Sawiris à s’intéresser à la station après le départ, en 1999, de l’armée. Les militaires faisaient jusqu’alors vivre l’économie locale; ils ont laissé derrière eux un énorme trou et plongé la commune dans une dépression collective. Les habitants ont quasi unanimement décidé de confier leur destin à l’Égyptien. Plus de 90% de la population a accepté son projet hors norme en 2007.

C’est du côté nord de la gare, en face du «vieil» Andermatt, que se concentrent les travaux. Le bruit des perceuses est constant; les échafaudages et les grues contrastent avec les montagnes en arrière-plan. Un nouveau village est en train de sortir de terre. Responsable de la communication, Stefan Kern contemple une maquette du projet, qui prendra encore plusieurs années avant d’être terminé. On y voit six hôtels quatre ou cinq étoiles, 42 immeubles résidentiels comprenant 500 appartements et 28 chalets de luxe et un golf. L’ensemble recouvre une surface de 55 000 m2. Son nom vient d’être trouvé: «Village touristique Andermatt Reuss». «Ce n’est pas un simple complexe touristique. On peut vivre ici tout au long de l’année», commente le porte-parole. Le vaisseau amiral s’appelle le Chedi. L’hôtel cinq étoiles supérieur a ouvert ses portes il y a quatre ans. Le taux d’occupation était l’an dernier de 39%. Il est de 60% pour les cinq immeubles résidentiels déjà habités. Ces performances ne suffisent pas encore à dégager un bénéfice, mais Samih Sawiris reste confiant (lire l’interview).

Et les habitants? Douze ans après l’arrivée de l’homme d’affaires, le village trouve un nouveau souffle. Des commerces ou des hôtels ont ouvert. Des privés ont commencé à investir dans l’immobilier. La population a crû de 10% et les rentrées d’impôts ont doublé. Mais il n’y a toujours pas de pharmacie, et les établissements ne croulent pas sous la demande. On ne peut pas parler de boom, à Andermatt.

«On retombe sur terre»

«Nous ne sommes pas riches! Nous avons toujours le taux d’endettement par personne le plus élevé du canton», commente la présidente d’Andermatt, Yvonne Baumann. Si le développement du projet a offert de nouvelles perspectives aux villageois, des critiques se font aussi entendre, notamment sur la hausse du prix de l’immobilier ou du manque de nouveaux logements pour les employés du complexe. Mais une majorité des habitants continue d’accorder son soutien à Samih Sawiris, à qui la «commune doit beaucoup», affirme la municipale.

Accoudé sur le comptoir de son kiosque, à l’entrée du village, Bänz Simmen estime que le village n’avait d’autre choix que d’accueillir l’Égyptien. «L’euphorie des débuts s’est estompée. On retombe sur terre. Certains pensaient, à tort, que le complexe, comme l’armée en son temps, constituerait une source de revenu certain. Mais les commerces doivent se moderniser, devenir compétitif pour attirer les clients. C’est à nous d’écrire notre destin.» (TDG)

Créé: 09.11.2017, 09h13

«C’est normal de souffrir un peu sur un projet de cette taille»



Samih Sawiris (photo Keystone) n’en est pas à son premier coup d’essai dans le développement de destinations luxueuses. Son groupe hôtelier et immobilier Orascom Development Holding - qu’il préside et qui est basé à Uri – a construit plusieurs complexes balnéaires, principalement au Moyen-Orient. Ainsi le «village» d’El Gouna, au bord de la mer Rouge, en Égypte. C’est la première fois qu’il se lance dans un projet en montagne, au travers de l’entreprise Andermatt Swiss Alps, dont il détient à titre privé 51% des parts. Les 49% restants étant aux mains de son groupe Orascom. Entretien.

– Cela fait douze ans que vous avez présenté votre plan pour Andermatt. Vous êtes satisfait de son avancement?

– Ça pourrait évidemment aller plus vite, je pense qu’on aurait pu gagner trois ans, mais ce n’est pas la fin du monde. Construire un village prend du temps, les retards sont inévitables.

– Le projet nourrit de fortes attentes dans la population. Une lourde responsabilité pour vous?

– Absolument. J’ai promis aux habitants, que leur village reprendrait vie toute l’année, que ce ne serait pas une simple destination touristique saisonnière. Ce contrat est primordial à mes yeux et c’est à cet aulne-là que je mesurerais mon succès.

– L’hôtel le Chedi et les immeubles déjà construits n’ont pas encore dégagé de bénéfice. C’est pour quand?

– C’est normal sur un projet de cette taille de souffrir un peu au début et je suis prêt à perdre encore quelques millions. Le scénario a été identique pour tous mes autres projets. Une fois que le village atteint sa masse critique, on gagne toujours, plus personne ne peut vous arrêter. A Andermatt, on inaugure l’an prochain notre deuxième hôtel, ce qui nous permettra de bénéficier de synergies et de partager les coûts. Alors on pourra commencer à s’intéresser au retour sur investissement.

– Cet hiver, les skieurs devraient pouvoir relier Andermatt à Sedrun grâce aux nouvelles installations. Quelles sont vos attentes?

– C’est un des grands succès du projet. Le domaine skiable d’Andermatt-Sedrun devient l’un des plus grands et des plus intéressants du pays grâce à la variété et la flexibilité qu’il offre à tous types de skieurs. On ne sera pas lassé de faire les mêmes pistes. Et nous allons encore agrandir l’étendue des possibilités en reliant une troisième station, celle de Disentis. L’ensemble sera desservi par le train. Après avoir traversé tout le domaine on risque d’être fatigué en fin de journée pour faire le chemin inverse à ski.

– Votre groupe Orascom connaît des difficultés. Vous êtes confiants de pouvoir redresser la barre?

– Nous payons toujours les effets de deux grandes crises simultanées. Il y a d’abord le Printemps arabe, que je préfère appeler l’Hiver arabe, puisqu’il n’a rien de joyeux, qui a eu des implications pour tous mes domaines au Moyen-Orient. Et puis la crise mondiale. Je suis confiant que le vent va tourner cette année.

En détail

Le complexe comprendra à terme – dans environ dix ans – 6 hôtels 4 et 5 étoiles, 42 immeubles, 28 chalets, une piscine couverte publique, un centre de congrès. L’investissement est de 1,8 milliard de francs.

Une nouvelle gare est aussi en construction. L’ancienne sera remplacée par des logements et surfaces commerciales. Andermatt Swiss Alps (ASA) se partage les coûts (30 millions) avec Matterhorn Gotthard Bahn et un investisseur lucernois. La fin des travaux est prévue pour fin 2019.

Le domaine skiable offre 120 kilomètres de pistes. Andermatt et Sedrun devraient être connectés cette année par de nouvelles pistes et installations. Le projet devrait être terminé la saison prochaine. Budget: 130 millions, dont 80 pris en charge par ASA, 2 par le Canton des Grisons et 5 par Uri. La Confédération a octroyé un crédit de 40 millions.

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