Quand la soif de titre est plus forte que la douleur

NatationOù les nageurs trouvent-ils leur motivation? Eléments de réponse en marge de la Swim Cup, ce week-end à Lausanne.

Alex Ogbonna et Elena Onieva Heinrich au bord du bassin lausannois, lieu de souffrance… mais de plaisir aussi.

Alex Ogbonna et Elena Onieva Heinrich au bord du bassin lausannois, lieu de souffrance… mais de plaisir aussi. Image: Philippe Maeder

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Qu’est-ce qui pousse des nageurs à s’entraîner plus de 20 heures par semaine? Où trouve-t-on le plaisir à se faire mal pour repousser ses limites? «L’entraînement est parfois douloureux bien sûr, reconnaît Anthony Ervin, triple champion olympique. Mais il y a quelque chose de plus profond dans la préparation, une façon de détruire son corps pour mieux le reconstruire, plus fort encore.»

Cet été, aux Jeux de Rio, Ervin est devenu, à 35 ans, le plus vieux champion olympique de l’histoire de la natation (sur 50 m nage libre et en relais 4 × 100). Le sprinter s’est surtout paré d’or 16 ans après son dernier titre, à Sydney. Usé par la natation, le sprinter avait en effet tourné le dos aux bassins pendant neuf ans, avant de revenir.

Pourquoi? «J’ai senti que je n’étais pas allé au bout de mes possibilités, explique-t-il. Même s’il ne s’agit au final que de nager, l’entraînement devient alors l’intersection de tous les objectifs de ta vie, passés et présents. Plus rien ne te retient.» Quand l’esprit cherche à atteindre un but à tout prix, la douleur n’est alors plus qu’un paramètre parmi d’autres.

Michael Andrew (17 ans) est la nouvelle sensation de la natation mondiale. Récemment couronné champion du Monde sur 100 m 4 nages, le gamin du Kansas est passé pro à 14 ans. Malgré les résultats, redoute-t-il de perdre le goût de la natation, comme ce fut le cas pour le Français Florent Manaudou (26 ans), qui a suspendu sa carrière au sommet de son art?

«Beaucoup d’athlètes se définissent à travers leurs performances dans le bassin, précise le joyau brut. En tant que personne, je ne me considère pas seulement en fonction de mes résultats. Mais plutôt en fonction de ma relation avec mes proches.»

«Encore et encore»

Même s’il reconnaît éprouver parfois de la fatigue, voire un certain «dégoût» pour cette vie de stakhanoviste du chlore, Michael Andrew est conduit par un seul but: «devenir le meilleur et battre des records». Et sa soif de victoire n’est pas prête d’être étanchée. Les deux géants américains seront présents ce week-end à la piscine de Mon-Repos pour la 1re Lausanne Swim Cup (voir ci-contre).

Elena Onieva Heinrich (15 ans) est l’un des grands espoirs de la natation suisse. A l’entraînement, la Lausannoise enchaîne les séries et les efforts sans rechigner. Son moteur? Les résultats en compétition. «Quand je vois que je m’entraîne à fond et que cela paie, ça me donne envie de continuer, explique-t-elle. Le but est d’améliorer sans cesse mes temps personnels.» Cette spécialiste du 200 m brasse trouve satisfaction dans le dépassement de soi. «Réussir des séries difficiles me booste, quitte à les refaire encore et encore.»

«La natation est un hobby»

Dans l’eau, Alex Ogbonna, partenaire d’entraînement d’Elena, s’amuse «comme un enfant». «Je m’imagine des trucs pour me divertir, décrit-il. Je ferme les yeux et me concentre sur les sensations.» Parfois, les séances se musclent et leur coach les pousse dans leurs derniers retranchements. «Un entraîneur se doit d’être dur, résume le sprinter lausannois. Quand il nous force un peu, c’est pour notre bien. S’il lâche trop les rênes, il n’arrivera pas à te motiver.»

Lorsqu’on mentionne les sacrifices qu’une vie de sportif d’élite implique, surtout à 17 ans, Alex Ogbonna reconnaît du bout des lèvres une certaine frustration passagère. «Je loupe souvent des trucs, reconnaît-il. Mais mes amis savent que c’est compliqué pour moi. La natation est un hobby. Je veux aimer chaque seconde et en profiter.»

La passion et la compétition reprennent donc très vite le dessus. Si le chemin est encore long, les deux adolescents vaudois gardent dans un coin de leur tête un rêve qui les fait avancer: les Jeux de Tokyo en 2020. (TDG)

Créé: 17.12.2016, 18h48

Un plateau exceptionnel à Mon-Repos

Le plateau de la Lausanne Swim Cup est exceptionnel. Au total, les stars alignées ce week-end à Mon-Repos ont cumulé pas moins de 19 médailles olympiques et plus de 260 au niveau international dans leur carrière.

Pour ne citer qu’une poignée de stars, on nommera la Hongroise Katinka Hosszu (triple championne olympique à Rio), les Américains Anthony Ervin (double médaillé d’or au Brésil) et le prodige Michael Andrew (champion du monde à 17 ans seulement), ou encore l’Allemand et recordman du monde Marco Koch.

Les Suisses ne seront d’ailleurs pas en reste avec cinq représentants de l’équipe olympique, Sascha Touretski, Jérémy Desplanches, Alexandre Haldemann, Maria Ugolkova et Noémie Girardet.

Côté infrastructures, la piscine de Mon-Repos a été transformée en arène pouvant accueillir jusqu’à 400 personnes par demi-journée. Des tribunes temporaires ont été montées, tandis que des jeux de lumière et un écran géant devraient garantir le spectacle.

«On a voulu un show de natation», explique Nicolas Balthasar, président du comité d’organisation. «Pour que les gens voient à quel point ce sport est spectaculaire. Que les enfants puissent observer de tels champions, dans un cadre comme Mon-Repos, c’est quelque chose de fantastique.»

En 1977, le meeting Athletissima avait vu le jour pour l’inauguration du stade de Coubertin. Près de 40 ans plus tard, la Lausanne Swim Cup espère suivre le même chemin. La compétition lausannoise, qui affiche un «prize money» de 40 000 francs, se classe d’ores et déjà dans le top 5 européen en dehors des Coupes du monde. Avec un objectif clair: l’inauguration de la piscine de Malley, en 2021.


Renseignements sur: www.lausanneswimcup.ch

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