Servette isole ses juniors pour les protéger des agents

FootballLe club limite l’accès aux terrains avec grillages et service de sécurité pour éviter que ses talents ne soient courtisés.

Grillage et agents de sécurité font désormais partie du paysage au stade de Balexert, où le Servette FC forme ses jeunes talents.

Grillage et agents de sécurité font désormais partie du paysage au stade de Balexert, où le Servette FC forme ses jeunes talents. Image: MAGALI GIRARDIN

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Pour les habitués du stade de Balexert, quartier général du Servette FC, le changement saute aux yeux. Il tient dans les rangées de grillage barrant l’accès aux terrains. Depuis peu, une épaisse bâche aux couleurs du club grenat a été ajoutée, empêchant les regards curieux. La dernière nouveauté se révèle plus surprenante: les jours de match, deux agents de sécurité, gilet fluo sur les épaules, filtrent les entrées. Une pancarte avise: l’accès au terrain est désormais réservé aux joueurs, arbitres, parents de joueurs et «officiels». Celui qui tente de passer les portiques se doit de décliner les raisons de sa présence aux agents. Selon sa réponse, il recevra éventuellement un passe journalier permettant d’assister aux matches de l’académie du Servette.

À quoi bon barricader un stade? Le directeur général du club genevois, Constantin Georges, préfère parler de «réorganisation de l’accès au terrain» et confirme que la mesure est récente. «Il y a beaucoup d’agents peu scrupuleux autour des terrains. À la fin des matches, ils se ruent sur les gamins pour entrer en contact avec eux.» À combien de cas le club a-t-il été confronté? «Suffisamment pour justifier la mise en place d’un tel système. On aimerait bien mettre notre argent autre part», répond le dirigeant, en déplorant le «mépris sans borne» de ces intermédiaires à la recherche du joyau qui percera dans l’univers très lucratif du football professionnel.

«Des marchands de viande»

«Le problème, c’est la dérégulation de cette profession. Aujourd’hui, n’importe qui peut s’improviser agent de joueurs et courtiser des jeunes de 14, 15 ou 16?ans, poursuit le directeur grenat. Il y a bien des agents qui exercent leur métier avec sérieux et professionnalisme, mais ils sont une minorité. En majorité, il ne s’agit que de marchands de viande qui proposent la lune à des gamins et à leur famille.»

Dès lors, Servette exige que chacun s’annonce à l’entrée de son centre sportif. L’agent est-il refoulé? «Pas forcément», répond Constantin Georges. Quand l’équipe joue à l’extérieur, comment faire? «Nous nommons des chaperons pour veiller sur les jeunes que nous savons suivis.»

Si le stade barricadé en a interloqué plus d’un du côté de Balexert, le dirigeant soutient qu’une telle mesure est courante dans les centres de formation suisses. En réalité, ce n’est pas le cas. Ainsi, au Lausanne-Sport, si on se dit également confronté à la problématique des agents de joueurs, le secrétaire général, Yannick Fank­hauser, indique que le club n’a jamais envisagé d’interdire l’accès aux rencontres de ses juniors.

Même discours du côté de Gérard Castella, le responsable de la formation des Young Boys. «On ne bloque pas l’accès aux matches de nos jeunes, explique le Genevois. Aucun grand club alémanique ni aucun des grands clubs européens que j’ai visités ne procède de la sorte.»

Il n’empêche, l’omniprésence d’intermédiaires au bord des terrains n’a pas échappé à l’ancien entraîneur du Servette. «Les agents, et parfois les parents, n’ont qu’une seule motivation: l’argent.» Mais pour Gérard Castella, il est illusoire de vouloir empêcher un intermédiaire de voir un joueur sur le terrain: «Aujourd’hui, il est impossible de cacher quoi que ce soit. Les meilleurs joueurs évoluent dans les sélections suisses. À chacun de leurs matches, entre 10 et 20 agents sont au bord du terrain et ils savent tout d’eux.»

Miser sur les jeunes

En somme, voir ses talents se faire courtiser par de grands clubs fait partie du jeu. Pour preuve, Young Boys n’a pu retenir récemment deux de ses espoirs, partis à l’Atlético de Madrid et au FC Bâle. Servette est pour sa part engagé dans une bataille juridique depuis le départ à Porto du prometteur Lungoyi, 17 ans. «Les clubs doivent tout faire pour retenir les jeunes, mais ils n’ont pas d’autres choix que de laisser partir ceux qui veulent absolument aller voir ailleurs, constate Gérard Castella. Face à ce phénomène, toute la structure doit miser sur les jeunes, leur permettre d’accéder à la première équipe.» Même discours à Lausanne, chez Yannick Fank­hauser: «Il faut avoir un discours clair en amont et montrer que les perspectives dans le club sont aussi intéressantes qu’à l’étranger, voire davantage.»

Quelle que soit la philosophie des Grenat, à Balexert grillage et agents de sécurité font désormais partie du paysage. Servette ne risque-t-il pas de donner ainsi l’image d’un club replié sur lui-même? «Je suis d’accord, c’est au détriment de la convivialité. Mais l’évolution du football nous pousse à prendre ce type de décision», répond Constantin Georges.

(TDG)

Créé: 08.05.2018, 09h51

«Un bon intermédiaire ne harcèle pas les gamins»

«C’est une solution radicale, mais Servette a raison de contrôler l’accès à ses matches de jeunes.» Ces mots détonnent dans la mesure où ils sont prononcés par un agent de joueurs. Lorenzo Falbo gère la carrière de footballeurs, mais il est aussi le directeur et créateur de la toute jeune formation d’Intermédiaire du football, à Lausanne. Son regard sur les excès d’une profession dérégulée fait écho à celui des dirigeants de club. «Lorsqu’on est un bon intermédiaire, on ne va pas au bord des terrains pour harceler des gamins. Ceux qui le font, je les appelle des «pseudo-agents»: ils n’ont ni formation ni compétence et vendent du rêve.»

C’est précisément pour contrer cette dérive que le natif de Lausanne a créé une formation spécifique, en partenariat avec le SAWI (groupe de formation suisse spécialisé dans le marketing, la vente et la communication). Chaque volée compte une quinzaine de candidats qui abordent les multiples aspects du football professionnel.

En parallèle, Lorenzo Falbo dispose d’une quinzaine de joueurs sous contrat évoluant pour la plupart en Suisse, mais également en Colombie et en Espagne. Pour mener cette activité, il est inscrit au Secrétariat d’État à l’économie (SECO), qui le catégorise parmi les sociétés de placement.

Un agent est-il vraiment nécessaire quand on a moins de 16 ans? «Non», répond Lorenzo Falbo, qui privilégie une activité de conseil pour les mineurs. «Le meilleur moyen de progresser, c’est de faire confiance à la formation suisse, qui est excellente, et de gravir les échelons pas à pas jusqu’à la Super League. Et après, peut-être, de partir à l’étranger.»

Alors, bien sûr, il comprend que les yeux se mettent à briller quand des intermédiaires promettent la Juventus, Arsenal ou Barcelone à des juniors talentueux et à leurs parents. «Ce qu’il faut savoir, c’est que les grands clubs recrutent des jeunes en quantité. Ils misent sur un taux de réussite de 5%. Autant dire que les chances de percer sont maigres.»

Lorenzo Falbo peut alors énumérer une quantité de jeunes Romands partis trop tôt et revenus en Suisse avec des regrets et une carrière gâchée. Dans cette masse d’échecs, le parcours de Johan Djourou fait office d’exception, le défenseur genevois ayant quitté Étoile Carouge pour Arsenal alors qu’il était âgé de 16 ans seulement. Pour l’agent de joueurs, «celui qui a fait tout juste, c’est Denis Zakaria». Le milieu de terrain formé à Servette a poursuivi sa progression aux Young Boys avant de rejoindre le Borussia Mönchengladbach, en Allemagne. Cet été, il devrait porter le maillot de l’équipe de Suisse sur les pelouses de Russie lors de la Coupe du monde. L.D.S.

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