Niveau de jeu moyen et bobos en série; le Masters traîne la patte

TennisLa saison touche à sa fin et les joueurs sont sur les rotules. Cela se sent à l’O2. Où la question du planning revient aussi.

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«Est-ce qu’il m’arrive de jouer sans douleur? Pour dire la vérité, pas souvent.» L’aveu lâché samedi par Rafael Nadal dans les colonnes du Monde illustre la réalité ardue à laquelle sont confrontés les athlètes professionnels, celle de devoir avancer avec le corps qui, régulièrement, tiraille. Les propos du No 1 mondial – qui a fini par se retirer du Masters sur blessure – ont fait écho à ce qu’avait soufflé Timea Bacsinszky l’été dernier après sa sortie de piste à Wimbledon. «Se présenter sur le court sans petits bobos, ce n’est tout simplement pas possible pour un joueur ou une joueuse de haut niveau», suggéra la Vaudoise, qui promenait alors des soucis à une cuisse et à la main droite.

Même si d’aucuns évoquent plus ouvertement que d’autres leurs problèmes, le fait est incontestable: acteurs et actrices des circuits ATP et WTA proposent du spectacle, régalent les fans, sourient en public, mais ils grimacent plus que de raison en coulisses. Tous ont les articulations qui grincent et/ou les muscles qui se crispent; parce qu’il est de plus en plus difficile de composer avec les exigences du sport pro, lequel ne cesse de solliciter des mécaniques qui se doivent d’être de précision, et parce que les cadences infernales usent les organismes.

Le style de jeu en question

«Le haut niveau n’est pas forcément mauvais pour la santé – certaines études en témoignent – mais il peut le devenir dans des situations de charges lourdes d’entraînement, surtout en présence d’une blessure ou de surcharge articulaire, tendineuse ou musculaire, qui peut alors ressortir, s’aggraver et s’installer durablement sous forme de lésion structurelle des tissus concernés», avance le Dr Vincent Burki, médecin du Centre de médecine du sport et de l’exercice à Hirslanden Clinique La Colline.

On pourrait croire que l’âge est une explication, les «anciens» comme Stan Wawrinka, Novak Djokovic ou Andy Murray étant tous sur le flanc, mais il ne l’est pas, Nick Kyrgios (22 ans), Kei Nishikori (27 ans) ou encore Milos Raonic (26 ans) se retrouvant également loin des courts en ce moment. «Cela est peut-être dû au style de jeu d’aujourd’hui, plus agressif que par le passé, car davantage basé sur la force-puissance, et les prérequis que cela peut impliquer, ajoute le médecin genevois. Les saisons sont, qui plus est, de plus en plus longues, avec peu de temps de répit et de préparation formelle. Cela devient plus compliqué d’être au top tout au long de l’année.»

De fait, au bout d’un exercice éreintant tel que celui que l’on vit cette semaine à Londres, les corps sont grippés. À l’O2 Arena, pas un joueur ne gambade comme cela peut être le cas au printemps. David Goffin, par exemple, a les genoux en feu, mais il repousse tant et plus la période de repos pour pouvoir vivre pleinement son Masters ainsi que la prochaine finale de Coupe Davis. Quitte à hypothéquer son entame de saison 2018! Son tape sur son articulation gauche? «Je l’ai depuis l’US Open, mais je me sens «OK», presque à 100%», répondait mercredi le Belge.

À l’image de nombre de ses compères, le No 8 mondial, dans un mécanisme de défense, refuse de s’étendre concrètement sur ses douleurs. Mais oui, son corps aura bien besoin de passer un «service» à la fin du mois! Comme d’ailleurs ceux des autres participants à ce Masters. Épreuve dont le niveau de jeu stagne encore une fois à hauteur de la Tamise. Ces dernières années, en effet, le rendez-vous londonien n’a que très rarement proposé du tennis flamboyant. En grande partie car ses participants se retrouvent justement sur les rotules, sans l’énergie nécessaire pour donner ce petit «plus» à même d’électriser les foules et le jeu.

Aucune mise en route!

«Ce sont les meilleurs joueurs de la saison, donc ceux qui ont le plus gagné et, par conséquent, le plus joué, reprend le Dr Vincent Burki. Sont-ils fatigués physiquement et davantage «blessés» que durant l’année ou sont-ils simplement à bout de souffle mentalement? La question se pose. Mais la qualité moindre des matches peut aussi s’expliquer par le format de la compétition, qui oblige chacun à se retrouver d’emblée contre un top joueur. Il manque les un ou deux «tours de chauffe» habituels qui permettent, en temps normal, de se mettre dans le bain…»

Ces matches de «mise en route», les cadors du circuit devraient les retrouver en Australie au mois de janvier. Mais pour éviter que ne se repose dans le futur la question des petits bobos, il n’est pas à exclure que la tendance au «break» de quelques mois devienne un passage obligé pour qui aspire à durer. «C’est fort possible, admet le Dr Burki. Et ce, pour plusieurs raisons. Primo afin de reposer la «machine», aussi bien physique que mentale. Deuzio pour retrouver la motivation si nécessaire aux exploits et à l’investissement quotidien. Tertio afin de se donner le temps d’effectuer une vraie préparation physique et tennistique sur le long terme, avec un réel travail de fond.»

Miracle de la pause, une fois les douleurs passées, une fois la cure de jouvence assurée, acteurs et actrices du tennis pourraient se retrouver à gonfler leur palmarès. «On peut parler du fracassant retour de Roger Federer à l’Open d’Australie, mais je me souviens aussi de la grosse performance de Marc Rosset, qui avait enlevé le tournoi de Nice 1995 après avoir été blessé», souligne le médecin du Centre de médecine du sport et de l’exercice à Hirslanden Clinique La Colline.

Deux trajectoires à explorer pour qui a le moteur qui ronronne. Mais pas que. Pépite du jeu, Alexander Zverev a tout compris, puisqu’il imagine sa carrière sur le long terme. «Il a déjà le regard posé sur ce qu’il fera quand il aura 23 ou 24 ans, et cela me plaît», s’émerveille l’homme aux 19 titres du Grand Chelem. Qui, en matière de programmation réussie, s’y connaît mieux que personne.

(TDG)

Créé: 15.11.2017, 21h50

Fond de court

C’est sans trembler que Grigor Dimitrov s’est à son tour assuré une place en demi-finale de son premier Masters. Mercredi, le Bulgare a détruit le malheureux David Goffin (6-0, 6-2). «J’étais «dans la zone» en 1re manche, tout me réussissait», a-t-il commenté.
Thiem, le discret
A une presse autrichienne lui demandant de confirmer sa relation avec Kristina Mladenovic, Dominic Thiem a répondu avec ironie: «Je n’ai rien à dire, je crois que c’est assez voyant comme ça», a-t-il répondu alors que la joueuse française, présente à Londres, traîne à ses côtés dès qu’elle le peut depuis cet été.
La France face à son destin
Dans le tournoi de double, la paire française Nicolas Mahut/Pierre-Hugues Herbert se trouve placée face à son destin, ce jeudi. Si elle s’impose contre le duo Henri Kontinen/John Peers en début de journée, elle accédera au dernier carré. En revanche, en cas de défaite, les «Bleus» pourront s’en aller préparer la finale de la Coupe Davis dans le Nord.

Programme de jeudi

15 h (en Suisse):
Federer-Cilic

21 h:
A. Zverev-Sock
A.CE.

Vincent Burki, médecin à Hirslanden Clinique La Colline (Image: DR)

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