Plus de 3000 Suisses meurent à cause de la pollution de l'air

SantéEn comparaison internationale la Suisse peut se vanter d’avoir une atmosphère relativement propre.

Smog: En hiver, l’ennemi No 1 est la concentration en particules fines, comme ici dans la vallée du Rhône.

Smog: En hiver, l’ennemi No 1 est la concentration en particules fines, comme ici dans la vallée du Rhône. Image: Keystone

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L’air n’est pas si pur en Suisse: il fait des victimes tous les jours. Près de 3000 Suisses décèdent chaque année des suites de la pollution atmosphérique. Les spécialistes calculent que 30'000 années de vie potentielle sont ainsi perdues à cause de l’air que nous respirons. Une triste réalité que pointe la nouvelle publication de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), intitulée Pollution de l’air et santé. Pourtant, en comparaison internationale la Suisse peut se vanter d’avoir une atmosphère relativement propre. C’est vrai, «la qualité de notre air s’est notablement améliorée ces trente dernières années», admet Denise Felber Dietrich, auteure de l’étude. Malgré cela, des micropolluants constituent encore une sérieuse menace pour notre santé.

Trois tueurs invisibles

On répertorie trois tueurs, trois ennemis invisibles dans l’air. D’abord les particules fines, qui proviennent de la combustion, des moteurs ou des frottements de matériaux: leur concentration est maximale en hiver. Le deuxième danger est l’ozone, qui se forme au sol lorsque des radiations solaires passent à travers d’autres polluants: il atteint son pic en été. Le troisième groupe d’accusés, ce sont les oxydes d’azote, nés de la combustion de carburants ou de combustibles: ils sévissent eux aussi l’été, lors des fortes chaleurs, dans les villes et à proximité des routes.

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Les enfants vulnérables

Un constat: «Près de 40% de la population suisse est exposée à des valeurs de particules fines excessives et 7% à des valeurs d’oxydes d’azote trop élevées», pointe l’étude. Comment savoir si vous courez un danger? La réponse de Denis Felber Dietrich n’a rien de rassurant: «Selon de nouvelles études scientifiques, il n’est pas possible de révéler un seuil. Autrement dit, on doit aussi s’attendre à des conséquences négatives pour la santé lorsque les concentrations de polluants sont inférieures à la limite légale.» Les enfants, les personnes âgées et les malades sont les plus vulnérables. Irritations, réactions inflammatoires et maladies chroniques touchent également davantage les fumeurs.

lmpact sur les nouveau-nés

En 2013, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) répertoriait les effets connus à ce jour des polluants atmosphériques sur la santé. Parmi les principaux: retard de développement des poumons chez les enfants, maladies infectieuses, limitation de la fonction pulmonaire, nouveaux cas d’asthme, bronchites chroniques, cancer du poumon, diminution de l’espérance de vie. C’est sur le système cardio-vasculaire que les effets sont les plus importants (80% des morts imputables à la pollution de l’air). Pour noircir encore le tableau, l’OFEV souligne aussi que la pollution engendrée par le trafic routier ferait augmenter le risque de diabète. Enfin, les mères trop exposées courraient le risque de mettre au monde des bébés avec un poids trop faible.

Des filtres salvateurs

Que faire face à ce fléau? Berne et les cantons ont pris des mesures légales. L’ordonnance sur la protection de l’air (OPair) est régulièrement remise à jour pour renforcer les moyens de lutte. La Stratégie fédérale de protection de l’air a adapté les valeurs limites de pollution de l’industrie et du chauffage à l’état de la technique. Des incitations financières poussent les transporteurs à équiper les poids lourds de meilleurs filtres à particules. Ces efforts devraient permettre de réduire de 15% à 30% les émissions de particules fines entre 2005 et 2020, selon Berne, et de diminuer les oxydes d’azote de 40%.

Suffisant? «Non, estime Elena Strozzi, responsable politique à la Ligue pulmonaire suisse. L’adaptation de l’OPair mise à l’enquête fin 2014 ne va pas assez loin. Les groupes électrogènes de secours et les petits moteurs de chantiers sont exclus de la réglementation, ils devraient aussi être équipés de filtres.» Et de rappeler que, selon une étude datant de plus de dix ans, la pose de filtres sur les machines de chantiers permettrait de faire baisser de 90% les émissions de particules cancérigènes. «Rien ne s’oppose à assainir rétroactivement les installations qui sont en fonction», considère Elena Strozzi.

L’arc lémanique concerné

Les cantons sont aussi tenus d’agir pour limiter les polluants lorsque les valeurs sont régulièrement dépassées sur leurs territoires. C’est le cas de l’arc lémanique. Le canton de Vaud a lancé un vaste plan de mesures sur l’agglomération Lausanne-Morges en 2005, allant de l’encouragement au covoiturage et aux transports publics à de nouvelles normes pour les chauffages. Genève est régulièrement confrontée à des valeurs de particules fines trop élevées, tout comme les villes voisines d’Annemasse et d’Annecy, très mal notées par l’OMS. Les mesures prises sont nombreuses et «la limitation de la vitesse à 80 km/h sur la route de contournement en fait partie», rappelle Philippe Royer, directeur du Service de l’air.

La Ville a fait une campagne de promotion du vélo l’automne dernier et, surtout, tente de sensibiliser les écoliers au problème avec l’exposition «Exp’Air». «Nous avons déjà formé 12 000 élèves, se félicite Philippe Royer. C’est une priorité, car les jeunes devront faire les bons choix demain.»

Des réflexes utiles

Chacun peut contribuer à l’amélioration de l’atmosphère, rappelle l’OFEV, qui conseille tout un catalogue de «bons réflexes» à acquérir: privilégier les appareils électriques pour son jardin, les peintures sans solvants, réduire sa consommation d’énergie, renoncer aux feux de cheminée ou acheter des produits de saison dans les magasins pour éviter des transports. Au chapitre des déplacements, le vélo ou les transports publics sont conseillés. Il s’agit aussi de privilégier les voitures peu polluantes et le covoiturage, et d’éteindre son véhicule à l’arrêt. Pour réduire son exposition aux polluants, il est recommandé d’éviter les activités de plein air pendant les périodes de smog, de faire du footing tôt le matin pendant les périodes de chaleur ou encore d’arrêter de fumer.

L’interdiction des feux de cheminée, qui fait polémique en France, n’est pas à l’ordre du jour en Suisse. «L’utilisation de bois pour le chauffage est plutôt écologique», nuance Elena Strozzi. En revanche, la Ligue pulmonaire recommande de ne pas brûler de bois vert et dispense des conseils pour allumer un feu: le mieux est de l’allumer par le haut, pour que les particules restent au maximum dans le brasier. Il n’est jamais trop tard pour apprendre. (TDG)

Créé: 10.03.2015, 09h45

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