Servette a quelques semaines pour faire un minutieux examen de conscience

FootballMeho Kodro a été limogé jeudi. C’est son adjoint, Bojan Dimic, qui assure l’intérim. Une réflexion globale s’impose.

Meho Kodro (à g.), arrivé en janvier 2017, sera resté quatorze mois sur le banc du Servette FC. Bojan Dimic assure l’intérim.

Meho Kodro (à g.), arrivé en janvier 2017, sera resté quatorze mois sur le banc du Servette FC. Bojan Dimic assure l’intérim. Image: Eric Lafargue

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Sans surprise ou presque, le communiqué a souligné, laconique, le divorce. «Le club a pris la décision de se séparer de Meho Kodro», est-il simplement précisé. Pouvait-il en être autrement? Largué par Xamax au classement, égaré dans des schémas sans relief, constant dans l’inconstance, Servette a pris la décision qui s’imposait en limogeant son entraîneur et en plaçant son adjoint, Bojan Dimic, à la place, par intérim. Chronique d’une erreur de casting? Sans doute, oui. Quatorze mois après son arrivée, Kodro n’aura vraiment fait illusion qu’au tout début, quand cela ne servait à rien, pour ensuite perdre trop vite le fil de ces fragiles promesses.

Si le football ne s’embarrasse pas de scrupules pour désigner un coupable et lui couper la tête, il faut bien dire que le technicien bosnien a eu les coudées franches durant son passage à Genève. À de rares exceptions près, c’est lui qui a eu la maîtrise du contingent, de sa construction, de son équilibre, du jeu présenté ou des envies affichées. Le constat est sans appel: si loin (12 points de retard, avec un match en moins) des Neuchâtelois, les Grenat en sont quittes pour préparer déjà la prochaine saison en Challenge League, à moins d’un improbable miracle qui verrait Xamax subitement s’effondrer et Servette tout gagner. Les dirigeants genevois ont donc tranché dans le vif pour mieux envisager l’avenir.

Le constat du président

«Suite au match contre Vaduz (ndlr: défaite 2-1), nous avons tous fait la même analyse, explique le président Didier Fischer. Autant nous avons parfois vu un réel esprit d’équipe, autant ce n’était pas le cas au Liechtenstein, avec ces mêmes problèmes, cette inconstance. Le constat, c’est que nous sommes loin de nos objectifs et que cela est dû notamment aux carences de l’entraîneur, qui n’a pas su corriger ce qui ne fonctionnait pas. Il n’y avait plus de marge de progression. Je suis reconnaissant à Meho Kodro pour le travail fourni, mais je dois d’abord penser au club.»

Justement. Le club. Ce Servette qui possède le plus gros budget de la ligue et dont cinq de ses joueurs sont dans l’équipe type de la Brack Challenge League (Sauthier, Lang, Nathan, Micha Stevanovic et Le Pogam): il y a évidemment un hiatus vertigineux entre les espoirs fondés et les chiches accomplissements. Kodro a bien sûr une grosse part de responsabilité. Mais le ciel grenat n’est-il peuplé que d’anges pour un seul mauvais démiurge?

«Il y a la responsabilité de l’entraîneur, mais la réflexion que je mène va au-delà du cas Kodro», assure le président. Le questionnement englobe-t-il donc la direction sportive (avec Alain Studer à sa tête) pour les choix effectués lors de la constitution du contingent, avec ou sans Kodro d’ailleurs? «La réflexion, générale, porte aussi sur la cellule sportive», confirme Fischer.

Trop de «curiosités»

Il s’agira de s’interroger sur plusieurs curiosités qui n’ont rien facilité. Déjà concernant la venue de Kodro lui-même. Un entraîneur qui n’avait pratiquement pas d’expérience à la tête d’une équipe de club professionnelle, à part quelques mois à FK Sarajevo; qui ne connaissait pas le football suisse et les particularités de la Challenge League; qui ne parlait pas français et dont la plupart des messages devaient être traduits…

On pense aussi à l’enrôlement de Dominique Malonga, qui n’a strictement servi à rien. Au départ de Faug-Porret l’été dernier, dont le professionnalisme aurait rendu bien des services. À l’arrivée d’un Dalibor Stevanovic qui a déjà 33 ans, dont le rendement est bien émoussé et qui a souvent pris la place d’un jeune. Au recrutement cet hiver de Paolo De Ceglie, 31 ans, qui n’avait pratiquement pas joué depuis deux saisons et qui a déjà été blessé deux fois. Sans oublier le gros couac du printemps 2017, quand Nsame était sur le départ sans que Servette ne comprenne suffisamment tôt qu’il ne parviendrait pas à s’y opposer, les Grenat restant ensuite une moitié de saison sans buteur. Volonté de Kodro ou pas, gros déficit d’anticipation.

Plus de jeunes talents

Servette a tout intérêt à se poser toutes les bonnes questions. En attendant, le message du présent est clair. «Il y a un manque de cœur, d’envie, de plaisir, lance Didier Fischer. Il faut retrouver tout ça. Nous avons des jeunes de talent qui n’aspirent qu’à montrer leurs qualités: nous pouvons compter sur eux. C’est le message que j’ai passé à Bojan Dimic, qui reprend l’équipe pour le moment. Nous cherchons quelqu’un, oui, mais nous ne sommes pas pressés. Si une opportunité se présente, pourquoi pas, sinon Dimic pourrait tout aussi bien terminer la saison. On verra bien ce qui se passe, on ne sait jamais. Même si je suis conscient que c’est très compliqué.» À demi-mot, le président évoque ce fol espoir de promotion qui subsiste vaguement. Infiniment enfoui sous l’écume d’une froide réalité.

À la vérité, Servette s’est offert le luxe subtil d’une décision inéluctable. Mais il ne peut en aucun cas faire l’économie d’un examen de conscience au sens large. Avec l’impérieuse obligation d’opérer les bons choix, maintenant.


L’après Kodro: le portrait-robot du nouvel entraîneur grenat

À 43 ans, c’est Bojan Dimic qui dirige, «ad interim» comme le précise le communiqué du club, la première équipe du Servette FC depuis jeudi matin. Il était jusque-là l’adjoint de Meho Kodro et va devoir endosser le costume de patron du groupe grenat. Une situation toujours délicate qu’il faudra gérer.

Côté licence d’entraîneur? Dimic a passé le diplôme UEFA pro, mais il lui manque encore un module Swiss Olympic pour que le tout soit définitivement validé. Dans les faits, Servette est tranquille trois semaines. Ce n’est qu’après que l’ASF, notamment via le chef de la formation des entraîneurs, Reto Gertschen, décidera si Dimic peut continuer au-delà à la tête de l’équipe, avec une dérogation. Si tant est que Servette n’a pas encore nommé un successeur. «Il faut que j’étudie le cas, je ne peux pas me prononcer pour le moment, je ne sais pas si ça penchera d’un côté ou de l’autre», explique Gertschen. Attention, donc!

Le successeur, justement: quel est le portrait-robot du futur entraîneur du Servette FC? D’abord, pour gagner du temps, il faudrait peut-être qu’il puisse s’exprimer en français. Il ne serait pas inutile non plus qu’il possède une solide expérience des caractéristiques du championnat suisse, de Challenge et de Super League tant qu’à faire. On peut voir ce que Michel Decastel est capable de faire avec Xamax, même s’il connaît le groupe depuis longtemps.

Enfin, dans le souci qui est celui ouvertement affiché par Didier Fischer, il est souhaitable de voir un technicien susceptible de travailler en comptant sur les jeunes talents issus de l’académie grenat. Sans leur faire porter un costume trop grand immédiatement, des joueurs comme Antunes, Ribeiro ou Luca Gazzetta doivent avoir leur chance plus régulièrement. À noter aussi que le futur entraîneur de Servette doit être moderne, selon le mot à la mode.

Qui est sur le marché? Uli Forte, Urs Fischer, Ciriaco Sforza, René Weiler, Johann Vogel, à qui Servette avait déjà pensé par le passé. Ainsi qu’à Didier Tholot. Ou alors un profil qui ressemblerait à celui de Laurent Papillon, l’actuel directeur du centre de formation? Cela n’irait pas sans poser bien des problèmes structurels à l’académie. Il faudra aussi un accord financier. On peut toujours rêver d’un René Weiler, ex-Servettien, champion de Belgique 2017 à la tête d’Anderlecht. Mais serait-il intéressé par des Grenat en Challenge League? Et si oui, à quel prix? Est-ce seulement réaliste?

À Servette de trouver l’oiseau rare. Il croyait l’avoir déniché avec Kodro, au tout début au moins. Il ne doit plus se tromper cette fois. D.V. (nxp)

Créé: 08.03.2018, 20h07

Kodro: chronique d’un écueil

Meho Kodro est arrivé en janvier 2017, succédant à Anthony Braizat. Les dirigeants lui avaient fixé une mission: préparer durant une demi-saison un groupe qui serait à même de retrouver la Super League au terme du présent championnat. Faute de résultats et avec un début de second tour catastrophique, Kodro a été limogé. Chronique d’un écueil.

Les plus

– Meho Kodro est l’homme qui a fait venir le meilleur joueur de la ligue, «Micha» Stevanovic. Il y a aussi Nathan. Il a aussi fait une priorité de la venue de Wüthrich. De vrais renforts.

– Il a donné une réelle assise défensive aux Grenat (19 buts encaissés, mieux que Xamax avec 26 buts pris). Au détriment de l’efficacité offensive?

Les moins

– Servette a peut-être payé en partie la désillusion de Kodro de n’avoir pas été retenu au dernier moment, alors qu’il avait vraisemblablement donné son accord, pour diriger la Bosnie-Herzégovine. C’était en octobre.

– Il a insisté si longtemps avec le duo Fabry-Dalibor Stevanovic dans l’axe médian. Il n’a que peu compté sur Imeri, pour ensuite le décaler contre nature sur un côté en 2018.

– Il n’a pas voulu d’un buteur type, comptant sur une alchimie offensive globale, loin des réalités de la Challenge League.

– Il a multiplié les choix tactiques frileux.

– Il a manqué de réactivité dans le coaching pendant les matches, dans les changements de systèmes nécessaires mais qui faisaient défaut le plus clair du temps.

– Il s’est sans doute aliéné une partie du vestiaire à la longue, par une gestion humaine discutable de ses choix: il a écarté Frick sans explication sinon le lendemain, il a placé Wüthrich en tribune pour le match capital à Neuchâtel dans les mêmes circonstances, idem pour Willie à Vaduz, un attaquant titulaire et buteur une semaine plus tôt. D.V.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.