Votre navigateur est obsolète. Veuillez le mettre à jour avec la dernière version ou passer à un autre navigateur comme ChromeSafariFirefox ou Edge pour éviter les failles de sécurité et garantir les meilleures performances possibles.

Passer au contenu principal
Opinion

L’invité
Stop à la neutralité oreiller de paresse!

La guerre d’invasion en Ukraine l’a révélé crûment: la Suisse a mal à sa neutralité. Un Conseil fédéral qui tergiverse sur les sanctions contre l’agresseur russe, des armes suisses retrouvées sur tous les champs de bataille, des partis politiques qui se dispersent, des partenaires européens qui s’impatientent: idéalisée chez nous, illisible à l’étranger, la neutralité est devenue inefficace partout. Au moment où la Suisse jouit d’une exposition maximale en tant que membre du Conseil de sécurité de l’ONU, la question s’impose: peut-elle conserver sa neutralité et, si oui, sous quelle forme?

Les options ne sont pas légion: veut-on figer notre pays autour du concept de «neutralité intégrale» si cher à l’UDC? Cette neutralité stricte, perçue comme opportuniste par nos partenaires et qui a récemment fait dire à la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock: «Être neutre, c’est prendre le parti de l’agresseur»? Ce modèle ne ferait assurément qu’isoler davantage notre pays et serait en totale contradiction avec la vision de nos ancêtres, pour qui la neutralité ne devait pas être une fin en soi.

Souhaite-t-on a contrario abandonner purement et simplement le concept de neutralité permanente et ouvrir la voie aux livraisons d’armes à l’Ukraine ou à l’adhésion de la Suisse à l’OTAN? Cette option signifierait autant l’aveu d’échec d’une politique basée sur le règlement pacifique des conflits que la fragilisation de notre mission de bons offices.

Il existe une troisième voie, crédible et réaliste celle-là, d’une neutralité engagée, coopérative et cohérente. Cette version moderne consiste à redonner de la crédibilité à notre statut d’État neutre en allant au-delà d’une application stricte de la déclaration du Congrès de Vienne de 1815 et des Conventions de La Haye de 1907.

Concrètement, cela signifie nous en tenir à une neutralité exclusivement militaire et développer en parallèle une politique active au service de buts nobles et d’utilité pour la communauté internationale, tant en temps de guerre que de paix: rappeler les États à leurs engagements, sanctionner les responsables de violations du droit international, promouvoir les valeurs démocratiques, soutenir les processus de paix et de désarmement, favoriser le dialogue et renoncer, par cohérence, à toute exportation d’armes.

La neutralité ne doit plus être un oreiller de paresse. Le temps presse d’opter pour une neutralité qui nous permette d’assumer en toute transparence nos obligations et notre rôle au sein de la communauté internationale. À commencer par une hausse des budgets de coopération et de financement de notre politique d’État hôte. À l’heure où l’Union européenne demande une rallonge de 50 milliards pour soutenir l’Ukraine, la Suisse ne peut plus s’isoler en cachant sa pingrerie derrière une neutralité ambiguë et inadaptée aux enjeux du monde.

Newsletter
«La Tribune des abonnés»
Adressée à nos plus fidèles lectrices et lecteurs, cette lettre leur propose une sélection de nos meilleurs articles ainsi que des contenus exclusifs.

Autres newsletters