Alcool, tabac, drogues… Tout sur nos addictions

DépendanceQuelle est la consommation d’alcool des Suisses? Et quid du tabac, des drogues ou des jeux d'argent? Tour d'horizon.

Vidéo: Keystone/ATS

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Addiction Suisse publie ce mardi son panorama des addictions 2019, qui fournit de nombreux détails sur les comportements des habitants de notre pays. Voici quelques-unes des conclusions:

Alcool

Les résultats de la dernière Enquête suisse sur la santé (2017) sont qualifiés d’«inquiétants». Certes, la consommation par habitant a légèrement reculé (7,8 litres d’alcool pur par personne). Mais la consommation épisodique à risque (ivresse ponctuelle) a nettement augmenté depuis vingt ans, avant de se stabiliser à un niveau élevé.

Cette consommation problématique est atteinte à partir de quatre verres standards en une seule occasion pour les femmes et cinq verres pour les hommes. Entre 2007 et 2017, la part de femmes buvant de la sorte au moins une fois par mois est passée de 6% à 11%. Chez les hommes, cette proportion est passée de 16% à 21%. Ce comportement touche particulièrement les jeunes.

La Commission fédérale pour les problèmes liés à l’alcool a revu à la baisse ses recommandations pour une consommation à faible risque. Elles sont désormais fixées à deux verres par jour pour les hommes, pas plus de un pour les femmes. Et il faudrait s'abstenir de boire de l'alcool plusieurs jours par semaine.

Tabac

Chaque année, 9500 personnes décèdent des suites de leur consommation de tabac en Suisse. Selon l’Enquête suisse sur la santé, environ 27% de la population de 15 ans et plus fumait ou vapotait en 2017. Ce taux stagne depuis près de 7 ans, alors qu’il baisse dans la plupart des pays occidentaux.

La vente de cigarettes industrielles, elle, diminue très légèrement (9,6 milliards d’unités en 2017 selon la Direction des douanes). Mais cette évolution ne se reflète pas dans le taux de fumeurs depuis 2011. Ce phénomène est dû à la diminution du nombre de cigarettes par fumeur, à l’augmentation des cigarettes roulées et de la chicha.

Depuis un arrêt du Tribunal administratif fédéral du printemps 2018, la vente de liquides contenant de la nicotine n’est plus interdite. Il n’y a pas de chiffres concernant l’évolution depuis, mais le marché de la nicotine est en pleine mutation. «On ne sait pas encore dans quelle mesure les nouveaux produits sont moins nocifs – même si la cigarette électronique tout au moins semble indiquée pour la réduction des risques – ni comment ils influencent le taux de fumeurs et la santé publique. Ils risquent aussi de normaliser la consommation de nicotine», précise Addiction Suisse.

Drogues

Tout indique une diffusion croissante de la cocaïne, avec une hausse de sa pureté sur le marché noir. En extrapolant les chiffres d’une étude menée dans le canton de Vaud, cette drogue pourrait représenter environ 5 tonnes de produit coupé par année, pour des revenus de l’ordre de 330 millions de francs. Un peu plus de 80% des consommateurs sniffent uniquement certains week-ends, mais ils ne représentent que 20% de la consommation totale.

La quantité d’héroïne coupée en circulation sur le marché helvétique est estimée entre 1,8 et 2,5 tonnes par an. Les prix sont beaucoup plus bas qu’il y a vingt ans.

Le cannabis reste la substance la plus consommée en Suisse, avec environ 3% de la population qui rapporte un usage durant les trente derniers jours. Dans ce domaine, Addiction Suisse rappelle plus d’un quart des habitants d’Amérique du Nord vivent désormais dans une région où le cannabis n’est plus illégal pour les adultes. L'organisation invite à développer un modèle de régulation adapté à la Suisse et «permettant de se prémunir face à l’industrie du cannabis qui se développe en Amérique du Nord».

Médicaments

Si les États-Unis connaissent une crise liée à l’abus d’opioïdes, la Suisse n’est pour le moment pas touchée. Les ventes d’antalgiques présentant un risque de dépendance continuent d’augmenter légèrement. Dans ce domaine, Addiction Suisse estime qu’il serait important de continuer à réaliser des enquêtes périodiques pour pouvoir réagir rapidement si la situation évolue. On pourrait en parallèle instaurer un système d’alerte précoce, par exemple avec les pharmacies.

Selon le Monitorage des addictions 2016, 2,8% de la population de plus de 15 ans prend quotidiennement ou presque des somnifères ou des tranquillisants durant au moins un an. Cela représente environ 200'000 personnes. La part des consommateurs augmente avec l’âge, pour atteindre 9,1% chez les plus de 74 ans.

La consommation de psychostimulants utilisés pour améliorer les performances cérébrales est surtout d’actualité chez les jeunes adultes. Selon le Monitorage des addictions, 3,3% des 20-24 ans interrogés en 2016 indiquaient en avoir pris au cours des 12 derniers mois (1,4% en 2011). Plus d’un tiers de ces personnes n’avaient pas d’ordonnance. Il s’agissait dans la plupart des cas de médicaments contre les troubles de l’attention et de l’hyperactivité. Une étude récente a montré que, dans cet usage, l’efficacité de ces médicaments n’est pas établie et ne dépasse souvent pas l’effet placebo.

Jeux d’argent

Le produit brut des jeux, et donc les pertes des joueurs, s’est élevé à 1,6 milliard de francs en 2017. On estime que 1,15 million de personnes jouent à des jeux d’argent en Suisse, dont 76'000 joueurs excessifs. À fin 2017, 53'920 personnes étaient exclues de jeux par les casinos (3658 de plus qu’un an plus tôt).

Selon les estimations, le coût social du jeu excessif atteint chaque année entre 551 et 648 millions de francs (dépenses de santé supplémentaires, perte de productivité, diminution de la qualité de vie). Pour chaque joueur dépendant, environ 7 personnes sont touchées dans sa famille et son entourage.

Internet

Selon l’Office fédéral de la statistique, 91% des 16-74 ans utilisent Internet au moins une fois par semaine (81% en moyenne dans l’UE). 48% des 6-13 ans possèdent un téléphone mobile. 25% d’entre eux utilisent Internet chaque semaine, 34% chaque jour ou presque. Parmi les 12-19 ans, presque tous (99%) possèdent un téléphone mobile. 9% utilisent Internet chaque semaine, 89% tous les jours.

Il n’y a toutefois pas de terminologie ni de diagnostic universellement acceptés pour l’utilisation problématique d’Internet. Selon le Monitorage suisse des addictions, on estime néanmoins qu’environ 1% de la population de 15 ans et plus aurait une utilisation problématique, soit environ 70'000 personnes. Les jeunes sont les plus touchés: 7% des 15-19 ans seraient dans cette situation.

Addiction Suisse s’inquiète du fait que l’introduction de la 5G va permettre des conditions de jeu en ligne encore plus attrayantes. Elle relève que la frontière entre les jeux vidéo et les jeux d’argent représente un défi, puisque de nombreux jeux a priori gratuits incitent à payer de petites sommes pour avancer. (TDG)

Créé: 05.02.2019, 09h52

Le produit brut des jeux, et donc les pertes des joueurs, s’est élevé à 1,6 milliard de francs en 2017. (Image: Keystone)

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