Un Servette usé touche le fond. Il faut préparer la prochaine saison, vite

FootballLe nul 1-1 contre une lanterne rouge déjà reléguée, Wohlen, dit tout le malaise grenat. Promis à la promotion, Xamax est tranquille.

Mychell Chagas (entré pour Lang à la 59e), est effondré: Servette n’a pas été capable de battre la lanterne rouge.

Mychell Chagas (entré pour Lang à la 59e), est effondré: Servette n’a pas été capable de battre la lanterne rouge. Image: Eric Lafargue

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Si la réalité mathématique autorise tous les calculs, fussent-ils tarabiscotés, la vérité du terrain raconte une histoire plus terre à terre: Servette est usé, fatigué, égaré, cela fait longtemps qu’il ne fait plus d’ombre à un Xamax qui file tout droit vers une promotion méritée. Au sortir d’une déconvenue majuscule, un nul indigne face à un Wohlen dernier et déjà relégué, le sentiment de malaise est profond. Les derniers espoirs de miracle se sont évanouis à la Praille et en quittant la pelouse après avoir frôlé la défaite à plusieurs reprises dans les arrêts de jeu, comble du désarroi, c’est drapés des sifflements désabusés du dernier carré de fidèles que les Servettiens ont regagné penauds le vestiaire.

Avec désormais 14 points de retard sur des Neuchâtelois qui, eux, ont battu Schaffhouse, la lucidité s’impose. Le directeur général, Constantin Georges, assurait il y a peu que Servette n’avait pas de plan B, qu’il restait uniquement concentré sur le plan A. Entendez revenir sur Xamax et fêter une promotion en Super League. Il va pourtant falloir sérieusement et rapidement revoir le jugement: à moins d’une furieuse «remontada» que peu de joueurs eux-mêmes envisagent sérieusement, Servette évoluera sans doute en Challenge League la saison prochaine. Et c’est bien cela qu’il faut préparer maintenant déjà.

Contre ce Wohlen relégué volontaire qui vit en sursis ses derniers moments à ce niveau, c’est l’histoire d’une lassitude qui s’est écrite sur le terrain. L’éviction de Meho Kodro avait peut-être coupé la semaine en deux (et le groupe grenat aussi?), son successeur «ad interim» Bojan Dimic a sans doute hérité d’un cadeau empoisonné, mais rien n’excuse vraiment un nul poussif face à une défense argovienne qui avait déjà encaissé 55 buts jusque-là. Non, aucune excuse, si ce n’est une forme d’usure morale qui contraste si parfaitement avec l’insolente santé mentale d’un Xamax qui reste imperturbable.

Le danger, c’est que ce malaise s’installe. Il reste 13 matches: Servette n’a pas le droit de les vivre au rythme de ce triste dimanche après-midi. Pour s’éviter cet écueil, il faut que chacun soit à la hauteur de sa mission. Tour d’horizon du chantier grenat.

L’entraîneur

Bojan Dimic s’est vu propulsé à la tête de Servette jeudi. Il a changé le costume d’adjoint de Kodro, limogé, pour celui de patron du groupe. Il a bien tenté de bousculer les choses. Mais chichement dans un premier temps: au coup d’envoi, il alignait sans doute deux néophytes pour la première fois, dans un 4-4-2 inédit pour commencer une partie: Luca Gazzetta et Alexis Antunes, deux jeunes. Mais il avait reconduit au milieu la paire chère à son prédécesseur, le duo Fabry-D. Stevanovic, si défensif et peu créatif. «Il faut savoir qu’Imeri n’a pu s’entraîner qu’une fois et demie tout au plus. Et puis avec deux latéraux qui ne sont pas habituels, je voulais faire attention», plaidait-il. Oui, mais Wüthrich était lui aussi sur le banc et comme adversaire on parlait bien de Wohlen, lanterne rouge déjà reléguée. On ne va pas jeter la pierre à Dimic. Il est appelé à diriger jusqu’à la fin de la saison l’équipe? Pourquoi pas, mais dans les circonstances actuelles, il doit lui aussi porter des idées plus neuves en opérant des choix clairs, sans attendre la mi-temps pour corriger le tir (Wüthrich et Imeri qui entraient à la 46e, Chagas à la 59e).

Les joueurs

Ils avaient l’air perdus d’abord («crispés», dira Dimic), comme Sarr transpercé sur son flanc gauche, comme Lang aussi, comme Alphonse si peu percutant ou même comme Nathan, déconcertant ou enfin comme «Dado» Stevanovic. Sont-ils tous à ce point ébranlés, cultivent-ils encore tous la même envie de tout donner malgré les circonstances? La prise de conscience les concerne aussi. Ils ont un maillot à respecter et une réputation à défendre. Pour un «Micha» Stevanovic qui essaie encore de sortir du marasme, combien pour s’y vautrer sans esprit de révolte? Au moment où Servette se doit de préparer l’avenir, ils ont tous plutôt intérêt à viser l’excellence.

Incapable, même face à Wohlen, d’entretenir le semblant d’espoir qui lui restait, Servette aurait tort de s’accrocher à des chimères. L’objectif promotion n’est plus qu’une vue de l’esprit pour cette saison. On pourra toujours rappeler l’épopée de 2011: 14 points de retard à neuf journées de la fin, promotion à la clé. Mais à l’époque Servette avait fini deuxième et avait profité d’un barrage qui n’existe plus. Ce genre de miracle là peut-il vraiment se reproduire? On en doute infiniment. C’est tout le mal que l’on peut souhaiter aux Grenat, mais la situation impose plus de réalisme. Et les mesures qui vont avec pour anticiper l’avenir.


Wüthrich: «C’est dur»

À l’image de tous les Servettiens, il est rentré au vestiaire en traînant les pieds, déçu, éreinté moins par le match que par une forme de fatigue morale. Sébastien Wüthrich a commencé le match sur le banc, avant d’entrer sur le flanc gauche, au milieu du 4-4-2 décidé par Dimic. C’est lui qui a égalisé (tir du pied droit), avec la complicité du portier argovien. Il répondait là à ce but d’Elvedi, dès la 10e minute. Mais Servette n’a pas su, ensuite, en profiter pour passer l’épaule, demeurant empêtré dans le 5-4-1 de Wohlen et sans trouver la faille par les ailes.

«Des regrets, de la déception, c’est toujours la même chose», pestait Wüthrich. Les événements de la semaine expliquent-ils en partie le couac sportif? «Il y en a qui étaient contents que le coach soit limogé, d’autres étaient déçus, selon que l’on est titulaire ou pas, explique-t-il. C’est toujours comme ça dans une équipe. Après, le nouveau coach a fait ses choix, il a changé de système, mais au final, peu importe le système, c’est son animation qui compte. Alors voilà. C’est dur. Dur d’y croire encore. Peut-être faudrait-il commencer à penser à la prochaine saison, je ne sais pas, cela pourrait nous libérer.» La lucidité derrière la frustration et un sentiment de gâchis. D.V. (nxp)

Créé: 11.03.2018, 22h07

Servette - Wohlen1-1 (0-1)

Stade de Genève, 1770 sp.

Arbitre: M. Kamis Al-Burshaid (Qatar).

Buts: 10e Elvedi 0-1; 64e Wüthrich 1-1.

Servette: Gonzalez; Gazzetta, Mfuyi, Nathan, Sarr; M. Stevanovic, Fabry, D. Stevanovic (46e Imeri), Antunes (46e Wüthrich); Lang (59e Chagas), Alphonse.

Wohlen: Tahiraj; Romano, Elvedi, Bicvic, Gudelj, Kleiner; T. Seferi (86e Aliu), Pasquarelli (81e M. Seferi), Foschini, Pagliuca; Tadic (88e Pacar).

Avertissement: 90e Romano (jeu dur).

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