«Transformer le stade en terrain d’entraînement, c’est une absurdité»

FootballAncien président de la Fondation du Stade de Genève, Laurent Moutinot s’insurge contre le passage à une surface synthétique à la Praille. Il n'hésite pas à dézinguer.

Le passage à une pelouse synthétique aura pour conséquence la fin des matches de l’équipe de Suisse à la Praille.

Le passage à une pelouse synthétique aura pour conséquence la fin des matches de l’équipe de Suisse à la Praille. Image: Salvatore di Nolfi/Keystone

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À Genève, le choix du Servette FC d’évoluer, dès la saison 2020-2021, sur un terrain synthétique, validé par le Conseil d’État, fait grincer des dents. Dont celles de Laurent Moutinot. «C’est désolant, une immense bêtise…» L’ancien magistrat socialiste et président de la Fondation du Stade de Genève (entre 2014 et 2018) n’a pas de mots assez forts pour regretter ce changement de politique. «Quand je pense aux efforts que l’on a déployés pour faire revivre ce stade et notamment faire revenir l’équipe de Suisse à Genève, explique notre interlocuteur, on se retrouve devant un phénoménal gaspillage d’argent, d’énergie et d’image de marque pour le canton. Transformer un stade qui a coûté plus de 100millions de francs en terrain d’entraînement en y mettant du plastique, c’est une totale absurdité, une imbécillité pure!»

«Panique à bord»

Pour rappel, c'est le refus par le peuple en novembre 2019 (pour neuf voix d’écart, après recomptage) du projet de centre d’entraînement du Pré-du-Stand qui a poussé les dirigeants servettiens à activer l’option d’un terrain synthétique destiné à rassembler à la Praille les professionnels, les espoirs et la LNA féminine.

S’il ne nie pas les difficultés que le club grenat rencontre au quotidien, M.Moutinot, qui présidait d’ailleurs le comité de soutien pour le déclassement du Pré-du-Stand, estime que d’autres solutions auraient pu voir le jour. Lesquelles? «Plutôt que de sacrifier le stade et de renoncer à d’importantes recettes en raison de la fin des matches internationaux, on aurait sûrement pu installer une pelouse synthétique ailleurs. Mais il y a eu, à un moment donné, panique à bord.»

Ces reproches, Constantin George les dégage en touche. «Dans ce dossier, estime-t-il, le bon sens a prévalu sur le dogmatisme. Le choix du synthétique résulte d’une pesée d’intérêts.» Le directeur du Servette a cependant l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître: comme tous les amoureux du football, le terrain artificiel n’est pas sa tasse de thé, juste une nécessité. «Personne ne peut préférer jouer sur du synthétique que sur de l’herbe. S’il a le choix, aucun professionnel ne choisira d’évoluer sur une moquette. Mais une fois que l’on a dit ça, on fait quoi?»

Appelée à durer plusieurs années, le temps pour Servette, avec l’aide du Canton, de se doter de structures d’entraînement digne d’un club de Super League, cette solution – qualifiée aujourd’hui de transitoire – aura pour conséquence la fin de la présence de l’équipe de Suisse à la Praille. Là encore, Constantin Georges relativise: «Je n’ai pas souvenir qu’à Berne, lorsque le Stade de Suisse est passé au synthétique, le départ de la Nati ait alors provoqué un immense tollé.» À ce jour, le dernier passage des protégés de Vladimir Petkovic à Genève remonte au 15 octobre 2019 (2-0 contre l’Eire, devant 25'000 spectateurs).

Au moment où le FC Lugano envisage à son tour de se mettre au synthétique, une réalité s’impose: en cas de promotion de Lausanne assortie du maintien de Ne/Xamax dans l’élite (relégation de Thoune), la moitié des matches de Super League se disputeraient sur une moquette dès la rentrée prochaine. Une hérésie aux yeux de beaucoup. Et pas seulement chez les nostalgiques de l’odeur de l’herbe fraîchement coupée.

Créé: 07.02.2020, 10h39

Les joueurs n’ont pas le droit d’en parler

Que pensent les joueurs et Alain Geiger lui-même de ce changement de surface? Y sont-ils favorables ou plutôt opposés comme on peut le subodorer? C’est ce que l’on aurait aimé leur demander. Mais la direction du SFC a opposé une fin de non-recevoir à notre souhait de pouvoir recueillir l’avis des futurs usagers. Pas question d’interroger les acteurs, qui sont pourtant les premiers concernés, ni même les techniciens. Seule la voix officielle, portée par les dirigeants grenat, a le droit de s’exprimer sur un sujet qui, manifestement, divise.

«On ne veut pas qu’il y ait des voix discordantes», concède, un brin navré, le responsable de la communication. Dans un Servette ayant toujours fait de l’amour du beau jeu sa marque de fabrique, on peut douter que les artistes du ballon sautent de joie à l’idée d’abandonner ce qui représente l’essence même du football: une pelouse traditionnelle, bichonnée comme il se doit en Angleterre et en Allemagne.

N.JR

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