Le «Maître» et le faux combat des privilèges

TennisJulien Benneteau a provoqué le buzz en associant Roger Federer avec les termes «privilèges» et «conflit d’intérêts».

Roger Federer, adulé aux quatre coins du monde, est espéré sur tous les courts centraux depuis des années. Sa programmation trouve bien souvent son origine dans une forme de logique commerciale.

Roger Federer, adulé aux quatre coins du monde, est espéré sur tous les courts centraux depuis des années. Sa programmation trouve bien souvent son origine dans une forme de logique commerciale. Image: AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Tout est parti d’une émission de radio qui porte bien son nom: «Les grandes gueules du sport», sur la très spécialisée et très polémiste RMC. On y échange entre experts dans une ambiance de bistro, les répliques fusent, l’adrénaline du direct pousse à la surenchère. C’est dans ce contexte propice aux raccourcis que le frais retraité Julien Benneteau, garçon intelligent et respecté du milieu, a lâché les phrases qui tiennent en haleine la caravane médiatique du Masters depuis trois jours.

«C’est normal que Roger ait des privilèges, mais il y a une petite dérive. (…) Craig Tiley, le patron de l’Open d’Australie, s’occupe des droits marketing et télé de la Laver Cup. Quelque part, ce monsieur est payé par l’agent de Roger Federer et derrière, comme par hasard, Federer joue à Melbourne 12 de ses 14 derniers matches à 19 h 30.» De quoi parle Julien Benneteau? En Australie, la chaleur rend le créneau du soir très prisé; même si l’«AO» l’étale sur trois grands courts. Or le 17 janvier dernier, un jour de canicule, les organisateurs avaient épargné un Federer-Struff a priori sans histoire pour envoyer le «choc» du deuxième tour entre Djokovic et Monfils dans la fournaise de l’après-midi.

Faut-il en déduire que Roger Federer est «chouchouté» par la programmation «down under»? Sans doute. Mais ce constat est-il vraiment la conséquence d’un lien commercial vieux de deux ans et demi entre «Tennis Australia», dont Craig Tiley est aussi le CEO, et la Laver Cup? Ce raccourci oublie que «RF» monopolise tous les courts centraux du monde depuis quinze ans. «Roger Federer est le joueur d’une génération, l’un des athlètes les plus vendeurs au monde, s’est expliqué mardi dans un communiqué le boss de l’Open d’Australie. Les fans et les diffuseurs veulent le voir en prime time.»

Si la régularité de la programmation de Roger Federer trouve bien son origine dans une forme de dépendance commerciale, elle se situe donc au niveau des diffuseurs et des sponsors de chaque tournoi. Une réalité que ses pairs ne contestent pas une seconde. «Si Roger ne mérite pas un traitement spécial, qui le mérite, s’est interrogé Novak Djokovic. Le public veut le voir à 19 h 30 sur la Rod Laver Arena. Je ne vois pas où est le débat.» Et le très libéral John Isner d’ajouter: «Si je devais choisir, j’offrirais un traitement encore plus spécial aux meilleurs car ils nous ont, à tous, fait gagner beaucoup d’argent. C’est comme «l’effet Tiger Woods» en golf. Quant à Roger, il est le tennis. Donc il mérite tout ce qu’il reçoit; voire un peu plus.»

Question sensible

Tout va donc très bien dans le meilleur des mondes? Pas forcément. Car en se fixant sur les prétendus privilèges du «Maître», l’opinion s’est détournée de la question sensible: celle des conflits d’intérêts potentiels qui traversent le circuit. Craig Tiley, justement, est CEO de «Tennis Australia», un membre fondateur de l’ITF et du comité des Grands Chelems, coorganisateur de la World Team Cup avec l’ATP et actionnaire de la Laver Cup. Difficile de faire plus exposé. Et que dire de Justin Gimelstob (ex-66e mondial), membre du board de l’ATP, commentateur pour Tennis Channel, coach en second de John Isner et producteur de contenu télévisuel… pour l’ATP. Plus proche du terrain, Gérard Tsobanian est le patron des tournois de Madrid et de Genève, mais aussi l’agent de Lucas Pouille. Quant à Ivan Ljubicic, il coache «RF» et s’occupe des intérêts de Borna Coric.

Alors bien sûr, tous ces gens font certainement très attention d’enlever une casquette avant d’enfiler la suivante. Mais cette liste non exhaustive témoigne d’une réalité: le tennis professionnel est un microcosme qui gère sa destinée en vase clos et dont les ficelles sont tirées par un petit groupe de personnes influentes. «Les instances du tennis sont faibles», a aussi dénoncé Julien Benneteau lors de cette émission de radio vieille de déjà dix jours. Ses critiques dépassaient donc largement le cas Federer. Malheureusement, personne n’a retenu ce passage, plus complexe, moins vendeur.

Surexposé pour deux raisons

Au final, Roger Federer est surexposé pour deux raisons: il est le meilleur joueur de l’histoire et a choisi de devenir promoteur alors qu’il chasse encore les records. Le premier statut lui accorde quelques avantages que personnes ne conteste, le second lui attire quelques questions dont il se passerait bien en plein Masters. Dans les deux cas, la relation de cause à effet semble légitime. À condition de ne pas tout mélanger.

Créé: 14.11.2018, 23h00

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

)6 nouveaux projets en faveur des piétons et des cyclistes
Plus...