«Servette et moi, on se doit encore beaucoup»

FootballBosko Djurovski évoque les deux clubs de sa vie: l’Étoile Rouge et les Grenat, avec qui il espère renouer un jour.

Porté en triomphe après une victoire contre Zurich (2-0), Bosko Djurovski dit adieu aux Charmilles en ce 19 mai 2001.

Porté en triomphe après une victoire contre Zurich (2-0), Bosko Djurovski dit adieu aux Charmilles en ce 19 mai 2001. Image: SALVATORE DI NOLFI

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Bosko Djurovski est chez lui au Marakana, la fameuse cuvette de l’Étoile Rouge de Belgrade. Les mains, les joues et les objectifs se tendent sur son passage. Mardi, jour où les Serbes ont décroché leur qualification pour la Ligue des champions face à Young Boys, l’ex-libéro et milieu défensif s’est longuement confié dans le musée du club.

Comment décririez-vous votre rôle de membre du comité de l’Étoile Rouge?
Je donne des conseils au directeur sportif, je parle avec l’entraîneur. Le comité exécutif a des décisions à prendre, il doit choisir quels joueurs vendre ou acheter. Nous nous réunissons à une douzaine, une quinzaine, une ou deux fois par mois. On discute des finances, du sportif. Nous sommes six, dont le président d’honneur et le directeur sportif, à être d’anciens joueurs, à venir du football. Ce sont les autres qui décident mais nous donnons notre avis.

Vous arrive-t-il encore de taper dans un ballon?
J’évolue régulièrement avec les vétérans de l’Étoile Rouge. Grâce à nos matches, nous récoltons quelques centaines d’euros, que nous redistribuons aux familles et aux veuves d’anciens coéquipiers. (Des larmes lui viennent.) Ce sont les émotions. Cela montre à quel point ce club est une famille. Nous aidons notamment le petit-fils d’un ancien latéral gauche des années 60 à faire des études. C’est un jeune homme magnifique, il aura son diplôme dans deux ans, ça fait plaisir. Mais les vétérans, c’est aussi la troisième mi-temps, avec la viande, l’alcool, la musique, la vie!

À voir votre succès auprès des gens, cela a l’air agréable d’être Bosko Djurovski à Belgrade, non?
Oui, ça fait plaisir. J’aime Servette, comme j’ai aimé le Japon, mais ici c’est chez moi. Dans la rue, les gens me reconnaissent, même si cela s’atténue. Je suis l’un des cinq joueurs de l’histoire de l’Étoile Rouge à avoir porté ce maillot à plus de 500 reprises (ndlr: 509 matches). Le fait qu’on s’en souvienne est beau, ça facilite la vie. Je n’ai jamais de problème, sauf quand le policier est un supporter du Partizan (ndlr: le club rival).

Après une période très difficile, l’Étoile Rouge connaît un renouveau. Comment l’expliquez-vous?
Le président de la Serbie, Aleksandar Vucic, a beaucoup aidé l’Étoile Rouge. Depuis quelques années, il a donné un souffle, une énergie au club. Les choses avancent bien. Gazprom, donc Poutine, injecte de l’argent. C’est grâce à eux et au président Vucic que le club a évité la faillite. Maintenant on repart, avec nos supporters, qui ont de tout temps constitué notre principale force. Ils ont retrouvé l’espoir.

Qu’aviez-vous ressenti en arrivant à Genève, en 1989?
J’arrivais sur une autre planète. Tout était calme, impeccable. Cela m’a plu – à ma femme un peu moins. J’aime Genève. C’était un choc, mais agréable. J’y ai noué de belles amitiés, avec les Pédat, Aeby, Fournier, Sinval, Pizzinat et tant d’autres. On a eu de sacrées équipes! Il y avait un bon esprit, on buvait des bières.

Il paraît que vous étiez le seul, avec Heinz Hermann, à pouvoir suivre Igor Dobrovolski à la vodka. Correct?

Pour Heinz, une magnifique personne, c’est vrai; pour Bosko non. Bien sûr que je suis sorti avec Igor, mais il buvait trois verres pendant que j’en buvais un! Il pouvait picoler jusqu’à 5 h du matin. Fournier et Ohrel étaient bien aussi, hein. Mais personne ne pouvait suivre Igor. Ce qui me reste, c’est cet esprit magnifique que nous avions quand nous avons été champions en 1993-1994 avec Petko (ndlr: Ilija Petkovic). Avec Sinval, Neuville, Anderson devant, c’était extraordinaire – j’en ai des frissons.

Ce titre est-il votre meilleur souvenir genevois?
Oui, même si c’était fantastique aussi de vivre celui de 1999 et la victoire en Coupe en 2001 comme assistant de Gérard Castella et Lucien Favre. J’ai pleuré quand je suis parti.

Vous êtes revenu, fin 2015-début 2016. Après avoir été engagé comme manager général censé être en charge de l’équipe, vous êtes parti. Que s’est-il passé?
Vous voulez la vérité?

Volontiers.
J’avais évoqué des raisons privées. Mais ça n’était pas vrai. Dès le départ, cette histoire de No 1 et No 2 avec Anthony Braizat ne me plaisait pas. On me disait que je ne pouvais pas avoir d’autorisation de travail, alors que j’avais vécu douze ans à Genève. J’ai l’impression qu’on a un peu inventé des problèmes pour favoriser Braizat, qui n’a pas été un bon type. Le manager Bosko, il doit être sur la feuille de match, avec son équipe. Quand j’ai vu que Braizat ne m’avait pas inscrit lors d’un match amical, j’ai dit OK, sans moi, je rentre.

Des regrets?
Je referais pareil, parce qu’un truc n’allait pas à ce moment-là dans le club – ils doivent le savoir. Quand le président Fischer m’a appelé, c’était trop tard. Nous avons mangé ensemble, j’en ai pleuré après – et lui aussi, un petit peu, parce qu’il s’était rendu compte de mon attachement pour Servette. On s’est dit qu’un jour, si l’occasion se présentait… J’ai suivi le retour en Super League, avec Alain Geiger, qui fait du super boulot. Mais c’est sûr que cela a toujours été un rêve pour moi, et ça le reste encore, de revenir au Servette. C’est l’un des deux clubs que j’ai eus dans ma vie.

La vie est encore longue…
Oui, j’aimerais vraiment revenir. Servette et moi, on se doit encore quelque chose. Si on considère l’ensemble de l’histoire, on se doit même beaucoup.

Créé: 29.08.2019, 09h01

Bio express

Nom:
Bosko Djurovski.
Naissance:
le 28 février 1961 à Tetovo (ex-Yougoslavie).
Poste:
libéro et milieu défensif.
Joueur:
Étoile Rouge (1978-1989), Servette FC (1989-1995). Palmarès: quatre fois champion de Yougoslavie, deux Coupes de Yougoslavie, un titre de champion de Suisse.
Entraîneur:
Servette FC (1995-2001, assistant), Étoile Rouge (printemps 2007), Nagoya Campus (janvier 2008-décembre 2013, assistant), sélection de Macédoine (2014-2015), Nagoya Campus (2016-2017, assistant), Étoile Rouge (printemps 2017), Kyoto (mai 2018-janvier 2019). Palmarès:
un titre de champion de Suisse et une Coupe, un titre de champion de Serbie et une Coupe, un titre de champion du Japon. S.M.

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