Sarr: «J’étais bon, mais ingérable. Et puis j’ai compris ma chance…»

FootballLa nouvelle recrue de Servette raconte son histoire: une prise de conscience pour devenir sérieux et pro.

«Sally Sarr Superstar», c’était son surnom à Lucerne, avant que Babbel ne le laisse de côté. Il veut rebondir en grenat.

«Sally Sarr Superstar», c’était son surnom à Lucerne, avant que Babbel ne le laisse de côté. Il veut rebondir en grenat. Image: Eric Lafargue

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Que sait-on des priorités quand on a 16 ans, dans un centre de formation, et que le talent seul suffit à faire illusion? Que pense-t-on vraiment des sacrifices érigés en dogmes quand on est jeune, bon, que l’on côtoie Lassana Diarra, Steve Mandanda ou Kevin Anin et que la voie semble toute tracée? Rien peut-être. Ou alors on ne s’en rend compte que trop tard, quand les autres signent des contrats professionnels et l’on reste sur le quai à voir partir le train. Cette histoire, beaucoup de jeunes footballeurs la connaissent. C’est celle de Sally Sarr, le nouveau défenseur du Servette FC.

Du centre de formation du Havre jusqu’à Genève, ce Mauritanien né en Normandie raconte son parcours atypique.

Un Havre sans paix…

«Pour moi, l’idée d’être vraiment professionnel dans le football ne s’est imposée qu’après mes 20 ans, quand j’étais en galère.» Sally Sarr a le raccourci vif et tranchant. Il a été formé au Havre, mais quand il regarde son parcours et surtout son implication, il laisse échapper un sourire qui dit autant le dépit que les regrets.

«Moi, j’aimais surtout les potes et le quartier, explique-t-il. A cette époque, je n’étais pas sérieux, je sortais. J’étais bon, comme disaient les entraîneurs, mais ingérable. J’arrivais en retard, ou je courbais carrément les entraînements. Tout avait toujours été trop simple pour moi. J’étais surclassé, je figurais dans les sélections de jeunes, j’étais régulièrement élu parmi les meilleurs joueurs. Je me disais que cela suffisait. J’étais dilettante, pas 100% concentré sur le foot.»

La prise de conscience

L’insouciance est une chose. Elle est vite rattrapée par la réalité. «Oui, soupire Sally Sarr. J’avais 20 ans et je voyais tous mes copains de formation signer des contrats pros dans des clubs. Mais pas moi. Ils allaient vers la lumière, moi je restais au fond du trou. En fait, j’étais grillé en France. Quand certains clubs s’intéressaient à moi, le responsable du centre leur racontait mon comportement. Après six mois sans rien, je me suis rendu compte que tous mes potes avaient disparu. Bizarre hein? Plus personne, à part un ou deux qui restaient fidèles et la famille, qui te soutient toujours. C’était dur, un vilain coup. Je me suis rendu compte de plein de choses. Et cela m’a permis de revenir sur le droit chemin. La religion aussi. J’ai lu le Coran, il y a eu une prise de conscience. Je fais d’ailleurs le ramadan actuellement. Ce n’est pas simple avec deux entraînements par jour. Je ne bois pas et ne mange pas entre 3 h 40 du matin, heure de la première prière, et le coucher du soleil…» Au passage, il y aura aussi un passage en Grèce à Thrayvoulos Fylis. Où il ne sera pas régulièrement payé, devant demander à son frère de lui avancer de l’argent. «C’était le bourbier!, résume Sarr. Mais c’est aussi à partir de là que ma deuxième vie a commencé.»

Une attitude professionnelle

Rentré de Grèce et porté par ses nouvelles résolutions, Sally Sarr va d’abord devoir s’entraîner trois mois tout seul. Avant de revenir frapper à la porte du Havre, pour pouvoir profiter des structures plus appropriées à son attitude désormais professionnelle.

«Le responsable du centre était toujours le même, sourit le défenseur. Il a compris ma démarche. Et il a accepté à une condition: que je rencontre tous les plus jeunes du centre pour leur expliquer tout ce qu’il ne faut pas faire, les erreurs à ne pas commettre. Je savais de quoi je parlais… Et j’avais compris quelle était ma chance de pouvoir jouer au foot. C’était le seul moyen pour m’en sortir.»

C’est à ce moment que son agent belge lui a trouvé un club. En Suisse, à Wil. C’était en 2009. «Je me suis dit: pourquoi pas la Suisse, cela faisait six mois que j’attendais une offre. Sauf que Wil voulait un central et que je suis latéral droit de formation. Mais j’ai dit que je pouvais aussi évoluer dans l’axe. C’est depuis là que je suis en défense centrale…»

« Servette a un objectif, remonter, et ça me plaît»

C’est aussi à Wil que Murat Yakin va repérer le potentiel de Sarr et lui proposer de le rejoindre à Lucerne. «GC et Thoune me voulaient, mais Yakin m’a proposé de faire un test avec lui. Il était réputé très bon entraîneur, j’ai accepté et tout s’est fait naturellement.»

De 2011 à 2015, tout va bien. Avec Yakin au début et ensuite encore, il est titulaire en défense, il hérite même d’un surnom dans une chanson des supporters lucernois: «Sally Sarr Superstar». Sympa. Mais lors des deux dernières saisons, il ne rentre plus vraiment dans les plans de Markus Babbel, le nouvel entraîneur. Depuis deux ans, Sarr n’a joué que 15 matches. «Il y avait à chaque fois une petite blessure qui surgissait quand j’étais sur le point de m’imposer à nouveau. Mais tout cela est derrière, je touche du bois», souffle-t-il en tapotant la table.

Un nouveau départ à Servette

C’est donc au Servette FC, à 31 ans et plein d’ambitions encore, qu’il veut se relancer.

«C’est le meilleur défi que je pouvais imaginer, assure-t-il. Vaduz s’est approché pour reformer le duo avec Puljic à Lucerne. Murat Yakin aussi a pensé à moi pour Schaffhouse. Mais Servette a un objectif, remonter, et ça me plaît. Et puis, pour tout dire, je voulais venir en Suisse romande. Parce que ma femme et l’allemand, ça fait deux…»

Bienvenue, Sally Sarr. (TDG)

Créé: 23.06.2017, 17h06

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