La Suisse entre peur du noir et lueurs d’espoirs

TennisLe barrage de Coupe Davis contre la Suède, à Bienne, donne l’occasion de se pencher sur la relève. Or la situation n’est peut-être pas si sombre.

Marc-Andrea Hüsler avait le match en main avant d’être handicapé par une douleur à la hanche.

Marc-Andrea Hüsler avait le match en main avant d’être handicapé par une douleur à la hanche. Image: Keystone

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L’enjeu immédiat de ce barrage entre la Suisse et la Suède semble très modique, puisque la sélection helvétique est assurée de faire partie des 24 nations qui disputeront le 1er tour de la Coupe Davis new-look, en février prochain. Mais cette confrontation, qui voit les deux équipes dos à dos (une victoire partout) après la journée de vendredi, est bien plus lourde de sens qu’il n’y paraît. D’une part parce qu’elle nous inflige un avant-goût de ce que sera la vie sans Roger Federer ni Stan Wawrinka; d’autre part parce qu’elle donne l’occasion de se pencher sur ce qu’on est en droit d’appeler la relève. L’avenir.

Pas grand monde derrière

«Derrière Roger et moi, c’est le désert», déclarait Wawrinka dans «Le Temps» à l’automne 2012. Six ans plus tard, les deux glorieux caravaniers du tennis helvétique ne voient pas grand monde dans leur sillage. «Des gars comme Adrien Bossel ou Marc-Andrea Hüsler ont le potentiel pour entrer dans les 100 meilleurs», avance René Stammbach, président de Swiss Tennis. Oui mais le premier, 29 ans déjà, est actuellement blessé. Quant au second, 386e mondial à 22 ans, il a réalisé une excellente première partie de match hier – il menait deux sets à rien et 4-1 dans la troisième manche face à Markus Eriksson (ATP 455) –, avant de s’écrouler, handicapé par une douleur à une jambe (défaite en cinq sets et 3 h 42).

Titularisé par le capitaine Severin Lüthi parce qu’il a «bien travaillé et fait quelques bons trucs ces derniers temps», Marc-Andrea Hüsler incarne un bout d’avenir. Avec le Grison Jakub Paul, 703e raquette mondiale à 19 ans et convoqué pour la première fois en Coupe Davis, ils ont eu le privilège de côtoyer Roger Federer deux semaines à l’entraînement, en avril passé à Dubaï. «Roger a pris du temps pour eux, j’espère que cela les a motivés, inspirés, disait récemment Lüthi dans le «Tages-Anzeiger». Après, chacun doit savoir ce qu’il en tire.»

Bosser dur, progresser et dissiper peu à peu la grande peur du noir, telle est leur mission. «J’ai toujours dit que nous avions un trou de sept à huit ans et nous sommes dans la sixième année, explique René Stammbach. Je ne suis pas euphorique mais j’ai un bon sentiment, ce qui n’était pas le cas voici trois ans. Maintenant, nous avons des mecs qui sont champions du monde en M14, puis champions d’Europe en M16. Nous avons quatre ou cinq joueurs qu’on peut qualifier de grands espoirs, alors on travaille dessus.»

Patience et espoir

Michael Lammer, ex-pro, s’occupe depuis trois ans de cette génération. Jérôme Kym, Leandro Riedi et Dominic Stricker, tous entre 15 et 16 ans, font partie de ceux qui, comme dit leur mentor, «commencent à tout miser sur le tennis et ont un bon potentiel». Mais de là à faire oublier qui vous savez, il y a un pas que le technicien zurichois ne franchit pas. «Il y a tout un puzzle à mettre en place, il faut comprendre que la construction d’une carrière est un marathon, pas un sprint», rappelle-t-il.

Patience, donc, et espoir. Menacé par l’angoisse du vide, le tennis helvétique voit quand même quelques lueurs pointer à l’horizon. «Si on arrive, à terme, à avoir un joueur dans les 50 meilleurs, un autre dans les 100 et peut-être deux-trois autres dans les 200, ce ne sera déjà pas mal», estime Michael Lammer. Un à un, balle au centre, à cheval entre peur du vide et lendemains qui chanteront peut-être. (nxp)

Créé: 14.09.2018, 22h56

Les connexions suédoises de Bellier

Pour Antoine Bellier, ce week-end biennois a une saveur particulière. D’abord parce que la Coupe Davis, même en voie de mutation, exerce toujours ses charmes pour un joueur de cet acabit (ATP 905). «Le fait d’être en équipe, de passer une semaine avec les meilleurs joueurs du pays et Seve (ndlr: le capitaine Severin Lüthi, par ailleurs coach de Roger Federer), qui nous fait profiter de son expérience, constitue un gros plus à mes yeux, par rapport aux semaines où tu voyages tout seul sur le circuit», explique le Genevois de bientôt 22 ans – il les fêtera le mois prochain. Mais si ce barrage face à la Suède fait office de clin d’œil pour lui, c’est aussi et surtout parce qu’Antoine Bellier s’est installé à Stockholm en début d’année.

Le gaucher travaille en effet depuis janvier sur les courts de Good to Great, l’académie fondée par Magnus Norman, entraîneur de Stan Wawrinka, ainsi que deux ex-professionnels de la balle, Nicklas Kulti et Mikael Tillström. «Même si les résultats peinent encore à venir, je progresse à tous les niveaux depuis que je suis là-bas, s’encourage Antoine Bellier. À moi de continuer à bosser et franchir des caps.» Classé 503e mondial voici deux ans, le Genevois a, depuis, régressé. Mais il ne se décourage surtout pas.

Pas titularisé pour les simples de vendredi («Je respecte le choix du coach, car il me l’a bien expliqué»), le jeune homme a de bonnes chances d’être aligné en double samedi, aux côtés de Luca Margaroli. Et il n’est pas impossible, selon le déroulement du week-end, qu’on fasse appel à lui dimanche. Il pourrait alors affronter Jonathan Mridha, élément qu’il côtoie quasi au quotidien puisqu’il s’entraîne dans la même académie à Stockholm. «Oui, je le connais et c’est assez rigolo de se recroiser ici à Bienne, commente Antoine Bellier, qui a parfois aussi affaire à Johan Hedsberg, actuel capitaine suédois en Coupe Davis. Il y a un petit côté réunion de famille, c’est sympa.»

Pour transformer le clin d’œil en éclat de rire, il ne reste plus à Antoine Bellier qu’à apporter un ou deux points à la Suisse lors de ce barrage. Histoire de pouvoir rentrer à Stockholm le cœur léger, sans le moindre risque de se faire chambrer.

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