Servette ne néglige rien, le foot est mis en équation

FootballMatthieu Feigean est l’analyste des Grenat. Avant la venue de Thoune ce dimanche, il lève le voile sur ses secrets chiffrés.

Selon les statistiques, baséées sur des milliers et des milliers d'occasions similaires, Stevanovic avait 22% de chances de marquer ce 1-0 contre Bâle.

Selon les statistiques, baséées sur des milliers et des milliers d'occasions similaires, Stevanovic avait 22% de chances de marquer ce 1-0 contre Bâle. Image: Eric Lafargue

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L’ordinateur ne ment pas. Les chiffres non plus. Devant son écran, Matthieu Feigean saute d’un élément à l’autre. Il dévoile des pourcentages savamment dosés, il montre un Servette FC en mouvement, vu de haut avec des boules pour symboliser les joueurs, il s’attarde sur un graphique qui définit l’origine et la destination d’une passe, sa réussite, sa conséquence pour le groupe: c’est bien de football dont il est question, mais plus celui d’hier, celui de demain. Ou alors celui d’hier «augmenté» de celui de demain. Toutes les équipes professionnelles ont leur(s) analyste(s), Matthieu Feigean est celui de Servette depuis le début de la saison. Il a 27 ans, il est Nantais et comme le domaine des données est loin des terrains, il n’est pas issu du monde du foot. Il y a joué à peine deux saisons en club quand il était plus jeune, c’est tout.

«Je ne suis pas là pour donner des conseils tactiques, Alain Geiger n’en a bien sûr pas besoin, explique-t-il. En revanche, je suis à l’écoute de ce qui l’intéresse et j’apporte la réalité chiffrée d’un match ou d’une tendance. Débarrassée de toute subjectivité.»

Matthieu est titulaire d’un doctorat dans l’étude des systèmes complexes. Il tente de l’expliquer en mettant en interaction deux de ses doigts. Il faut extrapoler à l’échelle d’une équipe de football pour comprendre que les relations entre les uns et les autres sont sujettes à l’étude. Complexe , forcément. «Mais on peut contrôler et évaluer un système, une équipe en l’occurrence», assure-t-il.

A l’ère numérique, ce qui peut échapper à l’œil s’inscrit dans des pourcentages, des graphiques, des classements. Tout peut être analysé, de la course des joueurs qui ont des capteurs sous leur maillot, aux modèles collectifs, de l’espacement entre les joueurs au centre de gravité de toute l’équipe. Sans oublier la statistique qui fait fureur dans le monde du foot depuis un moment maintenant : les expected goals. Les fameux «xG», qui doivent dire, sur la base de centaines de milliers de buts déjà existants et filmés, quelles étaient les chances de marquer. Autrement dit: cela donne la qualité d’une occasion.

Un exemple concret

Explication en situation. Samedi passé, Servette a battu 2-1 Xamax à la Maladière. D’Alain Geiger aux joueurs en passant par les supporters, tout le monde soulignait le soupçon de chance et le fait que les Neuchâtelois auraient mérité de partager l’enjeu. Matthieu Feigean, dans l’absolu, n’aurait pas eu besoin de regarder le match évaluer le match. Il lui suffit d’analyser les données. Pour les «xG», il tranche. «C’est Servette qui méritait de gagner, le résultat correspond aux chiffres récoltés», lance-t-il. Il les montre. Sur son ordinateur, les «xG» sont sans appel. Xamax a tenté 12 tirs, dont 7 cadrés, Servette, 10 tirs dont cinq cadrés, mais la qualité des occasions servettiennes étaient supérieures selon les chiffres : 1,26 d’ «xG» pour Xamax contre 1,56 pour Servette. Les Grenat méritaient de battre Xamax sur la base de leurs oppurtunités communes, comparées à des centaines de milliers d’occasions similaires.

A titre indicatif, la chance manquée par Nuzzolo à la 88e minute, quand tout le monde, Frick y compris, pensait que le buteur neuchâtelois allait égaliser, a été évaluée aussi, bien sûr. Les statistiques ont estimé, toujours par comparaison avec des situations similaires, qu’un but serait inscrit seulement une fois sur quatre en pareille situation. On doute que Nuzzolo rate cela 75% des fois, c’est le seul bémol des «xG» qui ne tiennent pas en compte à qui échoit l’occasion (un buteur qui rate peu ou un joueur moins efficace).

«Mais ce n’est là qu’un élément, un paramètre, précise Feigean. Les données que je récolte me disent par exemple que le duo Rouiller-Sasso est parmi les meilleurs de la ligue, quand on regarde les duels, aériens ou pas, défensifs ou offensifs, quand on mesure aussi le nombre de passes vers l’avant et leur taux de réussite ou le nombre d’erreurs graves commises, celles qui coûtent un but.» Quand il a commencé le football et tout au long de sa carrière, Alain Geiger n’a pas pu s’appuyer sur ces «data», ces données chiffrées qui analysent froidement le cœur de la performance d’un joueur, d’un secteur de jeu, d’une équipe. Mais il y est venu.

Un langage commun

Concrètement, les deux techniciens ont trouvé un vocabulaire commun. Ce dimanche, Servette accueille Thoune. Matthieu Feigean a proposé un résumé chiffré et visuel (vidéo) des Bernois. «Je regarde les récurrences dans les schémas, les passes-clés et qui les fait le plus souvent, les orientations dans le jeu, les xG des joueurs dangereux. C’est le côté prédictif. L’objectif est de ne pas être surpris par un but issu d’un schéma habituel pour Thoune. Ensuite, il y a le côté évaluatif. En fonction de ce qu’Alain Geiger. S’il a voulu plus de jeu vertical, je peux le mesurer pendant le match, avec des ratios de passes vers l’avant, concernant certains joueurs supposés les faire plus que d’autres. Je peux aussi voir dans l’historique, le passé, qui a le meilleur ratio de passes verticales réussies pour certains postes donnés, ce qui est un élément supplémentaire pour faciliter les choix d’Alain.»

Tout peut être décortiqué, mis en équations. Le démon de Laplace n’est pas loin, le scientifique français des XVIIIe et XIXe siècle affirmait pouvoir tout prévoir s’il avait toutes les données à disposition et la puissance de calcul nécessaire. Le football du troisième millénaire est dopé par ces données qui enflent autour des équipes, des performances, individuelles ou collectives.

Créé: 31.01.2020, 16h19

En direct du vestiaire

Les absents Alex Schalk est le seul blessé du contingent. Sébastien Wüthrcih n’est pas convoqué.

Le contexte Servette sort d’un succès précieux et compliqué à Neuchâtel. Thoune a lui aussi fait le plein en battant Sion avec un début de match canon. Les Grenat, avertis, se méfient de ces Bernois qui veulent céder la lanterne rouge à Xamax. Sur ce plan, le match de samedi passé à la Maladière aura été utile, Servette sera pareillement confronté à une équipe qui joue sa peau. Tasar devrait être reconduit au milieu, dans l’axe, mais en jouant plus haut, pour un système plus proche d’un 4-4-2.

Le mot de Geiger «Je veux de la concentration et des efforts. Xamax a eu des occasions quand nous avons commis des erreurs. Il ne faut pas les reproduire. Il ne faut pas non plus chercher à briller sur le plan individuel, mais collectivement. D.V.

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