Le Tour est loin d’être maillot vert de l’écologie

CyclismeL’équivalent d’une petite ville s’ébroue tous les jours pour suivre la Grande Boucle. Avec tout le CO2 qui en découle.

Les camping-cars font partie du paysage du Tour jusqu’en haut des cols, contribuant à l’empreinte environnementale.

Les camping-cars font partie du paysage du Tour jusqu’en haut des cols, contribuant à l’empreinte environnementale. Image: KEYSTONE

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Le Tour de France, ses cyclistes dans des décors fabuleux, ses immenses espaces verts et vierges et, depuis jeudi, les grandioses Pyrénées. La Grande Boucle, c’est 176 coureurs au départ, mais aussi 4500 personnes qui voyagent tous les jours dans leur sillage, 180 camions de logistique, sans compter ceux des équipes, ainsi que, au bord des routes, 10 à 12 millions de personnes qui viennent souvent en voiture ou en camping-car. Ajoutez à cela 11 kilomètres de caravane publicitaire, laquelle distribue 15 millions de gadgets divers et variés. Autant dire que, niveau bilan carbone, ce n’est guère brillant.

Alors le grand raout de juillet essaie de se reverdir l’image – un peu comme les opérations de greenwashing de sponsors tels qu’Ineos ou Total qui investissent dans le vélo – en lançant diverses actions et en communiquant lourdement sur le sujet. Dans son livre de route, on peut lire: «82 zones naturelles sensibles protégées», «100'000 sacs-poubelles», «63 zones de collecte de déchets» et «un véhicule environnement diffusant les bons comportements à adopter sur le bord des routes». En passant, ce dernier est une Skoda Kodiaq, voiture dont la version hybride ne devrait être disponible qu’au début de l’année 2020. C’est un peu ballot.

«C’est une grande fête populaire, c’est vrai. Mais ce genre de manifestations devrait se conjuguer avec l’écologie, critique Christine Arrighi, la secrétaire régionale du parti Europe Écologie Les Verts pour l’Occitanie. C’est devenu un événement mondial qui a pour conséquence une vraie débauche économique, avec la caravane et ses dizaines de gadgets en plastique. Le Tour se veut populaire, mais il va à l’encontre de la nature et du bien commun. Il n’y a qu’à voir ce qui reste après son passage, dans nos Pyrénées notamment, et c’est aux collectivités locales de nettoyer. C’est surtout une grande fête financière.»

Emballage supprimé

«Depuis maintenant cinq ans, nous avons entamé, avec nos partenaires, une politique de réduction du plastique, a écrit le directeur de l’épreuve, Christian Prudhomme, au début du mois de juillet, à des députés français qui s’étaient émus de ce sujet. À titre d’exemple, les casquettes et tee-shirts qui ont pu autrefois être emballés dans un sac en plastique sont aujourd’hui systématiquement remis sans emballage. Les tracts, dépliants et prospectus ont été purement et simplement bannis.» Un geste, certes, mais un peu léger tout de même vu l’ampleur de la consommation d’énergies fossiles.

S’il y en a un qui a pris conscience de la chose, c’est bien Patrick Chassé. Le journaliste d’Europe 1 a eu une illumination quelques jours avant la Grande Boucle: il a décidé de la suivre… en transports publics. «J’ai trouvé que Prudhomme et le Tour ne s’attaquaient pas au vrai problème, nous a dit à Toulouse cet homme heureux que la Ville rose soit bien desservie par le train. J’ai demandé aux organisateurs combien il y avait de véhicules accrédités et ils ont été incapables de me répondre. Je pense surtout qu’ils ne veulent pas le savoir. Jusqu’ici, je n’ai pas eu de problème à rejoindre les arrivées d’étape, parce que j’ai aussi un vélo. Mais le plus dur arrive…» Il ne pensait pas si bien dire: le lendemain, son bus Tarbes - Bagnères-de-Bigorre a été purement et simplement annulé et il a dû se taper les 25 derniers kilomètres à bicyclette.

«Il ne faut pas tout aseptiser»

Motiver des gens à enfourcher la petite reine, c’est aussi le travail de David Lappartient, le président de l’Union cycliste internationale (UCI). «L’adaptation au changement climatique est un enjeu majeur pour nous. On a la chance d’avoir un sport qui favorise l’écologie et la mobilité douce. Ce sont des milliards de tonnes de CO2 qui peuvent être économisées à terme, nous expliquait-il avant le Tour. Monter les cols à vélo pour aller supporter les coureurs, encore faut-il avoir la condition physique pour le faire. Parmi les gens qui sont là en caravane, depuis des jours, on a du saucisse-merguez, on va boire un coup avec le copain, avec des gens qu’on ne connaissait pas avant, des étrangers… C’est aussi ça le vélo. Il ne faut pas non plus tout aseptiser. Ces relations humaines, le fait qu’on puisse encore monter les cols avec sa caravane, c’est bien.» Si on n’oublie pas de trier ensuite…


Une étape dans les Pyrénées qui a fait pschitt

Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) avait pour but premier de courir le contre-la-montre individuel de vendredi avec le maillot jaune. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas été mis en difficulté par les favoris du Tour. Entre Toulouse et Bagnères-de-Bigorre (209,5 km), avec le col de Peyresourde et la Hourquette d’Ancizan au programme, tous les cadors sont restés au chaud dans le peloton, histoire d’économiser des forces en vue du chrono de Pau (27,2 km). Le Français tentera donc d’étirer son règne un jour de plus, en résistant à son second, Geraint Thomas. Le Gallois a 1’ 12” à remonter pour lui chiper sa couronne.

«Tout le monde avait la tête au lendemain. On sait que pour gagner ou perdre du temps, ça se joue surtout sur les chronos», a confirmé Thibaut Pinot. Le coureur de la Groupama-FDJ jouera encore un petit peu plus gros que les autres en cette fin de semaine, après les 100 secondes perdues vers Albi, lundi. «J’ai travaillé, je suis confiant, on verra ce que ça donne. Trois grosses étapes arrivent, les trois sont importantes.»

L’immense échappée matinale de 38 coureurs (avec le Lucernois Mathias Frank) s’est vite réduite à peau de chagrin, essorée par les deux cols de 1re catégorie. Ce sont Pello Bilbao, Simon Yates et Gregor Mühlberger qui se sont expliqués pour la victoire dans le département des Hautes-Pyrénées, loin devant un peloton arrivé près de dix minutes plus tard. L’Anglais de 26 ans, 8e du dernier Giro, a le mieux manœuvré dans les rues de la cité pyrénéenne et levé les bras pour la première fois sur le Tour, lui qui l’avait déjà emporté trois fois sur le Giro et deux sur la Vuelta.

«Je suis très fier de ça. J’ai pu profiter des conseils de mon équipe, qui avait reconnu le final.» Simon Yates peut maintenant se concentrer sur sa tâche principale: soutenir son jumeau Adam, leader de la formation Mitchelton-Scott, actuellement 7e du général et candidat au podium à Paris.

Créé: 18.07.2019, 20h24

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