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Photographie culteSteve McCurry mate droit dans les yeux

Le reporter infiltre à Genève la philosophie du «wabi-sabi», ou beauté née de l’imperfection. Un beau livre étaye la démonstration.

Une image colle aux semelles de vent du reporter Steve McCurry, «L’Afghane aux yeux verts». La photo prise dans le camp de réfugiés de Nasir Bagh, dans le nord du Pakistan, publiée en couverture du National Geographic en 1985, est devenue une icône instantanée. Le temps passé n’a pas flétri la puissance de l’image. Ce cliché, démontre le septuagénaire américain, participe de la philosophie qu’il confronte en trottant autour du monde, le wabi-sabi.

Association de deux principes – la solitude mélancolique (wabi) et la décrépitude temporelle (sabi) –, ce culte de la beauté impermanente, incomplète, se manifeste par exemple dans l’art du kintsugi, qui consiste à souligner d’or les fêlures d’une poterie au lieu de les masquer. D’une manière inattendue, cette esthétique de l’imparfait hante le travail du photographe depuis toujours.

«Un homme marche dans les ruines, Kaboul, Afghanistan», 2003: cette image dialogue avec un artefact africain (ci-dessous), créant une résonance de beauté brisée, toute la philosophie japonaise du wabi-sabi.
«Un homme marche dans les ruines, Kaboul, Afghanistan», 2003: cette image dialogue avec un artefact africain (ci-dessous), créant une résonance de beauté brisée, toute la philosophie japonaise du wabi-sabi.
Steve Mc Curry
Masquette Lega du Congo, XXe siècle.
Masquette Lega du Congo, XXe siècle.
Studio Ferrazini Bouchet/DR

Au musée Barbier-Mueller, Steve McCurry la matérialise en 30 photographies dialoguant avec des objets des collections. Des moines pénètrent une pagode déglinguée en arrière-plan de coupes pharaoniques tout aussi marquées par les outrages du temps. Une ruine romaine est recadrée par un portrait du Fayoum daté de l’an 200. Autant de chocs orchestrés par l’artiste qui résonnent avec une force inédite.

Cent images de Steve McCurry sont réunies pour la première fois dans «À la recherche d’un ailleurs» (Éd. de la Martinière).
Cent images de Steve McCurry sont réunies pour la première fois dans «À la recherche d’un ailleurs» (Éd. de la Martinière).
DR

Un beau livre condense encore son art du wabi-sabi, «À la recherche d’un ailleurs», reprenant pour la première fois une centaine de ses clichés les plus marquants. Là aussi, le style traverse les époques avec une inébranlable détermination, cette confiance en l’humain que Steve McCurry préserve dans le chaos fracassant du monde.

«Wabi-sabi, La Beauté dans l’imperfection», Genève, Musée Barbier-Mueller, jusqu’au 15 juin 2021. www.barbier-mueller.ch
«À la recherche d’un ailleurs, photographies inédites», Éd. de la Martinière 208 p.

1 commentaire
    jean

    "wabi-sabi" ? Pourquoi vouloir tout intellectualiser ? Une photo parle ou ne parle pas selon qu`elle évoque ou n`évoque pas de sentiments forts chez tel ou tel spectateur.