Avec Servette, Nicole Regnier conjugue au féminin la cause du football

FootballL’internationale colombienne de 23 ans fait le bonheur de l’équipe grenat. Elle évoque le foot, son parcours et sa féminité.

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Là où les hommes faillissent, il y a toujours une femme pour montrer l’exemple. Ou plusieurs. La saison passée, au moment même où le Servette FC enterrait ses derniers espoirs de retour dans l’élite, ce sont les filles du club qui dessinaient les contours de leur future promotion. Le Servette FC Chênois Féminin (SFCCF) se frotte depuis avec bonheur aux meilleures équipes de Suisse: les joueuses d’Éric Severac sont actuellement à la troisième place du classement de LNA. Cela doit en faire rêver certains…

À 23 ans, Nicole Regnier, elle, a les pieds sur terre. Avec Maeva Sarrasin, elle forme un duo d’attaque qui terrorise les défenses adverses. L’internationale colombienne s’est immédiatement adaptée. Et son sourire raconte l’histoire de cette section féminine qui vit dans la joie depuis plus d’un an. Avec encore Sandy Maendly et toutes les autres, Nicole Regnier est aussi là pour faire avancer la cause du football féminin. Elle a toujours adoré ce sport, qu’elle a commencé à jouer avec son père. À 16 ans, quand l’Atlético Madrid a voulu l’engager, ses parents ont cru à une mauvaise blague: «Le club a dû envoyer une lettre à en-tête dûment signée pour que mes parents me laissent partir», lance-t-elle avec un sourire désarmant.

Elle est désormais en Suisse pour cette saison. Ne lui dites pas qu’elle est l’atout charme du SFCCF: elle veut être considérée comme joueuse de foot d’abord. Lucide, elle voit aussi des avantages à son statut de star des réseaux sociaux. De tout cela, elle parle franchement. Sans feinte, sans dribble, en allant droit au but: le football, par-delà les préjugés.

Nicole, le football féminin souffre parfois d’une forme de dénigrement: comment le vivez-vous?
Quand vous regardez une finale de tennis féminin, cela va moins vite que chez les garçons, cela tape moins fort dans la balle, c’est moins physique, mais c’est du tennis, avec les mêmes gestes techniques, voire de meilleurs mouvements parfois. Et plus personne ne se demande aujourd’hui, grâce au combat initié par Billie Jean King, pour quelle raison Serena Williams gagnerait moins que Federer en remportant sa finale: le public est présent, les sponsors aussi, c’est logique. En football, nous n’en sommes pas encore là, mais nous nous battons.

Et si quelqu’un venait vers vous en vous disant que le football féminin, ce n’est pas du foot?
C’est typiquement le genre de remarque qui peut me rendre folle. Non, ce n’est pas juste de parler ainsi. C’est différent, bien sûr. Mais l’aspect technique est sans doute plus présent chez nous, parce que nous sommes moins fortes physiquement, c’est évident. Au fond, on ne doit pas comparer, parce que cela n’a aucun sens. Mais tout le monde doit faire un effort pour considérer le foot féminin sans le dénigrer. Il n’y a pas que ces idées-là qui freinent le développement que nous appelons toutes de nos vœux.

Comment cela?
Franchement, toutes les grandes marques de sport, les équipementiers, devraient comprendre qu’un homme et une femme, c’est différent. Morphologiquement. C’est une évidence, mais on peut se poser des questions. Nos shorts de foot par exemple: le plus souvent, on doit prendre des ciseaux pour couper le filet qui est à l’intérieur et qui ne nous sert à rien, à nous, les filles (rires). Les maillots: ils ne sont pas à notre taille le plus clair du temps. Les chaussettes: le talon renforcé nous arrive au milieu du mollet. Je parle de tout cela parce que la considération pour notre sport, cela vaut à tous les étages.

Mais cela avance déjà dans la bonne direction depuis quelques années, non?
Oui, c’est vrai. Il n’y a qu’à prendre mon exemple. Je suis née en 1995. Mon idole de jeunesse, dans le foot, c’était Ronaldo, le Brésilien. Je l’ai choisi et admiré parce que je n’avais aucune fille footballeuse qui pouvait m’inspirer pareillement. Eh bien maintenant, si vous interrogez des jeunes colombiennes qui jouent au ballon dans une cour d’école, elles vous donneront le nom de certaines internationales de leur pays, ou alors celui de Hope Solo ou d’Alex Morgan, les stars américaines.

En matière de star, vous avez votre mot à dire: 333 000 suiveurs sur votre page Facebook, plus de 306 000 abonnés sur votre compte Instagram, 138 000 followers sur Twitter. Vous êtes aussi une star. Pour servir la cause du football féminin?
Non, même pas. J’ai ouvert mon compte Instagram il y a un moment, je devais avoir 15 ou 16 ans. C’est après la Coupe du monde juniors de 2012 que j’ai commencé à être populaire. C’était l’équipe nationale, nos matches étaient télévisés. Et puis ma popularité a vraiment explosé peu après, quand j’ai été transférée à l’Atlético Madrid. C’est vrai que je mets des photos, que je fais attention à moi, à comment je suis apprêtée. À la fin, si nous sommes jolies, cela attirera peut-être des spectateurs dans les stades.

Alors ils viendraient pour voir de jolies filles et pas du football: ce n’est sans doute pas la motivation que vous espérez éveiller?
Ce que je dis, c’est que je fais attention à mon image en dehors du terrain. Quand je joue, je me fous bien de savoir si je suis belle ou moche. Je joue, c’est tout. Mais en dehors, c’est différent. Si en faisant attention à moi ou à d’autres certains peuvent découvrir le football féminin, tant mieux. Il n’y a rien de choquant dans ce que je dis. Prenez Cristiano Ronaldo: quand il est arrivé à Manchester United, il était moche. Oui, moche, le plus moche de tous les footballeurs (rires). Et puis il a commencé à faire attention à lui, à son look, à sa coupe de cheveux, à ses habits. Il a posté des images. Aujourd’hui, c’est une icône mondiale aussi pour cela. Je suis comme lui: je préfère renvoyer une belle image de moi.

Féminité et football peuvent donc cohabiter?
Bien sûr. La féminité est une part du football féminin. (nxp)

Créé: 25.09.2018, 16h58

Repères

Naissance Le 28 février 1995 à Cali, en Colombie. Elle a 23 ans.

Clubs Atlas CP, Fayetteville, Atlético Madrid B, Rayo Vallecano, America Cali, Junior de Barranquilla, Servette.

Equipe nationale Elle a disputé la Coupe du monde M17 avec la Colombie, onze sélections au total avec l’équipe A, deux buts marqués.

Son message «Après l’Espagne, j’ai voulu rentrer en Colombie, je ne supportais plus l’Europe, Madrid. Mais je suis heureuse d’être revenue. J’aime Genève.» D.V.

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