Entre la musique et sa planche, Pat Burgener trouve la balance

SnowboardAprès trois saisons gâchées par les blessures, le Mozart du freestyle prend un nouveau départ.

Pat Burgener est le troisième rider du monde à avoir réussi un Triple Cork, soit un triple saut périlleux combiné avec un quadruple tour sur soi-même.

Pat Burgener est le troisième rider du monde à avoir réussi un Triple Cork, soit un triple saut périlleux combiné avec un quadruple tour sur soi-même. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Show me the way. Montre-moi le chemin. Dans son clip vidéo, Pat Burgener le chante en dévalant les rues pavées de Lausanne, guitare en bandoulière. Le titre de ce single pop-rock sorti l’été dernier ne serait-il pas inspiré de sa propre trajectoire? «Le snowboard, c’est bien clair, est ma première source d’inspiration.» Son chemin, le freestyler et barde vaudois a effectivement mis du temps à le trouver. Ou disons plutôt qu’il a pris un malin plaisir à explorer tous les chemins de traverse que lui ouvrait son incroyable talent de freestyler.

«Slopestyle, big air, half-pipe… j’ai voulu goûter à tout. Jusqu’à passer deux mois en Alaska, à 17 ans, pour tourner des images à la demande d’un sponsor.» A la variété, Pat Burgener a ajouté une précocité qui lui vaut le surnom de «Mozart du freestyle». Snowboardeur à 4 ans, freestyler à 9 ans, vainqueur du Champs Open de Leysin à 14 ans, sur le podium Coupe du monde à 15 ans (2e place), il aurait même décroché, l’année de ses 16 ans, un ticket pour le half-pipe des Jeux de Vancouver sans une entorse à une cheville contractée lors de la dernière épreuve de sélection de l’équipe de Suisse.

«J’ai zéro regret»

Ne lui dites pas qu’il s’est éparpillé: Pat Burgener s’est «distrait». Par gourmandise. «Si j’avais été moins talentueux, j’aurais sans doute mieux ciblé mes objectifs, concède-t-il. Mais je n’aurais pas aujourd’hui cette image de snowboardeur capable de tout rider. Non, vraiment, j’ai zéro regret!» Il aurait tort d’en avoir: à 21 ans, il est loin d’avoir vu le train de la gloire olympique ou mondiale partir sans lui. «Regardez Iouri. Il est toujours à fond dans le circuit à 27 ans», constate le freestyler vaudois. Iouri? Son copain d’équipe «I Pod», alias Iouri Podlatchikov, champion olympique à 26 ans, l’an dernier dans le half-pipe de Sotchi.

Inspiré par la trajectoire de son pote «I Pod», Pat Burgener ne veut plus perdre de temps. Les blessures à répétition lui en ont suffisamment pris: deux fractures (d’une cheville et d’une main) puis, au printemps 2014, une déchirure des ligaments croisés du genou gauche ont gâché ses trois dernières saisons. «Je n’ai plus 16 ans; aujourd’hui, je dois être performant.» Le haut niveau n’autorisant plus la dispersion, le Lausannois a décidé de se concentrer sur son premier amour: le half-pipe. «J’ai pris beaucoup de plaisir dans les sauts, mais ça s’apparente plus à de la gymnastique qu’à du snowboard, explique-t-il. Dans un half-pipe, par contre, il faut être un très bon rider pour s’en sortir.»

«La musique m’apporte l’équilibre dont j’ai besoin pour être performant sur ma planche. Elle m’est nécessaire au quotidien»

Le facteur humain a aussi pesé dans le choix. «L’entraîneur «Pepe» Regazzi a su créer une ambiance «famille» dans l’équipe nationale de half-pipe, note le rider vaudois. Lors de mes longues périodes de blessure, je me suis senti constamment soutenu. C’est très agréable à vivre.» Et d’autant plus stimulant que Iouri Podlatchikov n’est pas le seul Suisse auquel Pat Burgener peut se référer: «Nous sommes cinq dans l’équipe et nous pouvons tous prétendre nous hisser en finale en Coupe du monde (ndlr: 10 finalistes par épreuve)», estime le Vaudois.

A supposer qu’il en eût besoin, Pat Burgener vient d’avoir la confirmation outre-Atlantique qu’il a fait le bon choix en concentrant son talent sur le demi-tuyau de neige: des 2e et 3e places ont sanctionné, à Copper Mountain, ses sorties sur le Revolution Tour (circuit Ticket-To-Ride). «Ce n’est certes pas la Coupe du monde (ndlr: prochaine échéance début février à Park City), mais tous les bons riders étant aux Etats-Unis à cette période de l’année, le niveau était élevé.» Suffisamment en tout cas pour permettre au Lausannois de bondir de la 90e à la 28e place du classement mondial. Et pour lui ouvrir l’appétit: «Je vise le top 10.»

La musique au quotidien

«Show me the way.» Son chemin sur la neige, Pat Burgener le trace désormais en musique, grâce au soutien d’un de ses sponsors. Son premier clip ayant rencontré un joli succès sur YouTube (vu 13 000 fois à ce jour), un deuxième single de pop-rock a suivi et un troisième est prévu pour Noël. Le Mozart du freestyle ne garde pas moins fermement son cap sportif: «La musique m’apporte l’équilibre dont j’ai besoin pour être performant sur ma planche, explique-t-il. Elle m’est nécessaire au quotidien. Tenez, aux Etats-Unis je me levais une heure avant tous les autres gars de l’équipe pour pouvoir gratter ma guitare. Cette heure de magie me permettait ensuite d’aborder sereinement ma journée de snowboard. Cette balance entre mes deux passions m’aidera beaucoup ces prochaines années, j’en suis certain.»

(TDG)

Créé: 15.12.2015, 22h19

Carte d'identité

Nom Pat Burgener.
Né le 1er juin 1994.
Domiciles Lausanne et Crans-Montana.
Discipline Snowboard freestyle.
Coupe du monde Première apparition en août 2008 à Saas Fee (30e). Cinq podiums en half-pipe et big air.
Champion suisse de half-pipe en 2010 et 2015, de big air
en 2011 et 2012.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Genève: les polices municipales pourraient disparaître
Plus...