Servette - LS, chronique d’une rivalité prompte à déborder

FootballGenevois et Vaudois se retrouvent après trois ans et demi de pause. L’occasion de mesurer la courbe de leurs inimitiés électives.

Du bruit, de la fureur et de la fumée. Ce soir au Stade de Genève comme à chaque fois, les supporters des deux camps
rivaliseront de chants partisans ou hostiles.

Du bruit, de la fureur et de la fumée. Ce soir au Stade de Genève comme à chaque fois, les supporters des deux camps rivaliseront de chants partisans ou hostiles. Image: VALENTIN FLAURAUD/KEYSTONE

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C’est l’éternelle histoire des gueulards exaspérants (GE) et des veaux déconsidérés (VD). Une histoire qui, selon de quel point de vue de la grande flaque on se place, prend des reflets très différents. Ce soir à 20 h, il y a Servette - Lausanne, 181e derby lémanique en championnat depuis 1933. Une tradition qui, comme toutes les traditions, évolue. Pas toujours dans le bon sens, puisque les deux ex-glorieux fleurons s’affrontent aujourd’hui en deuxième division. Reste que la flamme demeure, et c’est beau. Une flamme gentillette, parce qu’on n’est ni à Buenos Aires ni à Istanbul. Mais une passion quand même. Une rivalité bon enfant qui vire parfois aux jeux d’adultes, sur le terrain comme en dehors.

«Avec Lausanne, la question, c’est de savoir qui est le patron du lac», synthétise Matias Vitkieviez, Uruguayen de souche et Servettien de cœur, qui adorait «ces matches spéciaux, avec un truc en plus au niveau de la concentration, la grinta, l’ambiance». L’ex-attaquant grenat, même s’il a connu une fin abrupte au club le printemps passé, reste derrière les potes: «Il faut que les quelques Genevois de l’équipe mettent bien dans la tête des autres que ce match, il n’y a pas moyen de le perdre – on s’en fout comment.» Nicolas Gétaz ne disait pas autre chose, dès samedi passé à Schaffhouse: «On va expliquer aux nouveaux arrivés ce que signifie le derby.»

Les deux clubs ont fait mousser ces derniers jours, avec quelques piques dont les objets principaux sont un plan d’eau et des souvenirs. Les Servettiens, avant chaque match, ressortent le titre de champion fêté en 1999 à la Pontaise; celui d’un autre millénaire, quand tout le monde était encore jeune et beau. Les Lausannois se vengent (par exemple) avec le 3-0 du 29 mai 2013, qui avait précipité la relégation genevoise. Bref, on se chicane, on se vole dans les plumes. Doucement mais sûrement, on s’écharpe.

«La rivalité a toujours existé et je peux vous dire que de mon temps non plus, personne n’avait envie de perdre contre Servette, se souvient Marcel Parietti, joueur emblématique du Lausanne-Sport entre 1972 et 1984. Avec le public derrière nous, pour qui le match était le prolongement de la fête après une virée au Comptoir Suisse, nous avions une certaine responsabilité sur les épaules. Reste que l’affrontement reposait encore sur une certaine idée du beau jeu. Cet idéal-là a disparu. Aujourd’hui, si on lit les messages des gens sur les réseaux sociaux, on a l’impression que seule compte l’idée de battre l’autre, peu importe la manière.»

Gérard Castella, un Genevois qui fut joueur puis entraîneur au sein des deux clubs, constate lui aussi un glissement de terrain. «Servette - Lausanne, pendant longtemps, c’était LE derby romand, rappelle-t-il. Mais l’antagonisme était surtout sportif. Avec les années, on a le sentiment qu’il s’est déplacé du côté des supporters, plus violents. Cela ne me plaît pas de voir ces cortèges d’encagoulés haineux traverser la ville de l’adversaire, en s’insultant quand ils ne se bagarrent pas.»

Tentative d’explication numéro un: «C’est la société d’aujourd’hui qui a besoin de sortir sa haine, sa colère intérieure», estime Gérard Castella. Essai d’argumentaire numéro deux: «Si ça chauffe autant en tribunes, c’est peut-être parce que le climat sportif, sur le terrain, est devenu un peu morose depuis la faillite des deux clubs au début des années 2000 (ndlr: 2002 pour les Vaudois, 2005 pour les Genevois).» Comme s’il fallait meubler, intelligemment ou non, une part d’ennui et de frustration.

Alors les provocations fusent, sur la pelouse ou dans les gradins (lire ci-dessus). Et autour du stade, ça dégénère parfois, comme le 14 septembre 2013, jour où le résultat (1-0 pour Lausanne à la Praille en Coupe de Suisse) avait été plus spectaculaire au rayon disciplinaire (dix interpellations à trois en «faveur» des supporters bleu et blanc). Et quand ce ne sont pas les fans qui s’invectivent, les joueurs donnent «l’exemple». En 2001, le Lausannois Pape Thiaw avait cassé le nez du Servettien Sébastien Fournier, coupable selon lui d’insultes racistes dans les couloirs de la Pontaise. Dix ans plus tard au Stade de Genève, Matt Moussilou et Vincent Rüfli en venaient aux mains dans un contexte similaire. «J’adorais ces matches parce qu’il y avait toujours un surplus de motivation et d’agressivité», résume Jocelyn Roux.

La passion a parfois ses revers. Reste que ce soir, comme d’habitude, Genevois et Vaudois prendront un malin plaisir à se détester cordialement l’espace d’un match.


25 septembre 2010, le planter du drapeau

ÉRIC LAFARGUE

Pour fêter la victoire du LS au Stade de Genève (1-2) devant 15 000 spectateurs, le gardien Anthony Favre plante un drapeau vaudois au centre du terrain. «Moi, en tout cas, je n’y étais pour rien, sourit encore Jocelyn Roux, attaquant genevois alors buteur lausannois. Ce n’était pas forcément malin, mais ce genre de gestes fait partie du jeu et du folklore.» La provocation, en tout cas, fait mouche: les supporters «grenat» sont ulcérés.


9 avril 2011, effet boomerang à la Pontaise

ÉRIC LAFARGUE

«Rendu fou» par l’épisode du 25 septembre précédent à la Praille, qu’il avait suivi depuis la tribune, Matias Vitkieviez avait mûri sa vengeance. Auteur du deuxième but de la victoire servettienne à la Pontaise (0-2), l’attaquant genevois utilise un poteau de corner pour laver – partiellement – l’affront. Preuve qu’il ne sert jamais à rien de se chamailler, les deux formations lémaniques seront promues en Super League au terme de cette saison-là.


29 mai 2013, une relégation au parfum purin

DR

À la veille d’un derby qui sent le soufre – Servette joue son dernier espoir de maintien en Super League –, les supporters du LS trouvent un moyen original d’exprimer la quintessence des sentiments que leur inspire l’ennemi servettien: le secteur visiteur de la Pontaise est maculé de purin en guise de bienvenue. Outre l’odeur, les Genevois quittent les Plaines- du-Loup avec une saveur amère en bouche: battu 3-0, Servette chute en Challenge League.

(TDG)

Créé: 30.08.2018, 22h19

Ce vendredi soir, le Servette FC reçoit le Lausanne-Sport au stade de la Praille, pour un derby lémanique très attendu. Pour l’occasion, Daniel Visentini et André Boschetti, les journalistes sportifs de la Tribune de Genève et de 24Heures, se sont livrés à un duel de mauvaise foi sur "Qui va gagner?". (Video: Pascal Wassmer/Aymeric Dejardin-Verkinder)

181

C’est la 181e fois que Servette et Lausanne s’affrontent en championnat. Les Genevois ont un bilan favorable avec 80 victoires pour 45 nuls et 55 défaites.

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