Il y a vingt ans, Marc Rosset était couronné champion olympique

TennisEn 1992 à Barcelone, le Genevois avait gagné la seule médaille suisse, la veille de la clôture des Jeux. Il se souvient.

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Samedi 8 août 1992. Marc Rosset s’inscrit en sauveur de la patrie. A vingt-quatre heures de la clôture des Jeux olympiques de Barcelone, il offre sa seule médaille — en or en l’occurrence – à la délégation suisse qui sans ce cadeau tombé du ciel serait rentrée bredouille de son expédition espagnole. Vingt ans plus tard, le joueur genevois raconte son épopée.

«Je n’ai pas participé à la cérémonie d’ouverture, car j’ai passé la soirée avec mes potes à Genève. Je suis arrivé le lendemain à Barcelone. Je devais?partager le gîte avec Jakob Hlasek, avec qui je faisais équipe en double. Après un petit arrangement entre amis, chacun d’entre nous a hérité d’un logement individuel. C’était correct, mais spartiate, très loin du standard que connaissent les joueurs de tennis sur le circuit ATP.

«Un zoo humain»

»L’ambiance au Village était bestiale. La nuit venue, il se transformait en une énorme boîte de nuit. Les gourdes des athlètes avaient des relents d’alcool, des idylles se nouaient. Je?m’amusais à comparer les lieux à un zoo humain. Quand je croisais des athlètes, je cherchais à deviner quel sport ils pratiquaient en analysant leur morphologie.

»J’ai débarqué à Barcelone sans aucune attente sportive. Avant de me prendre au jeu, j’étais juste là pour le fun. La chaleur était insupportable et les vêtements officiels n’étaient pas adaptés à cette situation. Je pensais pouvoir emporter mes tenues de tennis dans mes bagages, mais le chef de mission me l’avait interdit. Or, Dano Halsall, le premier athlète suisse que j’ai croisé au village, se baladait habillé avec un short et un tee-shirt de sa garde-robe personnelle. Ni une ni deux, j’ai raccourci mon pantalon de survêtement à l’aide d’une paire de ciseaux.

»Pour mes premiers Jeux, moi, grand dévoreur de sports, j’avais soif d’assister à plein de compétitions. Mais le chef de mission prétendait qu’il n’avait pas de billet à distribuer. Je ne sais pas s’il les gardait pour lui. Ou pour ses amis. Avant la finale du tournoi de tennis, je lui ai demandé quatre places pour mes amis genevois. «Ça va être très compliqué», m’a-t-il dit. «J’ai simulé un mal de dos pour l’amadouer: «Je ne sais pas si je vais pouvoir jouer la finale», lui ai-je répondu. Ce subterfuge a marché.

»Quand j’ai pris connaissance de ma partie de tableau qui rassemblait rien moins que Wayne Ferreira, top 10, Jim Courier, No 1 mondial, Emilio Sanchez et Goran Ivanisevic (No 4), je me suis dit que ça allait être compliqué. Au premier tour, j’ai affronté Alami, un bon joueur marocain. J’avais fait la bringue la semaine précédente et j’ai commencé le tournoi en mode mineur. Je me suis sorti de ce match piège avec un peu de chance (ndlr: abandon de son adversaire). Ensuite, mon jeu s’est mis en place. Les journées étaient bien remplies, car, à l’époque, les matches se jouaient au meilleur des cinq sets en simple comme en double. Le soir, je restais dans ma chambre avec Alain Souchon en guise musique de fond.

«Je grelottais…»

»Lorsque j’ai éliminé facilement Jim Courier en trois sets, j’ai commencé?à penser à une médaille. Même si Emilio Sanchez, Barcelonais pur sucre, m’attendait à hauteur des quarts de finale. Le public était 100% derrière lui. On s’est allumé pendant la partie, les spectateurs m’ont insulté. Quand je suis sorti du court, six représentants de la Guardia civile m’ont escorté. C’était chaud. Mais j’aimais cette ambiance de corrida. En demi-finale, j’ai joué contre mon pote Goran Ivanisevic, qui avait la tête ailleurs. Son pays, l’ex-Yougoslavie, était en guerre, et il était assuré de ramener une médaille (ndlr: il n’y avait pas de match pour la 3e et 4e?place) qu’elle soit en bronze, en argent ou en or. Dans sa tête, il avait rempli sa mission. Et comme, je jouais superbien…

»Le samedi 8 août, le jour de la finale, il faisait une chaleur caniculaire. J’ai démarré le match très fort contre Jordi Arrese, un autre Espagnol, contre lequel j’ai mené très vite deux manches à rien. Avec le recul, ce match-là, j’aurais dû le gagner en trois, voire en quatre sets. Or, j’ai été victime d’un coup de chaud. La température affichait 40?degrés et je grelottais. J’ai attendu que ça passe. Au cinquième set, pour économiser mes forces, j’ai joué service volée. J’ai fini par m’imposer 8-6 après un marathon de plus de cinq heures. Ça m’aurait fait chier de ne pas remporter la médaille?d’or.

»Je suis soudain devenu le héros du chef de la mission suisse, qui m’avait pourri la vie jusque-là. Pour fêter l’événement, j’ai vidé son frigo de toutes les bouteilles de vin. Le soir même, j’ai fait une teuf d’enfer avec Georges Deniau, mon entraîneur à Barcelone. Le lendemain, à l’arrivée à l’aéroport de Zurich, je n’avais qu’une envie, échapper à tous les honneurs officiels qui m’attendaient. J’avais rêvé de fêter ma médaille en prenant un bain de foule. Au lieu de cela, j’ai été accueilli par les politiciens et les médias à Cointrin puis au Palais Eynard.

»Quarante-huit heures plus tard, j’étais à Cincinnati pour disputer un tournoi ATP. La vie de professionnel reprenait son cours. La fête était terminée. Pour ma victoire aux Jeux olympiques, j’ai reçu une prime de 12?000?francs que j’ai reversée à une association. Aujourd’hui ma médaille d’or dort dans un coffre. J’ai trop peur de me la faire chouraver…» (TDG)

Créé: 26.07.2012, 09h21

Son parcours

1er tour: Karim Alami (Maroc) 6-2, 4-6, 2-1 abandon
2e tour: Wayne Ferreira (Afrique du Sud/No 9) 6-4, 6-0, 6-2
3e tour: Jim Courier (Etats-Unis (No 1) 6-4, 6-2, 6-1
Quart de finale: Emilio Sanchez (Esp/No 12) 6-4, 7-6, 3-6, 7-6
Demi-finale: Goran Ivanisevic (You/No 4) 6-3, 7-5, 6-2
Finale: Jordi Arrese (Esp) 7-6, 6-4, 3-6, 4-6, 8-6

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