Elles vivent leur sport en grenat

TémoignagesLes femmes vont aussi taper dans un ballon et manier le puck pour les équipes de Servette.

La hockeyeuse Jasmine Fedulov et la footballeuse Maeva Sarrasin participent au lancement d’une belle aventure teintée d’une logique sportive.

La hockeyeuse Jasmine Fedulov et la footballeuse Maeva Sarrasin participent au lancement d’une belle aventure teintée d’une logique sportive. Image: Eric Lafargue

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Quand le monde grenat conjugue le sport au féminin, cela ouvre des perspectives et suscite des vocations. Pour le Servette FC et le Genève-Servette HC, ce sont deux sections féminines qui voient le jour officiellement cette saison. Une de football, une autre de hockey, deux évidences qui prennent forme au cœur des deux institutions sportives du canton. Ce n’est que justice pour ces filles qui rêvent non seulement de taper dans un ballon ou manier le puck, mais veulent également le faire en bénéficiant des meilleures structures qui soient.

Il faut saluer le travail effectué en amont, depuis des années, par Chênois et Meyrin, respectivement pour le football et le hockey féminins. C’est en s’unissant avec le club des Trois-Chêne que le Servette FC-Chênois féminin voit aujourd’hui le jour. Alors que les hockeyeuses des Vergers poursuivront leur progression en LNC, une formation féminine de Ge/Servette jouera aussi à cet échelon, aux Vernets. Le début d’une belle aventure teintée d’une logique sportive: il fallait que les deux clubs phares du canton s’impliquent activement dans le sport au féminin. Rencontre avec des représentantes de ces nouvelles équipes.


«Le hockey féminin? On sent plus le jeu»

Son père, le «prince» Igor Fedulov, n’était pas très chaud. Pour lui, le hockey était un sport joué par des hommes, pas pour sa petite princesse. Il était hors de question qu’elle aille risquer de se faire défigurer sur une patinoire. Mais Jasmine, qui a mordu à l’hameçon toute petite, n’a pas lâché. Après ses premiers coups de patin, en douce, à Gland puis à la vallée de Joux, c’est à Meyrin qu’elle s’est vraiment lancée, il y a deux ans, en LNB, avant de prendre le chemin des Vernets cette saison. «En constatant que j’avais perdu du poids grâce au hockey, ma mère, Leila, m’a obligée à continuer, se marre-t-elle. Et mon père a compris qu’il devait me laisser faire. Aujourd’hui, il me pousse à aller le plus loin possible.» Pour des raisons professionnelles, Jasmine (18 ans) va également jouer, en licence B, avec Lugano (LNA). En attendant, c’est aux Vernets, sous le maillot de Ge/Servette, qu’elle se prépare, une fois par semaine (le mardi de 20 h 30 à 21 h 30).

Cette équipe féminine existe déjà depuis deux ans, mais son appellation a changé. Genève Futur, c’est du passé; depuis cette saison, on parle de GSHC Féminin. «Au début, on s’entraînait aux Trois-Chêne parce que nous n’avions pas de glace, raconte l’entraîneur, Thurel Kast. Mais là, on est de retour aux Vernets avec l’objectif de bien nous stabiliser dans la ligue avant de parler de promotion. Avec notre présidente, Emmanuelle Desebe, qui est également notre capitaine, on cherche des sponsors pour être totalement indépendant du club.» Le budget devrait porter sur une somme de 15 000 francs, qui représente le matériel et les frais de déplacement. «A long terme, il serait judicieux qu’on fusionne avec les filles de Meyrin pour envisager de devenir pro, surtout si la nouvelle patinoire libère de la glace aux Vernets», renchérit Thurel Kast. C’est un rêve.

C’est aussi celui des joueuses genevoises. «Cela nous permettrait de progresser, notamment au niveau de la vitesse, remarque une Jasmine Fedulov qui trouve logique qu’on interdise les charges dans le hockey féminin. Parce que les gabarits et l’âge des joueuses diffèrent énormément. Mais je dirais que l’on compense notre déficit physique par une meilleure vision du jeu et notre qualité de passes. On sent plus le jeu que les hommes!»

C’est également ce que pense sa coéquipière Léa Manganelli, 17 ans, qui se moque bien des critiques machos dans les gradins. «Cela ne me dérange pas parce que je fais ce que j’aime. Je devais avoir 10 ans quand j’ai vu mon premier match aux Vernets, c’était un Ge/Servette-Langnau. J’avais bien aimé l’ambiance. Du coup, j’ai arrêté le basket.» Elle n’a pas choisi le foot car elle n’aime pas courir. «Le terrain est plus grand et il y a moins d’action, le hockey est plus spectaculaire.» Pour Léa, c’est la maman qui n’était pas vraiment «pour», craignant qu’elle ne perde ses dents. Aujourd’hui, c’est sa première fan! C.MA.


«Le foot féminin, c’est un autre foot»

«Que le Servette FC ouvre une section féminine s’est imposé comme une évidence», explique Constantin Georges, le directeur général du club. Restait à savoir comment: en créant une équipe de toutes pièces et en partant en bas de l’échelle, ou en s’approchant d’un club déjà actif dans le domaine. C’est la deuxième solution qui a été choisie, après une table ronde pour évoquer le «pacs» avec Chênois, présent en LNB. Le but est de créer la meilleure équipe possible, avec une orientation sur l’élite. Dans les faits, Servette apporte une dot: des prestations et des structures d’un club pro, une direction technique, un encadrement médical, nutritionnel. Le club grenat met aussi au pot près de 50 000 francs, soit une augmentation de 25 à 30% du budget préexistant.

A 30 ans, Maeva Sarrasin est une joueuse de ce Servette FC-Chênois féminin. Son père, Claude, avait aussi porté le tricot grenat au début des années 80.

Maeva, le football a-t-il toujours été une évidence pour vous?

Oui, depuis toute petite déjà. Je n’ai commencé qu’à 12 ans, parce que mon père pensait au début que le foot, ce n’était pas pour les filles. Mais depuis, il a ravalé ses préjugés et il est devenu mon premier supporter.

C’est dur, parfois, d’affronter les préjugés, justement?

Il ne faut pas comparer avec les garçons; physiquement, c’est bien sûr complètement différent. Le foot féminin, c’est un autre foot. Mais techniquement, il y a des joueuses très fortes. Au fond, l’objectif, c’est de montrer nos qualités, de développer ce sport.

Quelles sont les différences d’approche du football entre filles et garçons?

Chez nous, il y a une grande capacité d’apprendre, une envie de travailler, de progresser, qui passe par la compréhension de ce qu’on nous demande. Il faut nous expliquer le pourquoi des exercices, leur finalité. Peut-être parce que nous sommes plus sensibles que les hommes, le dialogue est plus important.

Après avoir joué à Terre-Sainte, Chênois et Yverdon, comment jugez-vous cette nouvelle équipe de Servette?

Au départ, l’adhésion au projet Servette-Chênois a pu faire un peu peur à certaines qui craignaient dans cette union une perte d’identité du Chênois. Toutes n’étaient pas convaincues. Mais ce n’est qu’un petit mal pour un bien. J’étais persuadée dès le début de la pertinence du projet.

Cela va-t-il permettre à Genève de rattraper son retard sur le foot féminin d’outre-Sarine?

Nous faisons des sacrifices pour notre sport alors que ce n’était pas évident ici jusque-là, par manque d’une volonté de développement. Je rêve de voir un jour une équipe féminine pro à Genève. Ce qui se passe maintenant peut y conduire. D.V. (TDG)

Créé: 15.08.2017, 21h42

Thurel Kast, entraîneur comme papa

Parce que, comme Jean-Pierre, son père, il a peut-être «ça» dans le sang, Thurel Kast, qui joue encore avec la deuxième équipe du GSHC, est sorti sans sourciller de sa réserve pour devenir entraîneur. Cela fait deux ans maintenant qu’il s’occupe des Servettiennes. «Avec les filles, c’est un peu plus tactique, il y a du plus beau jeu, de belles passes. Elles travaillent plus en équipe. Les garçons, eux, plus physiques, cherchent davantage le résultat en mettant le puck devant la cage.»

A 23 ans, le Genevois, passé par des universités au Canada (Long Beach Bombers et Ontario Avalanche) avant de revenir aux Vernets, se réjouit de pouvoir transmettre son expérience à un bel effectif de 22 passionnées, dont quatre en provenance de Meyrin, «qui savent toutes jouer» et sont heureuses de porter le maillot grenat. C.MA.

Eric Severac à la barre

Eric Severac (ex-Carouge, 47 ans) sera le coach du Servette FC-Chênois féminin. «Ma fille joue au foot depuis l’âge de 12 ans, le football féminin ne m’est donc pas inconnu. J’ai même suivi la dernière Coupe du monde sur place, puisque j’étais au Canada au même moment», sourit-il. Limogé par Carouge en octobre, il a été approché pour le poste ce printemps. «Je me suis dit que s’il fallait que je replonge dans le foot, autant que ce soit pour un projet neuf.» Quelles sont les différences entre filles et garçons? «Techniquement, on peut faire les mêmes choses. Après, le rythme et la rapidité d’exécution sous pression sont différents. Je dois gagner leur confiance pour les faire progresser. Et changer les mentalités autour. Nous sommes en LNB, comme les hommes. J’ai dit aux filles qu’on pourrait essayer de monter avant les garçons! Mais c’est surtout une boutade.» D.V.

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