Stratosphérique, Stan Wawrinka rejoint les «mutants»

TennisInjouable pour l’hyperfavori Djokovic, le Vaudois vient se greffer au cercle des vainqueurs de Roland-Garros. Fabuleux!

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Fou. Immense. Intense. Magistral. Stan Wawrinka a les yeux rougis, la «Coupe des Mousquetaires» dans une main, le micro dans l’autre. Planté sur le tapis rouge parisien, devant ces flashes qui crépitent, le Vaudois mérite l’Oscar du meilleur premier rôle. Hier en finale de Roland-Garros, son interprétation a simplement été parfaite, même déroutante de justesse, pour lui permettre de mettre un point final au scénario d’une quinzaine renversante, au terme de laquelle il s’est offert son deuxième titre du Grand Chelem, le premier à Paris. Une performance énorme, hors norme, qui plus est en gobant l’hyperfavori Novak Djokovic (4-6, 6-4, 6-3, 6-4, en 3 h 12).

Et dire qu’aux yeux de tout le monde, ou presque, le Serbe – invaincu cette saison sur terre battue – devait s’octroyer ce Roland-Garros 2015. Sa victoire express sur Rafael Nadal en quart de finale lui avait permis d’ajouter une étagère dans son armoire à butins pour faire place au seul trophée majeur manquant à son palmarès. C’était compter sans l’époustouflant Helvète, juste impérial, juste fabuleux, juste monstrueux. Bref, surpuissant à l’image des «parpaings» qu’il a claqués dans tous les sens pour écrire l’histoire, son histoire (60 coups gagnants!). La symphonie s’est achevée sur un ultime revers long de ligne d’une incroyable pureté.

«Le match de ma vie»

«J’ai fait le match de ma vie, j’en tremble encore», souffla-t-il devant un public parisien qui ne l’a jamais ménagé durant la quinzaine. Oui, Stan Wawrinka a sorti de sa manche le plus beau tennis qu’il aurait pu espérer pratiquer. Encore plus fort qu’à Melbourne l’an dernier, c’est dire! Y parvenir au cœur de Roland-Garros, dans une finale de Grand Chelem et face à l’hyperfavori, n’est pas donné à tout le monde. C’est l’œuvre d’un patron qu’a réalisée le Vaudois. «Il s’agit de l’aboutissement de plusieurs années de travail, de quelques coups de pied aux fesses aussi, se marre-t-il. Mais c’est juste exceptionnel.»

Exceptionnel, comme l’a été sa montée en puissance au fil de cette finale. Après avoir égaré le premier set par la faute d’un septième jeu bâclé, «Stanimal» n’a plus rien raté. Il s’est fait fort de placer Djokovic sous pression, sous l’éteignoir. Roué de coups, saoulé par la puissance de son adversaire, le No 1 mondial n’a pu faire que de la résistance. Plus, c’était impossible face à ce Stan-là, stratosphérique. Même avec un break d’avance d’entrée de quatrième set, l’homme aux huit titres du Grand Chelem ne semblait plus y croire. Comme s’il savait que la machine qu’il avait en face de lui ne le ménagerait jamais. Comme s’il avait pris conscience que la finale et son grand rêve d’absolu finiraient par lui filer sous les pieds. «Wawrinka a livré un tennis courageux, remarquable», glissera le Serbe.

Un 7 juin, aussi…

Telle était en fait, dans la raquette du No 9 mondial, la seule solution pour prolonger l’euphorie australienne, pour vivre un «bis repetita» aussi somptueux qu’il y a dix-sept mois. Conscient qu’une finale ne se joue pas mais se gagne, Stan Wawrinka, premier trentenaire à s’imposer ici depuis… 1990, affiche un taux de réussite exceptionnel de 100% en finale de Grand Chelem. Et, comme à Melbourne (Nadal), il s’est débarrassé du No 1 ATP pour s’ouvrir les portes du paradis. Preuve ultime qu’il est un géant, même un «mutant», comme il appelait, vendredi encore, ceux qui avaient réussi à triompher sur la brique pilée parisienne. Il est le 2e Helvète à le faire, six ans jour pour jour après un certain Roger Federer, qui s’était lui aussi imposé un 7 juin.

D’ailleurs, depuis dix ans, il faut soit être Suisse, soit s’appeler Rafael Nadal pour gagner Roland-Garros. Et, depuis quelque temps, le «Suisse qui gagne» n’est plus le même. Mais il le mérite tout autant. Et c’est beau.


«Regagner un Grand Chelem? Je ne m’en pensais pas capable»

Comme un symbole, Stan Wawrinka, moqué toute la quinzaine pour son short bariolé, a reçu le trophée des mains de Gustavo Kuerten, vainqueur en 1997 de son premier titre à Roland-Garros avec une tenue bleu et jaune du plus bel effet. Pour pousser la blague encore plus loin, le Vaudois s’est «pointé» en conférence de presse en posant son vêtement sur la table. L’œil rieur, il s’est ensuite laissé aller à quelques confidences. Et, s’il assure être encore loin du «Big Four», il n’en demeure pas moins, lui aussi, un «Big Fort».

Stan Wawrinka, quels sentiments vous traversent le corps et l’esprit actuellement?

Je suis relax, je suis bien, tranquille (il sourit). Plus sérieusement, ce sont des sentiments étranges, difficiles à décrire. Il y a de la fierté, de l’émotion, mais cela va me prendre du temps pour pleinement réaliser ce que je viens de faire.

Pourtant, vous voilà avec un deuxième trophée du Grand Chelem en poche, en plus de tous les autres trophées…

Honnêtement, je ne me pensais pas capable de regagner un tel titre. C’est très étrange de me dire que j’ai remporté l’or olympique, la Coupe Davis et deux «majeurs». Je n’aurais jamais espéré aller aussi loin dans ma carrière. Aujourd’hui, j’étais très calme jusqu’à quinze minutes avant le match. Là, je me suis dit: «Putain, qu’est-ce qui m’arrive…» Mais nous avions eu une bonne discussion la veille avec Magnus (ndlr: Norman, son entraîneur) et ça m’a servi. C’est grâce à lui que j’en suis là. Il a toujours cru en moi, il a toujours trouvé les bons mots pour me convaincre que je peux battre tout le monde. Y compris après mes trois mois difficiles et lorsque j’étais dans le dur, à Monte-Carlo. Cela étant, je savais aussi que je ne pouvais pas passer complètement à côté de cette finale.

Parce que la confiance est revenue?

Oui et je suis fier de la réaction que j’ai eue pendant ce printemps. J’ai mis tous les atouts de mon côté pour revenir, je me suis pleinement sacrifié, je me suis entraîné tous les jours. C’était la seule manière de me relever.

Ce titre est-il plus fort encore que celui glané à Melbourne?

Je ne cherche même pas à comparer. Pour moi, celui-ci est très spécial aussi, car je bats Novak Djokovic, l’immense favori, le joueur qui avait tout gagné depuis le début de l’année. En fait, je suis fier, très fier, de la manière dont j’ai joué, surtout du rythme sur lequel j’ai terminé le match. J’ai évolué à un niveau incroyable, en me montrant très agressif.

Le bousculer au maximum, avec votre revers qui est peut-être le plus beau de l’histoire du jeu, était la clé du match…

La clé était de le faire reculer en frappant fort, droit sur lui, pour me permettre d’entrer dans le terrain, puis de le déséquilibrer. Je me suis étonné moi-même de la manière avec laquelle je l’ai fait. D’autant plus qu’à la fin du 2e set, je commençais à fatiguer. J’avais du mal à me persuader que j’allais tenir la cadence. Jouer comme ça, aussi bien, est un sentiment rare. Encore plus en finale de Grand Chelem contre «Nole»!

Qu’est-ce qui vous est passé par la tête sur votre première balle de match, lorsque tout le monde croit que vous avez servi un ace, mais que l’arbitre l’annonce dehors en allant vérifier la marque?

J’étais très nerveux à ce moment-là et j’ai vraiment cru que j’avais gagné, que c’était fini. Déjà en allant jouer mon jeu de service, j’ai commencé à penser au fait que je servais pour le titre. J’ai cherché à me reconcentrer, à ne jamais dévier de ma ligne de conduite. C’était aussi l’une des clés aujourd’hui.

On aurait presque dit que vous étiez désolé pour Djokovic…

Vous savez, Novak est un grand ami, je m’entraîne souvent avec lui et j’ai beaucoup de respect pour lui. Je sais qu’il court depuis plusieurs éditions après une victoire ici et j’espère bien qu’il gagnera une fois ce tournoi. Je suis d’ailleurs sûr qu’il va le faire, car il est, et de loin, le meilleur joueur du monde sur les derniers mois.

L’an dernier, vous aviez connu des difficultés à gérer l’après-Open d’Australie. Pensez-vous qu’il en ira différemment dès demain?

Oui, j’espère bien. Par rapport à 2014, la différence sera moins grande. Un premier titre en Grand Chelem change ta vie, pas un deuxième. Là, ce que je vis est super, mais ça ne va pas tout bouleverser comme ce qui s’était passé au retour de Melbourne. (TDG)

Créé: 07.06.2015, 21h28

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La peine de Novak Djokovic

On lui avait promis Roland-Garros, cet ultime titre du Grand Chelem qu’il devait cueillir comme un fruit mûr au terme d’une saison sur terre battue stratosphérique, durant laquelle il était resté invaincu. Rafael Nadal lui avait même laissé les clefs des lieux, mercredi en quarts de finale. Mais Novak Djokovic a perdu le trousseau. Ou, plutôt, s’est-il vu détrousser par un Stan Wawrinka magistral. Ses larmes lors de la cérémonie en disaient long sur son désespoir, sur sa frustration.

Comme en 2011 (défaite en demi-finale contre Federer), 2012 (finale face à Nadal), 2013 (demi-finale contre l’Espagnol) et l’an dernier (finale face à «Rafa»), le Serbe quitte Paris sur un échec alors qu’il y avait débarqué deux semaines auparavant avec l’habit de favori. Dans son cri de guerre après le gain de la première manche hier résonnait pourtant comme une forme de soulagement. Comme s’il pensait s’être ouvert pour de bon la porte du titre. Mais c’était oublier que battre «Rafa» à Roland-Garros n’est pas une garantie de succès (demandez donc à Robin Söderling!).

Finalement privé de son rêve, de son Graal, une fois que la machine vaudoise s’était mise en route, le No 1 mondial pourra-t-il se relever de cette défaite alors qu’il visait carrément les quatre titres majeurs cette année? «Je reviendrai pour essayer de gagner enfin ici, répond-il. Mais là, j’ai besoin de repos…» D’ici à l’an prochain, «Nole» devra déjà s’atteler à défendre sa couronne à Wimbledon. Pas une mince affaire. Surtout s’il devait être amené à retrouver un Wawrinka taille patron.

A.CE

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