Et si Servette s’offrait d’autres armes que son immuable 4-2-3-1?

Football - Reprise J-2La reprise, c’est samedi. Les Grenat visent l’excellence. Pour y parvenir, il existe des options tactiques. Lucien Favre en parle.

Le Servette de Meho Kodro semble souvent figé dans son 4-2-3-1. En attaque, l’arrivée de Mychell Chagas et le retour de Sébastien Wüthrich pourraient offrir de nouvelles opportunités à l’entraîneur.

Le Servette de Meho Kodro semble souvent figé dans son 4-2-3-1. En attaque, l’arrivée de Mychell Chagas et le retour de Sébastien Wüthrich pourraient offrir de nouvelles opportunités à l’entraîneur. Image: ÉRIC LAFARGUE

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À l’époque, c’était simple. L’entraîneur plantait l’équipe de base sur un vague tableau noir: le plus souvent disposés en 4-4-2, les onze titulaires savaient à quoi s’en tenir. Les remplaçants aussi. Ce serait un 4-4-2 durant nonante minutes. Tout juste le stoppeur était-il propulsé en troisième attaquant dans les dernières minutes si la défaite se profilait, pour voir, au cas où, parce qu’il est grand et forcément bon de la tête…

La caricature vaut sans doute plus pour le foot des talus, il y a trente ans et davantage, que pour les pros d’alors, qui exploraient déjà des petites variantes. Mais en réalité, le maniement des différents systèmes de jeu, en cours de rencontre, est devenu l’arme fatale du football moderne. Et surtout de l’entraîneur, qui pour le coup n’est pas qualifié de technicien pour rien.

Aujourd’hui, la tactique est reine. C’est elle qui doit déterminer non seulement comment exploiter ses forces, mais aussi comment appuyer sur les faiblesses adverses.

Prenons le Servette FC. Depuis l’arrivée de Meho Kodro il y a un an, un système de jeu s’est imposé. Servette a presque joué tous ses matches articulé en 4-2-3-1. C’est une tactique très répandue dans le football moderne. Elle permet de garder une défense à quatre, ainsi que deux milieux axiaux qui bouclent les espaces devant l’arrière-garde. De plus, cette organisation offre l’opportunité, avec les deux hommes de couloir, de coulisser devant pour être plus ailier, avant de se replier. Désavantage: un seul attaquant nominal. Et quand celui-ci n’est pas Nsame, la finition s’en ressent, Servette en sait quelque chose.

À la veille de la seconde phase du championnat, les Grenat en sont là: condamnés à l’excellence s’ils entendent effacer les onze points de retard sur Xamax, obligés d’atteindre ou presque la perfection pour avoir une chance de promotion, l’objectif annoncé. Mais en proposant un 4-2-3-1 immuable, savamment disséqué par les adversaires et par les Neuchâtelois en premier, cela est-il possible. Autrement dit: un seul système de jeu, même à géométrie variable, est-il suffisant pour surprendre l’opposition?

L’analyse de Lucien Favre

Lucien Favre, maître en la matière, a son avis sur la question. L’entraîneur de l’OGC Nice n’hésite jamais à modifier ses plans, même en cours de match.

«C’est capital, explique-t-il. Il faut pouvoir varier les systèmes de jeu en cours de rencontre, selon les événements. C’était moins le cas avant. Mais dans le football actuel, c’est essentiel. Aujourd’hui, on peut même avoir des analyses vidéo à la mi-temps. Et l’adversaire aussi, bien sûr. La réactivité est telle qu’il faut être prêt.»

Être prêt. Cela signifie qu’il n’y a là aucune improvisation. Lucien Favre toujours sur le sujet: «La saison passée, j’ai parfois pris le parti en cours de match de passer d’un 3-5-2 à un 4-2-3-1. Le contraire est valable aussi. À Gladbach, pareil, je passais d’un 4-3-3 à un 4-4-2 en ligne, pour dériver encore ensuite avec un losange au centre. Cela ne surgit pas de nulle part. Il faut entraîner cela au quotidien, durant la semaine, toute la saison. La décision se prend pendant la partie, quand il faut faire quelque chose en fonction de ce qui arrive: sécuriser une zone, jouer plus offensivement. Mais au moment dit, quand on change de système, cela doit se passer naturellement. C’est pour ça qu’il est indispensable de travailler cela en amont. Pour que les joueurs soient en confiance malgré ce changement d’organisation.»

Il faut dire aussi qu’un entraîneur qui veut multiplier les systèmes doit aussi avoir à disposition les joueurs capables de l’animer. Est-ce la raison pour laquelle Servette semble souvent figé dans son 4-2-3-1?

Le fait est que l’arrivée de Mychell Chagas pourrait offrir des opportunités nouvelles à Meho Kodro. Servette aurait tort de se priver de toutes les solutions de rechange possibles.

«Varier les tactiques»

«Varier les tactiques, les systèmes de jeu, c’est une arme essentielle qui doit figurer dans la panoplie des entraîneurs actuels, assure Favre. Cela dit, si l’on n’a aucun choix ou pas les joueurs qu’il faut pour s’adapter, on peut aussi imaginer de petits aménagements, dans le cadre d’un même système. Mais là encore, il faut que tout soit minutieusement préparé durant les entraînements.»

Ausculté sous toutes les coutures depuis un an, le système Kodro et ses applications particulières ne fait plus de mystère pour les adversaires des Grenat. Contre Xamax, lors de la si cruelle défaite de décembre, c’est justement parce que Servette s’est enfermé dans son immuable schéma – et en reculant – alors que les Neuchâtelois montaient d’un cran, que la partie a basculé en seconde période.

Au petit jeu du coaching, si important, Michel Decastel fait souvent tout juste avec Xamax, là où Meho Kodro peine à intervenir en cours de match.

L’heure de vérité

Cette seconde phase du championnat, qui commence pour Servette samedi à la Praille contre Chiasso et qui se poursuit par deux déplacements à Schaffhouse et à Neuchâtel, c’est sans doute l’heure de vérité pour les Grenat. Mais aussi pour Meho Kodro.

L’homme a construit l’équipe qu’il voulait, s’est séparé des joueurs qu’il ne souhaitait pas, a obtenu le renfort offensif qu’il appelait: il a maintenant quatre mois pour forcer le destin.

Avec la venue de Chagas et le retour de Wüthrich, il peut songer à placer parfois deux attaquants, Lang pouvant être un parfait complément du Brésilien, surtout avec Wüthrich en soutien juste derrière. D’ailleurs, c’est en jouant devant dans une attaque à deux, avec le Schaffhouse de Murat Yakin, que Lang avait cartonné. L’option Alphonse existe aussi pour tournoyer autour de Chagas. Voire d’autres encore.

Kodro a le choix des impulsions. Il devra en donner, quitte à oublier un peu sa réserve naturelle. Servette en a besoin. Pour asseoir son autorité tout le long d’un match, sans ces inconstances crasses qui ont coûté cher jusque-là. Pour surprendre l’adversaire aussi et le forcer à s’adapter aux choix grenat. Pour s’imposer enfin comme un leader qui sait ce qu’il veut, sans fébrilité.

Tout un programme. Mais l’excellence indispensable aux ambitions servettienne passe par là. Une promotion, cela se mérite!

(TDG)

Créé: 31.01.2018, 22h48

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