Terrassé, Roger Federer avait les ailes froissées

TennisBattu par le jeune Stefanos Tsitsipas, Federer était dans un mauvais jour. Gros plan sur une surprise et les questions qu’elle soulève.

La déception était perceptible pour Roger Federer, battu au stade des huitièmes de finale par un joueur de 20 ans.

La déception était perceptible pour Roger Federer, battu au stade des huitièmes de finale par un joueur de 20 ans. Image: Reuters

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La stupeur a gagné toute la Rod Laver Arena et jusqu’à Stefanos Tsitsipas lui-même, héros iconoclaste, vainqueur incrédule et béat à la fois. Au dehors, une clique de joyeux Grecs hurlait son bonheur, déchirant la nuit de Melbourne avec des chants de joie, tournoyant dans des danses improbables. Pendant ce temps, Roger Federer refermait soigneusement son sac. Au masque des mauvais jours se substituait déjà le regard vide des tristesses sourdes. Il est presque parti sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. Comme à Wimbledon contre Kevin Anderson en quart de finale, comme à l’US Open contre John Millman en huitième de finale. Troisième écueil de suite donc en Grand Chelem, à nouveau en huitième de finale et donc trop tôt, à chaque fois contre des adversaires qui n’auraient pas dû inquiéter le Maître. Il va falloir oser se poser les bonnes questions.

Des interrogations, Federer, lui, n’en a pas. Ou alors il les garde pour lui. Aussitôt son élimination 6-7 7-6 7-5 7-6 face ce formidable jeune Grec consommée, il a dit en gros que tout allait bien. «Physiquement, je suis même très content de mon niveau, assurait-il. Je suis satisfait aussi de la qualité de mon jeu. D’accord, j’ai manqué un nombre incroyable de balles de break, oui, mon coup droit a posé problème, ainsi que mes retours de service et il faudra que j’en parle avec mon staff. Mais j’ai perdu contre un excellent joueur, qui a très bien joué. C’est au moins ça.» Il glissera aussi qu’il s’alignera sur terre battue cette saison, avec Roland-Garros dans son programme, où il ne s’est plus rendu depuis 2015 (blessure d’abord, choix la saison passée). «Je ne voulais pas refaire un long break, comme la saison passée, et j’avais envie de rejouer sur terre encore une fois.»

Comme tout est dans le détail, lorsque Roger Federer parle, alors ce «encore une fois» ressemble furieusement à «une dernière fois». Mais ça, on ne le saura que plus tard. La seule chose qui tourne en rond, c’est cette sombre séquence, inédite dans sa carrière en Grand Chelem: élimination en quart et deux fois en huitième de finale; et ces noms, Anderson, Millman, Tsitsipas. Ce n’est pas leur faire injure que se questionner. Anderson à Wimbledon, dans le jardin de Federer? Cela restait hautement surprenant malgré les qualités du Sud-Africain. Millman à Flushing Meadows? C’était du domaine de l’impensable. Tsitsipas à Melbourne? Le Grec est un immense talent (lire ci-cont re), mais quand Federer remporte la première manche, il faut s’appeler Nadal ou Djokovic pour le battre, d’habitude.

La tentation est grande, après ce genre de défaite, de s’interroger sur l’avenir de la légende vivante du tennis, l’un des plus grands sportifs de tous les temps. Parce qu’au fond, de deux choses l’une. Soit Federer était dans un vilain jour en Australie et il n’y a pas à s’inquiéter: il jouera sur terre battue, sera bon et aura le niveau pour gagner Wimbledon et l’US Open. Soit le souci est plus sérieux après une fin de saison 2018 déjà compliquée: s’il prend et donne toujours du plaisir quand il joue, on imagine mal l’homme aux 20 Grand Chelem se contenter de défaites en huitièmes de finale.

Jusqu’à quand?

Avec Federer, tout est dans l’irrationnel, c’est bien le problème. On lui prête toutes les grâces parce qu’il les mérite. Mais on oublie la réalité d’un temps qui passe et qui porte un homme vers ses 38 ans en août, tandis que Tsitsipas en a 20. Dans les yeux étonnés des spectateurs qui le fixaient depuis les gradins une fois le match terminé, il y avait toujours cette merveilleuse admiration, par-delà la déception. Teintée aussi d’une sensation douce-amère de ne pas savoir si c’était l’ultime récital austral du soliste suisse.

Roger Federer n’a plus rien à prouver à personne, sinon à lui-même. Il n’est pas question de parler de fin de règne, encore moins de passation des pouvoirs. La magie qui l’habite ne se transmet pas. Mais à l’aube de cette nouvelle saison qui commence pour lui sur un écueil, avant de le revoir sur la terre ocre de Roland-Garros parce qu’il en a envie «encore une fois», il faut avoir à l’esprit la chance donnée de l’observer encore en action, indépendamment du résultat. Il incarne l’âge d’or du tennis. Et après tout, il est tellement inclassable qu’il pourrait bien continuer de surprendre tout le monde un moment. Combien de temps? C’est lui seul qui décidera. Peut-être est-ce déjà fait, d’ailleurs. En attendant, profitons. (TDG)

Créé: 20.01.2019, 20h20

Stefanos Tsitsipas, graine de champion

C’est forcément facile de voir en Stefanos Tsitsipas le successeur de Roger Federer. Il a vingt ans, des cheveux longs, un bandeau, un sacré coup droit, un revers à une main et il vient de battre la légende du tennis. Tiens, comme Federer à Wimbledon face à Sampras en 2001. Le Grec est pétri de talents, c’est vrai. Mais il faut se méfier des raccourcis simplistes.

Tsitsipas a encore tout à prouver, tout à digérer après avoir battu l’une de ses idoles. «Je suis l’homme le plus heureux sur terre, a-t-il dit après sa victoire. Ce que je ressens est indescriptible.» Ce qui est sûr, c’est que ce Grec de 20 ans a toutes les armes pour durer et progresser encore. Il y a deux ans, il était 206e mondial en janvier. L’année dernière il était 82e. Il est aujourd’hui N° 15 et il va encore prendre des places. Avec notamment Zverev, Medvedev et Shapovalov, il fait partie de cette nouvelle génération. Il en est la version la plus aboutie, en tout cas celui qui semble avoir le plus de potentiel. «Je suis certain qu’il a une très belle carrière qui l’attend», a précisé Federer.

Il possède déjà de nombreuses armes: un service de qualité, un sacré coup droit et ce revers à une main, délicieux. Il a mérité sa victoire et va maintenant se frotter à l’Espagnol Bautista Agut. À lui de ranger son exploit au plus vite dans la case souvenir. Parce que c’est une épreuve de force que va vouloir lui imposer son adversaire.

Fenêtre sur court

Timea Bacsinszky est une revenante qui se porte bien. Elle n’a craqué qu’au troisième tour face à l’Espagnole Garbine Muguruza et peut être fière de son parcours. Elle revient d’une blessure qui lui a pourri l’année 2018 et elle était en mal de repères. Elle en a trouvé plusieurs depuis le début de l’année et principalement en Australie. Surtout: elle va grappiller de précieux points, dont elle avait besoin, pour la suite de la saison. Si elle pointait au 145e rang WTA en arrivant à Melbourne, elle devrait remonter vers la 112e position. «Je suis déçue d’avoir perdu, mais avec le recul, je crois que je peux être heureuse de mon parcours, lançait-elle. Ça fait du bien.»

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