«Je traite les coureurs comme je traiterais Federer ou Vettel»

CyclismeContrepoids d'ASO outre-Atlantique, Serge Arsenault ne manque jamais d'idées. Au Canada, il chouchoute les as de la petite reine.

Serge Arsenault, l'homme par qui le cyclisme fait sa pelote outre-Atlantique via les GP de québec et de Montréal.

Serge Arsenault, l'homme par qui le cyclisme fait sa pelote outre-Atlantique via les GP de québec et de Montréal. Image: LDD

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Un visionnaire? Un franc-tireur? Serge Arsenault est un doux mélange des deux. Le personnage - c’en est un - charmeur et opportuniste cultive sa passion pour le vélo avec tendresse et avec ce goût farouche pour l’indépendance qui le caractérise lui et les habitants de la Belle Province. Il force le respect. Et les conventions dans un «monde du cyclisme très fermé», selon ses propres dires. Depuis huit ans, ce Gaspésien d’origine de 69 ans porte à bout de bras les GP de Québec et de Montréal, seules épreuves outre-Atlantique inscrites au World Tour.

Poil à gratter du cyclisme, Serge Arsenault («Serge Arsenault Organisation», précise l’intéressé en rigolant) fait contrepoids à ASO outre-Atlantique. Où il personnifie le développement de son sport. L’opération a un coût. Of course. «Depuis la création des Grands Prix en 2010, j’ai injecté plus de 70 millions de dollars canadiens (48 millions d’euros) dans le cyclisme.»

Ce développement du cyclisme au Canada est appelé à durer. Serge Arsenault est en négociation pour prolonger l’accord qui lui garantisse la pérennité de ses épreuves avec Québec et Montréal pour une bonne décennie. «Je me projette déjà dans le futur. Je ne suis pas dans le même calendrier lunaire que vous (sourire). J’entends ajouter une troisième épreuve aux deux existantes, sur la côte est des Etats-Unis (Boston, New York ou Philadelphie). On verra qui nous désire. Dans la vie, il vaut mieux marier quelqu’un qui t’aime! On proposerait une semaine complète de vélo, du lundi au dimanche. J’aimerais ouvrir la porte aux sprinters et proposer un parcours à leur convenance.»

Un parcours urbain

Aux Etats-Unis, il reproduira un schéma qui fait recette au Canada: un circuit urbain. «Chez nous, le vélo doit aller à la rencontre du public et non l’inverse. La géographie et les distances de notre pays induisent cette nécessité. Ici, personne n’attendra six heures sur le bord de la route comme au Tour de France pour voir passer le peloton en trombe. Sur le parcours, il n’y a que trois cerfs et un orignal. Il ne faut pas davantage imaginer reproduire un Tour des Flandres, c’est impossible.» Reste à fermer la route à double tour (16 tours de circuit à Québec, 17 à Montréal) sans - trop - faire grincer des dents. «C’est la seule fois de l’année qu’on ferme le centre-ville et que personne ne se plaint», sourit Régis Labeaume, le maire de Québec. «La course constitue un formidable vecteur commercial.» Pour contourner la congestion liée à la densité du trafic, la course se dispute le dimanche à Montréal.

Ancien journaliste à Radio Canada, propriétaire d’un petit empire médiatique, dont la chaîne Canal Evasion, Serge Arsenault opère un retour en arrière. «Conservatrice, passéiste, l’Europe ne parle que de ses monuments qu’elle défend comme on le fait d’un pré carré. Et, à l’époque, j’ai été jeté comme un lépreux.» En 1988, il avait créé le GP des Amériques que l’Argovien Joggi Müller s’adjugea l’année suivante. L’aventure prit fin en 1992. «J’ai perdu une bataille, pas la guerre», constate-t-il sans amertume. «J’ai dérangé beaucoup de personnes. Comment éliminé ce gênant? En plaçant sa course en octobre, une date trop tardive dans l’année pour le Canada. D’autant que nos GP ne doivent pas entrer en concurrence avec le hockey et le baseball. C’est le seul sport de haut niveau contrôlé par si peu de gens.»

En 1999, Arsenault lança le Tour Trans Canada. L’Italien Guido Trentin remporta cette unique édition. Longue de 1500 km, elle traversa 116 municipalités québécoises et ontariennes. Au gré de ses tentatives, l’intéressé noua aussi des amitiés solides, tissa des liens précieux, notamment avec Charly Mottet, Bernard Vallet et Yves Hézard. Ils lui permirent de rester en contact avec le cyclisme et de rebondir avec le lancement des GP de Québec et de Montréal en 2010. «Les deux villes donnèrent leur aval l’année précédente. Il ne me restait plus qu’à livrer la marchandise. Je vends des rêves que je dois réaliser.»

Petits plats dans les grands

Pour accueillir le peloton et le petit monde qui gravite autour, Serge Arsenault met les petits plats dans l’écran et les grands. Il affrète un charter spécial depuis Paris. L’Airbus A 330-200 transporte 340 passagers (coureurs, accompagnateurs et médias), 12 tonnes d’équipement dont 240 vélos et 420 paires de roues). «Les coureurs sont au centre de toutes mes préoccupations.» A Québec, ils logent au château de Frontenac, édifice le plus photographié au monde. «C’est une vraie course super bien organisée», commente Mathias Frank. «Pas seulement au niveau du kilométrage. Le circuit est technique, la dynamique intéressante, l’atmosphère différente. Tout le monde y trouve son compte. les coureurs, le public et la télé.» Manager sport des épreuves canadiennes, l’ex-maillot jaune Charly Mottet avance. «La topographie de Lausanne se prêterait très bien à une course en circuit.»

La F1 sur deux roues

«J’ai beaucoup d’estime pour les coureurs et je leur réserve le même traitement que celui que j’accorderais à Federer et Nadal, Vettel et Hamilton.» «Pour moi, le cyclisme doit être la F1 sur deux roues.» La F1, c’est précisément ce qui a incité Serge Arsenault à reprendre le collier. «Quand Bernie Ecclestone a décidé de renoncer au GP de Montréal, mon sang n’a fait qu’un tour.» Un tour de circuit dans lequel il fut appuyé par Hein Verbruggen, l’ancien président de l’UCI. «Pour être maître chez nous, il n’y a qu’une solution: être propriétaire de ce qu’on organise. Il n’y a que le cyclisme qui me permettait d’atteindre rapidement le sommet via le World Tour» dit ce sportif éclectique fondateur de la 1re version du marathon de Montréal en 1979. Il s’était alors battu pour que ledit marathon s’ouvre aux coureurs africains et accepte les athlètes en fauteuil roulant. Dans le même registre vrombissant, il lance: «Une telle organisation c’est comme un moteur de F1. «Une telle organisation c’est comme un moteur de F1, il faut que tout soit au point, parfaitement. En cyclisme, on n’est jamais champion par hasard; ça tombe bien, je n’aime pas les jeux de hasard.» (TDG)

Créé: 13.09.2017, 18h43

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