Tadesse Abraham, héros moderne d’une Escalade de feu

Course à piedLa 39e édition a réuni près de 40 000 participants et plus du double de spectateurs. Au cœur de cette formidable liesse populaire, le coureur genevois a tenu une fois encore le rôle principal.

Le jeune Erythréen Habte mène encore le train mais Tadesse Abraham (devant Julien Wanders) le coiffera au poteau.

Le jeune Erythréen Habte mène encore le train mais Tadesse Abraham (devant Julien Wanders) le coiffera au poteau. Image: Georges Cabrera

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C'était un pari, une manifestation née un peu dans l’insouciance. Libre comme l’air mais plutôt collée aux pavés. Puis, très rapidement, à grandes foulées, elle est devenue une course en quête de hauteur, et pas seulement parce qu’elle s’était approprié le nom patrimonial cher aux Genevois. Depuis, l’Escalade (on en oublie presque le mot course) n’en finit pas d’atteindre des sommets, de les dépasser. Superlative et hyperactive. Consciencieuse et canaille. Genevoise jusqu’au bout des lacets.

Mise sur orbite la veille par 8000 marcheurs luminescents, sa 39e édition a connu samedi une nouvelle poussée de fièvre. De quoi réchauffer la grisaille. 40 000 coureurs qui soufflent le chaud et plus du double de spectateurs qui applaudissent le show, ce spectacle de rue qui associe dans une même communion les anonymes heureux et les champions d’aujourd’hui et de demain. Papa, maman, la bonne et moi, tous des héros.

«Un formidable ambassadeur»

Mais parce qu’il faut bien une figure d’exception, l’Escalade a désigné son héros moderne, un lointain descendant du pétardier Picot! Il se nomme Tadesse Abraham et une fois encore, il a mis le feu aux poudres et fait battre les cœurs. «Il m’a vendu du rêve», s’extasie une groupie anonyme, admirative du style et de la prestance du coureur suisse. Plus solennel mais tout aussi enthousiaste, Jean-Louis Bottani loue son charisme. «Pour nous, c’est un formidable ambassadeur», s’exclame le patron de la course. Les barrières sont tombées. La victoire serait-elle aussi renversante qu’un coup de bélier?

Samedi, dans la liesse des Bastions, loin de ce débat identitaire, Tadesse Abraham savourait la défense de son titre. «Le public m’a porté! Je suis fier de Genève. Et un peu de moi aussi!» s’écriait le marathonien d’origine érythréenne, établi au bout du lac depuis cinq ans.

Le Père Noël est un coureur

Si l’habitant des Cropettes a mis la République à ses pieds, il lui a fallu d’abord mater l’insolente jeunesse d’un rival inattendu, presque tombé du ciel! En fait, Awet Habte (19 ans) débarquait d’Allemagne et il n’avait rallié Genève en voiture que nonante minutes avant le coup de canon du départ! «Fatigué par le voyage», dira ce mercenaire des temps modernes, enrôlé par une entreprise japonaise dont il ne connaît pas la raison sociale! Encore évasive, sa réputation l’avait précédé. On ne se classe pas 2e du 10 km de Berlin (en 28’18) par hasard.

C’est encore moins par accident que le jeune Erythréen a résisté aux incessantes accélérations de Tadesse Abraham et qu’il a bien failli lui voler la vedette à l’issue d’un sprint final étourdissant. Le bonheur tient parfois à un fil. Pour le Genevois, il s’est joué au dixième de seconde près, en se jetant sur le ruban d’arrivée comme un mort de faim. Mais ne lui dites pas que son succès est inespéré! «Ma force, c’est mon mental. Jusqu’à la ligne d’arrivée, je ne lâche rien», explique-t-il. Pour triompher sur le tapis rouge des Bastions, il a juste dû battre son record du monde du 100 mètres!

Après Bâle et avant de poursuivre sa tournée à Sion, Zurich et Bolzano, le champion d’Europe du semi-marathon continue ainsi de remplir ses objectifs: affûter sa vitesse terminale et mettre du beurre dans ses épinards. «Grâce à ces courses urbaines, je deviens le Père Noël pour ma femme, mon fils et moi-même», s’émerveille-t-il. C’est une campagne de crowdfunding réussie qui lui permettra de financer cet hiver son prochain camp d’entraînement à Addis-Abeba. Plus que jamais, «Tade» a le marathon de Londres (23 avril) et le record d’Europe dans sa ligne de mire.

Gare à Julien Wanders!

Cette course, qui respire à plein poumon, inspire de belles ascensions, comme celle de Julien Wanders, un fils de l’Escalade et un disciple de Tadesse Abraham. C’est ici que l’espoir du Stade Genève (20 ans) a porté son premier dossard. «Je devais avoir 5 ans. Elle m’a fait grandir, elle m’a fait rêver», se souvenait-il dans l’aire d’arrivée. Samedi, il l’a retrouvée après quelques années d’infidélité à courir les champs de cross. «J’avais un peu oublié qu’elle était aussi dure…»

Longtemps, avec bravoure et bravade, le champion suisse du 5000 m a tenu tête aux meilleurs avant de lâcher prise au Bourg-de-Four. Sa 4e place, à 12 secondes des premiers, est un gage d’avenir. «Dans deux, trois ans, il gagnera l’Escalade, prédit Tadesse Abraham. Il a le talent pour et il s’en donne les moyens.» En janvier, c’est vers le Kenya que Julien Wanders s’envolera à nouveau…

Gracieuse et impériale gagnante de l’épreuve féminine pour la deuxième fois d’affilée, l’Ethiopienne Helen Bekele a quant à elle fait son nid à Genève. L’Escalade, on y vient, on y revient et on y reste à demeure!


Avec 39 818 classés, la course s’est surpassée. En attendant un nouveau pic et un casse-tête en 2017!

Dimanche, à l’heure du repas de clôture, les organisateurs de l’Escalade se sont offert un verre de limoncello pour arroser une «édition exceptionnelle, courue comme sur des roulettes». Mais pour le repos du guerrier, ils devront repasser! L’avenir de la course, cette 40e édition qu’ils souhaitent tous fêter l’an prochain en grandes pompes (le pluriel est ici de rigueur), c’est déjà aujourd’hui! «On en parle depuis longtemps, on en a rediscuté entre la poire et le dessert», confie Jean-Louis Bottani, déjà prêt à se retrousser les manches.

L’immense travail qui les attend ne leur fait pas peur! Il est à la mesure du formidable succès qui a parachevé deux jours de marche triomphale et de course folle. Au total, 39 818 concurrents (sur 45 322 inscrits) ont fait de cette 39e édition un nouveau sommet de popularité. Soit 7,3% de plus que l’an passé. Boostée par le walking, la participation des femmes (52,7%) est toujours plus imposante. Déjà approuvé l’an passé, le réaménagement des courses (par blocs d’allure et mixtes) a été reconnu d’intérêt général. «Même s’il suppose quelques entorses à la liberté de courir qui est notre credo», précise Jean-Louis Bottani.

Avec un meilleur étalement des courses et une plus forte occupation de la place Neuve, l’Escalade gère ainsi mieux son envahissante densité de population. Mais sera-ce suffisant pour absorber une nouvelle poussée démographique, inévitablement attendue l’an prochain avec le retour de la Course du Duc? Ou faudra-t-il précipiter le plan de secours, jugé inéluctable, en déroulant la manifestation sur deux jours complets? Le casse-tête est sur la table, c’est le menu d’un groupe de travail chargé de préparer les festivités du 40e.

Pour Jean-Louis Bottani, tout est encore ouvert. «Il faudra soupeser les avantages et les inconvénients. Tenir compte des contraintes et des surcoûts qu’entraînerait un passage au dimanche.» La Course du Duc sera au cœur des débats. Son succès prévisible (8000 partants?) aura certes le mérite de dégonfler les pelotons de l’Escalade, mais elle posera de sérieux problèmes d’acheminement des concurrents à Régnier! Si elle part bien de France voisine, vu la crise sécuritaire persistante. «On a reçu un O. K. de principe. Mais là aussi, on a un plan B», conclut l’organisateur. (TDG)

Créé: 04.12.2016, 21h29

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