Sur le terrain aussi Servette perd toutes ses certitudes

footballVitkieviez se rappelle au souvenir de ses anciens coéquipiers et montre le chemin: YB n’a fait qu’une bouchée des Grenat.

Le Servettien Saleiro livre une bataille aérienne aux Bernois.

Le Servettien Saleiro livre une bataille aérienne aux Bernois.

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On savait déjà Servette en proie à tous les spectres, fantômes d’un passé à peine vieux de sept ans, que la direction actuelle du club ravive dans l’errance. On sait aussi, depuis hier, que le trouble qui secoue tous les Grenat ne trouvera pas de répit sur le terrain. Déclassé par un Young Boys largement supérieur, surtout en première période, c’est un Servette exsangue qui s’est effacé, logiquement, sans surprise.

Le coup de froid qui s’est abattu sur les Genevois la semaine dernière (la Ligue qui demande des comptes, un créancier qui voulait entamer une requête de faillite, un président Pishyar qui se fend de communiqués improbables) s’est donc prolongé dans la glacière du Stade de Suisse. Il faisait –10 hier à Berne et sur la nouvelle pelouse naturelle, gelée presque partout, Servette est immédiatement parti en dérapage. Non contrôlé bien sûr.

Leçons de morale

L’histoire donne parfois des leçons de morale. Hier, c’est avec les deux premiers buts bernois que le message a surgi, éclatant d’une vérité douloureuse pour les décideurs grenat. On pense au président Pishyar ou à Costinha, le directeur sportif. Parce que c’est Matias Vitkieviez qui a inscrit ces deux réussites. Oui, ce même Vitkieviez qui était encore Servettien il y a quelques semaines. En soi, ce n’est pas choquant de le voir changer de club. En revanche, cela le devient quand on sait que Servette n’a rien fait pour prolonger un contrat qui arrivait à terme en juin 2012. Le degré zéro de l’anticipation, exactement comme au printemps dernier avec plusieurs joueurs. Flairant le bon coup, YB s’est donc approché de Vitkieviez, qui était libre de signer un contrat pour juin. Et YB s’est attaché ses services immédiatement, pour peu, puisque sinon le joueur serait parti gratuitement dans quelques mois.

Le résultat est sans appel: avec deux tirs croisés imparables (3e déjà et 27e), le brave Matias avait assommé Servette à lui tout seul. Bobadilla alourdira la sentence juste avant la pause, sur un mouvement d’école initié par Degen et Spycher: la messe était dite avec trois buts des deux recrues hivernales, chapeau aux Bernois pour le casting. D’ailleurs, après le thé, les Bernois se sont contentés de gérer la partie, passant parfois près du 4-0, avant que Rüfli ne sauve l’honneur genevois sur une belle volée. Un groupe ébranlé

On se gardera de tirer des conclusions hâtives. Mais dans les circonstances actuelles, force est de constater que le groupe servettien est ébranlé. Joao Carlos Pereira n’aime sans doute pas évoquer l’extra-sportif. Cela ne constitue pas une excuse à proprement parler, c’est vrai: Servette n’est pas Xamax et les joueurs, même en retard, ont toujours été payés. Reste que le discours menaçant et pessimiste du président, doublé de ses méthodes (fournisseurs impayés), n’est pas pour apporter de la sérénité dans l’équipe. «Ce n’est pas facile dans ces conditions, soupirait Tibert Pont. Bien sûr que tout ce qui se passe autour du club affecte l’équipe. Mais nous sommes des professionnels, nous devons faire abstraction de ces problèmes et tout donner sur le terrain.»

Entre les déclarations d’intention et la réalité, il y a parfois un décalage, que toutes les meilleures volontés ne suffisent pas toujours à combler. Cela ne signifie pas que Servette est destiné aux revers systématiques tant que les nuages encombreront son horizon financier. Mais si Majid Pishyar veut montrer qu’il est toujours l’homme fort, qu’il mérite la confiance de tous, alors il a tout intérêt à régler les problèmes pour dissiper la crise qui couve. Si c’est encore possible pour lui. S’il en a encore les moyens ou l’envie. Et sans rejeter la faute sur des fournisseurs qui, patients jusque-là, sont victimes de la situation.

Belles promesses…

On se souvient des belles promesses. Il avait été question dans la bouche de son fils Ehsan de Manchester United, cité comme un exemple à suivre, dans la sienne d’un titre en 2014 et d’un drapeau servettien planté aux quatre coins de l’Europe. Personne ne demande l’impossible. Mais avec une équipe qui s’est affaiblie pendant la pause hivernale en perdant Vitkieviez et M’Futi, une équipe qui n’a même pas pu compter sur Thierry Moutinho hier («il n’est pas qualifié», soufflera Pereira), tout le club est en attente de nouvelles rassurantes. Et aujourd’hui, si elles ne viennent pas de la direction, on doute qu’un groupe déjà éprouvé les fera surgir du terrain. ---------------------------------------------------------------------------------------------------- Matias Vitkievez: «Oui, j’ai eu de la chance»

U On ne rentrera pas avec lui sur le détail de son passage de Servette à Young Boys: une chape de plomb voulue par les dirigeants grenat entoure l’arrangement. Matias Vitkieviez aurait envie d’en parler? Il n’en aurait pas le droit. Selon nos informations (ce n’est pas lui qui nous l’a révélé, on préfère préciser), il aurait été «invité» à signer un document avant de quitter Servette, faute de quoi son départ cet hiver déjà aurait pu capoter. Pas le droit d’évoquer le transfert, ni, surtout, de critiquer Servette. Sinon, une amende salée, très salée, le frapperait.

Matias Vitkieviez ne fera donc pas de long discours sur son récent passé grenat. Il préfère se concentrer sur son présent. Et à ce niveau, cela va très bien pour lui. Premier match au Stade de Suisse, première fois titulaire, premier but après 3?minutes de jeu et deuxième réussite à la 27e: carton plein pour des débuts réussis. «Oui, j’ai eu de la chance que les choses se passent bien pour moi, souriait-il. Une fois sur le terrain, je n’ai pas pensé à Servette, à mes ex-coéquipiers. Je réalise maintenant seulement.»

Réalise-t-il aussi qu’il semble avoir quitté Servette au bon moment? «Je ne sais pas, ce n’est pas à moi d’en parler… Mais là, je suis bien à YB, où tout le monde m’a très vite intégré. Après, je suis les problèmes de Servette comme tous. Pour être passé par là, je sais que ce n’est pas simple pour les joueurs. Mais je sais aussi que c’est un groupe qui répond présent. Alors j’espère pour les joueurs que tout va se régler rapidement.»

---------------------------------------------------------------------------------------------------- Stade de Suisse, 14375 spectateurs.

Arbitre: M. Hänni.

Buts: 3e Vitkieviez 1-0; 27e Vitkieviez 2-0; 43e Bobadilla 3-0; 86e Rüfli 3-1. Young Boys: Wölfli; Zverotic, Nef, Veskovac, Spycher; Vitkieviez (76e Nuzzolo), Silberbauer, Farnerud, Degen; Costanzo (18e Martinez); Bobadilla (83e Ben Khalifa).

Servette: Gonzalez; Rüfli, Routis, Diallo, Moubandje; Kouassi (45e Pont), Nater; Yartey, De Azevedo, Eudis (69e Karanovic); Saleiro.

Avertissements: 31e Farnerud (jeu dur), 48e Rüfli (antijeu); 74e Veskovac (jeu dur), 89e Nater. –––– (TDG)

Créé: 06.02.2012, 08h27

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