Roger Federer, l’incroyable retour du génie du tennis

TennisAprès six mois d’absence, le Bâlois a été tout simplement exceptionnel. Le Suisse (35 ans) a terrassé Rafael Nadal pour s’offrir un 18e sacre en Grand Chelem.

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Puisque c’est si doux, laissons-nous emporter. Puisque les superlatifs ne sont pour lui plus que des lieux communs, oublions-les pour résumer simplement: Roger Federer est le meilleur joueur de tennis de tous les temps, la formule est définitive, péremptoire, elle ne souffre plus la moindre contestation. Il en a fait la démonstration ultime à Melbourne, face à un Rafael Nadal qui mène sans doute toujours 23 à 12 dans les confrontations directes, mais qui a basculé dans le monde des mortels hier. Il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel du tennis. Y en a-t-il déjà eu un autre, au fond…?

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Dans ce ciel-là, Federer respire à des altitudes où tout le monde suffoque. Il a pourtant 35 ans, il revient d’une pause de six mois pour soigner dos et genou, il était à court de compétition? Il a balayé quatre joueurs du top 10 (Berdych, Nishikori, Wawrinka et Nadal), disputé trois matches en cinq sets, dont la demie 100% suisse et la finale (6-4 3-6 6-1 3-6 6-3), pour s’adjuger un 18e trophée du Grand Chelem, une récompense attendue depuis son dernier sacre à Wimbledon en 2012. Laissant sa bête noire, ce Nadal qu’il n’avait plus terrassé dans un tournoi majeur depuis 2007, à 14 sacres. Comment cela est-il tout simplement possible?

Refus de tout fatalisme

Il y a toujours une part d’irrationnel dans la performance d’un pur génie. Hier, chez Roger Federer, c’est au pire moment de la finale que le mystère a grandi. Le Bâlois était mené 1-3, après avoir manqué plusieurs balles pour revenir dans le match. «Si tu n’es pas fort mentalement, c’est facile de se dire que ce n’est pas ton jour, que cela ne va pas tourner en ta faveur, lancera-t-il tout tranquillement. Moi, je me suis persuadé qu’il fallait réagir et repartir à l’attaque.»

Face à Nadal, sa bête noire, dans un cinquième set mal engagé, Federer refuse donc tout fatalisme. On ne saura jamais ce qu’il s’est vraiment passé dans sa tête durant ces instants-là, où le doute menace et où la tentation est grande d’y céder. La réalité, ce sont les cinq jeux d’affilée qu’il inscrira ensuite.

Aucun autre joueur au monde n’aurait pu infliger cela à Nadal à ce moment-là de la partie, dans une finale de tournoi du Grand Chelem. Et peut-être fallait-il justement l’Espagnol en face de lui pour que Federer en soit capable. C’est une magie indicible, le choc des ego, la mise en abîme de la raison: le génie en action.

L’intelligence du jeu

De sa pause forcée de six mois, on sait aujourd’hui tous les bienfaits physiques. Au-delà des douleurs légitimes, la «mécanique» corporelle de Federer a époustouflé tout le monde. Mais ce que son fantastique retour évoque en creux, c’est surtout sa fraîcheur mentale.

A 35 ans, le voilà donc heureux comme un gosse dès qu’il est sur un court. Quelle leçon de sport, de vie aussi. Quel exemple! Federer a toujours adoré le jeu. Mais ces six mois ont été un bol d’oxygène. Il a pu partager beaucoup de temps avec sa femme et ses quatre enfants, voir ses amis régulièrement, se balader en Suisse. Il a pu vivre un peu, en dehors de son habituelle routine. «Oui, cela aide à rester lucide, à analyser les choses, à dire ce que je ressens, explique-t-il sereinement. J’ai accepté cet affrontement contre Rafa différemment, par rapport à avant.» Il est précieux pour la tête, cet oxygène-là.

Le génie c’est beau, mais sans l’intelligence de jeu… Sur ce plan, les fulgurances de Federer sont comme l’esquisse d’un plan élaboré en amont. Sur la surface dure Plexicushion de Melbourne, plus rapide cette année, le «Maître» a fait tout juste. Il a d’abord refusé de reculer, il a tiré les enseignements de Dimitrov: Federer a lui aussi été brillant en revers, restant offensif le plus clair du temps, tant pis pour les quelques ratés. Mais il a également été impressionnant sur les jeux de retour, soit sur le service de Nadal. «Il a coupé les trajectoires, explique Heinz Günthardt. Il a connu les surfaces rapides de l’époque: comme celle de cette année était assez rapide aussi, il a fait ce qu’il fallait pour ne pas être déporté…» Simple comme bonjour.

Roger Federer a marqué l’histoire de son sport pour toujours, remportant une cinquième fois l’Australian Open, tout en étant tête de série No 17. Tiens: en 2002, quand Pete Sampras remportait son dernier tournoi du Grand Chelem (le 14e), il était lui aussi tête de série No 17… Sauf que l’Américain se retirait dans la foulée, à 32 ans. Mais à 35 printemps, Federer court toujours. Plus que jamais! Haut de la page


«Franchement, ce n’est pas ce qui était prévu»: le Bâlois a livré ses émotions après son phénoménal succès

Une petite larme au milieu d’une Rod Laver Arena très largement acquise à sa cause, beaucoup d’émotions et le Roger Federer en était quitte pour raconter cette fabuleuse victoire. Désarmant de simplicité.

Roger, vous devez vivre des émotions incroyables…

Franchement, ce n’est pas ce qui était prévu. Moi je voulais juste faire un come-back. Et j’ai remporté un 18e titre! J’ai souvent été assez proche de le gagner et c’est presque quand je m’en sentais le plus loin qu’il est là. C’est dur de dire ce que je ressens.

Vous n’en aviez plus gagné depuis Wimbledon 2012…

Oui, presque cinq ans. En 2012, après le 17e trophée, je me disais pourtant que le 18e arriverait plus vite. Désolé d’avoir déçu les fans… Mais en réalité, personnellement, c’était mon dernier souci de tenir le compte. Le plus important, ici, c’était mon retour à la compétition. C’était ce match avec Rafa Nadal. Et c’est surtout le fait de pratiquer un tennis qui me rende heureux. Sous certains aspects, c’est presque plus important encore que la victoire en elle-même.

Franchement, ce cinquième set était incroyable: comment l’avez-vous vécu?

Je me suis dit que je devais rester relax. Nous en avions parlé avant avec Ivan et Séverin (ndlr: ses coaches, Ljubicic et Lüthi): jouer la balle, pas l’adversaire en face, rester libre dans la tête, lâcher les coups, l’audace serait récompensée. Je ne voulais pas tomber en n’étant pas assez offensif. C’était la bonne décision. Au début, je me fais breaker. Mais en fait, c’était comme si je l’avais pressenti. Et puis tout va très vite. J’en suis moi-même surpris, la rapidité entre 1-3 et 6-3, set terminé…

Un mot sur Rafael Nadal…

Rafa est définitivement quelqu’un de particulier dans ma carrière. Il a fait de moi un meilleur joueur. C’est toujours un défi ultime pour moi de jouer contre lui. Nous faisions tous les deux un «come-back», cela aurait été bien pour lui aussi de gagner, mais en tennis, il n’y a pas d’égalité. C’est parfois brutal.

Ce titre est le premier depuis que vous collaborez avec Ivan Ljubicic: c’est important pour votre association?

C’est forcément spécial pour tout le staff. Mais pour Ivan, c’était la première finale de Grand Chelem qu’il préparait, que ce soit en tant que joueur ou coach. Franchement, il était nerveux durant toute la journée. J’ai essayé de le calmer. Idem avec mon physio. Je sentais bien que ce n’était pas quelque chose à quoi Ivan était habitué. De son côté, Séverin Lüthi était parfaitement détendu…

La balle de match: il faut attendre le résultat du challenge demandé par Nadal pour être sûr. Une sensation curieuse?

Rafa n’avait pas vraiment d’autre choix que de tenter un challenge. Cela fait bizarre de gagner comme ça. Je pensais bien que ma balle était bonne. Mais bon, on ne sait jamais. Et puis, j’ai regardé mon box et d’un coup j’ai vu Mirka et tout le monde sauter de joie. J’ai réalisé là, à ce moment, que j’avais vraiment gagné.

La fête d’un 18e titre en Grand Chelem à 35 ans, c’est comment?

C’est une soirée organisée avec des amis, 20, 30, 40, on verra. Amusement au programme, rien de guindé. Certains sont venus, d’autres sont d’ici. Perso, j’ai désormais un peu plus d’expérience pour vivre ça.

Haut de la page (TDG)

Créé: 30.01.2017, 07h18

L’essentiel

Revenant Roger Federer a réussi l’exploit que personne n’attendait: gagner son 18e titre du Grand Chelem après six mois d’arrêt de la compétition.

Rivalité La victoire dans ces conditions, de surcroît face à Rafael Nadal, a un goût particulier pour le champion de 35 ans.

Hommages Ses pairs, mais aussi des champions d’autres sports, saluent comme il se doit cet exploit hors du commun.

Toute la planète tennis salue l’exploit du «Maître»

Stan Wawrinka, No 1 suisse, trois titres du Grand Chelem: «Quel match! Incroyable Roger Federer!»

Yves Allégro, ancien colocataire et ex-partenaire de double de Roger Federer: «Je suis en train de pleurer comme un bébé…»

Fabian Schär, défenseur de l’équipe de Suisse: «Je ne peux pas y croire. Quel champion! Le roi Federer.»

Michelle Gisin, skieuse de l’équipe de Suisse: «Roger Federer, le plus grand de tous les temps. Rien d’autre à dire.»

Andy Roddick, ancien No 1 mondial: «Prendre un break de six mois et revenir pour gagner. Je ne peux pas croire ce que je viens de voir. Bravo, mon ami Roger.»

Juan Martin Del Potro, vice-champion olympique 2016: «Merci à vous deux. N’arrêtez jamais le tennis. Roger, tu es grand. Tu es une telle inspiration.»

Jamie Delgado, co-entraîneur d’Andy Murray: «Six mois out et un retour pour gagner l’Open d’Australie. Avons-nous vraiment conscience de la portée de l’exploit?»

John Isner, No 1 américain: «Roger, tu es irréel.»

Thomas Johansson, lauréat de l’Open d’Australie 2002: «Après cela, il ne doit plus y avoir une seule question pour savoir si Roger ou Rafa peuvent encore gagner un Grand Chelem. Une fois champion, toujours champion.»

Angelique Kerber, ex-No 1 WTA: «Roger, le champion. Tellement mérité. Je suis très heureuse pour toi. Bravo pour cette épique victoire.»

Milos Raonic, No 3 ATP: «Un grand match pour lequel il fallait se lever. Merci Roger, merci Rafael!»

Jack Nicklaus, légende du golf: «Félicitations, Roger. Un grand fan de tennis et de toi te demande de ne surtout pas arrêter.»

Feliciano Lopez, ancien No 12 ATP: «J’espère juste que vous deux ne nous quitterez jamais. Bravo Roger Federer. Le match du jour était tellement inspirant…»

Compilé par Arnaud Cerutti

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