Smicard devenu star du Globe, Alan Roura carbure à l’amour et à l’amitié

Voile - Vendée GlobeAvec son budget mini, c’est un miracle que le Genevois puisse s’élancer. Son histoire touche le public et les médias.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Sa barbe s’affiche en grand sur les murs des Sables-d’Olonne. Ce regard noir mais lumineux, malicieux, ce sourire qui ne le quitte que rarement, Alan Roura en jette. Il joue des coudes avec les cadors de la voile. Lui, le gamin qui a grandi sur le lac avant de parcourir le globe en famille, sera bien au départ du Vendée Globe, dimanche à 13 h 02. «C’est fou! Mais oui, j’y serai. Oui, j’y serai…»

Il répète sa phrase comme pour mieux se convaincre qu’il ne rêve pas. «Franchement, depuis neuf mois, on a fait un boulot incroyable pour y arriver. J’ai de la peine à trouver les mots pour qualifier ce que ma petite équipe a réussi à faire.» Sur le pont de La Fabrique, Alan Roura a la banane. Il jette un coup d’œil vers Aurélia. Accroupie dans le cockpit, la jeune Française pianote sur son clavier. Elle règle les derniers détails du baptême du bateau (qui avait lieu hier soir, lire ci-contre). Il y a de l’amour dans le regard du marin. De l’admiration aussi.

Il faut de tout cela pour se vouer corps et âme à ce projet de participation à la plus grande course de voile du monde. Depuis neuf mois, les journées sont longues. Très longues. Et les nuits sont courtes. «J’ai déjà travaillé sur des projets voile, dit Aurélia. Je sais donc assez bien comme tout cela fonctionne. Avec un budget normal, il y aurait quatre personnes plus un stagiaire pour les dernières semaines pour faire mon boulot.»

De longues journées

Sur les pontons des Sables-d’Olonne, Aurélia est une star. Tout le monde est admiratif du boulot abattu. «Et en plus, je suis bénévole!» dit-elle dans un éclat de rire. Quand on aime, on ne compte pas dit-on. Elle l’aime vraiment très fort son marin. «Et pourtant, ce n’est pas toujours simple de travailler ensemble, dit-elle. Pour le couple, ce n’est pas évident. Il faut rester vigilant et s’octroyer des petits moments à nous, sortir du contexte dans lequel nous sommes plongés depuis que le projet a pris corps.»

C’est à l’automne 2015 qu’Alan Roura a mis la main sur Superbigou, l’ancien bateau de Bernard Stamm. C’est un ami estonien, rencontré sur la Mini Transat 2013, qui lui met à disposition le 60 pieds construit à Lesconil à la fin des années 2000. «C’est un bateau qui a une belle histoire, confie Alan Roura. Ce sera l’un des plus anciens au départ. Mais il est léger et robuste.» Une fois récupéré, Superbigou a été convoyé à Lorient pour une mise en chantier intégrale. Un lifting nécessaire pour espérer pouvoir boucler la boucle. Très vite, l’équipe Roura s’est agrandie avec Alexis Monier (préparateur) et Gilles Avril (boat captain), deux amis du circuit mini. «Deux potes et bien plus que cela, dit Alan avec une reconnaissance non feinte dans le regard. Des mecs en or. Sans eux, je ne serais pas là. Et eux aussi, ils enchaînent les journées de 14 heures pour pas un rond!»

Coqueluche des médias

Avec son minibudget de 400 000 euros, presque bouclé, avec ce bateau chargé d’histoire, avec son jeune âge – à 23 ans il est le plus jeune marin de l’histoire à prendre le départ du Vendée Globe – avec sa belle gueule, avec son bagout, Alan Roura est devenu la coqueluche des médias et du public. Dans une course qui fait flamber les prix – les grosses écuries ont des budgets sur quatre ans de 10 à 15 millions d’euros y compris la construction d’un bateau neuf d’une valeur de 4 millions – l’histoire de ce jeune marin genevois qui court le Vendée pour la Suisse touche le cœur des gens.

Depuis trois semaines, La Fabrique cartonne. «C’est de la folie, dit Alan Roura. On m’avait prévenu mais jamais je n’imaginais un tel engouement. C’est très usant mais c’est magique.»L’Equipe, TF1, France Télévision, BFM TV, Libération, Ouest-France, la Tribune de Genève, les plus grands médias ont raconté cette belle histoire d’amour et d’amitié. «Pour eux, ces trois fous furieux, pour mes sponsors, pour tous ceux qui sont passés me donner un coup de main pour la préparation, pour ma famille, mes amis, je veux faire une belle course.»

En prenant le départ, il a déjà gagné… Ça vaut bien un large sourire qui s’affiche sur les murs des Sables-d’Olonne.


Un trio de choc pour un défi fou

Gilles Avril

C’est le boat captain. Il gère tout ce qui touche au bateau. Son dada, c’est les listes. Il en fait à longueur de journée. Alan et Gilles se connaissent depuis la Mini Transat 2013. «On s’est revu en décembre 2015 au Salon du nautisme à Paris, raconte Alan. Et je lui ai demandé s’il voulait convoyer un 60 pieds avec moi. Il était un peu bluffé que je trouve un tel bateau. Depuis, il n’a plus quitté le projet et c’est lui qui nous a amené Alexis. Comme les deux autres, il est bénévole. Il fait ça en plus de son boulot car il gère une école de voile!»

Aurélia Mouraud

A 25 ans, la compagne d’Alan Roura ne ménage pas sa peine. «Il y a trois ans on a commencé à monter le projet sur le papier. On s’est vite aperçu que ce serait dur de trouver des partenaires pour un programme Vendée étalé sur trois ans. On a donc fait deux saisons en classe 40 et c’est cet automne, lorsque nous avons eu la confirmation qu’Alan aurait le bateau, que nous avons relancé le projet à fond. Au moment de son inscription nous avons créé un petit buzz et trouvé nos premiers soutiens. De quoi faire parler de nous. C’est ainsi que La Fabrique a eu vent de notre projet.»

Alexis Monier

Dessinateur en architecture navale, Alexis Monier a été licencié en 2015. C’est par l’entremise de Gilles Avril qu’il embarque sur le projet d’Alan. «Plutôt que de rester à ne rien faire, j’ai sauté sur l’occasion même si je ne connais pas grand-chose du monde de la course à la voile. J’ai appris le métier de préparateur sur le tas. Nous vivons une histoire, une aventure qui va plus loin qu’une simple participation à une course. Ça fait un an qu’on vit les quatre ensemble et que l’on s’éclate. On vit, on bosse, on rit.» (TDG)

Créé: 03.11.2016, 21h35

Bencic baptise «La Fabrique» d’un coup droit

Au cœur du Vendée Globe

Elle a un joli coup droit, Belinda Bencic. Elle l’a prouvé hier soir aux Sables-d’Olonne. Faisant presque oublier, l’espace d’une frappe sèche et puissante, ses déboires connus sur les courts en 2016. La jeune Suissesse n’a pas tremblé au moment de conclure le baptême de La Fabrique, le bateau d’Alan Roura. «Je suis impressionné, dit le skipper. Moi, la dernière fois que j’ai baptisé un bateau, j’avais dû m’y reprendre à sept fois! C’est toujours un moment émouvant. Je suis vraiment fier de ce bateau mythique.»

C’est Marc-André Cornu, patron de l’entreprise spécialisée dans la biscuiterie fine, qui a convaincu la joueuse de venir sabrer le champagne en Vendée. Le Vaudois n’a pas eu besoin d’insister plus que de raison puisque l’une de ses marques (Roland) émarge au rayon des principaux soutiens de la Saint-Galloise.

Belinda Bencic a offert une raquette au navigateur. «C’est décidé, malgré une augmentation du poids embarqué, je l’emmènerai avec moi, rigole Roura. C’est un beau cadeau et je vais en prendre soin.»

Dans la nuit sablaise, Alan Roura a ensuite fait faire le tour du propriétaire de son bateau à une joueuse visiblement impressionnée. G.SZ.

Belinda Bencic et Alan Roura baptisent "La Fabrique". (Image: Jean-Guy Python)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Berne offre un milliard à Sion 2026
Plus...