«Je rêve d’un nouveau titre pour Servette»

FootballInterview exclusive avec Pascal Besnard, le nouveau président. Généalogie d’un retour aux sources, ambitions: il dit tout.

Pascal Besnard, servettien de cœur, ancien joueur pro, désormais nouveau président du Servette FC depuis le 1er janvier.

Pascal Besnard, servettien de cœur, ancien joueur pro, désormais nouveau président du Servette FC depuis le 1er janvier. Image: Eric Lafargue

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Puisque cela raconte l’homme, commençons par la fin. Pascal Besnard vient de parler longuement, c’est la fin de sa première interview en qualité de nouveau président du Servette FC, il demande quelques instants pour consulter une fiche. Il y a griffonné les grands thèmes qu’il souhaitait aborder: tout y est, rien n’a été oublié. Déjà le joueur de l’époque était un exemple, minutieux jusque dans le détail, un monstre de travail et d’implication sur le terrain. Il n’a pas changé.

Quelques rides disent la maturité de ses 56 ans, son parcours au Credit Suisse souligne une magnifique réussite professionnelle (il est le responsable Région Genève de la banque, avec plusieurs centaines de personnes sous sa responsabilité), mais il n’a jamais oublié Servette. Le point de départ. Il le dit, il doit son parcours professionnel aux valeurs éducatives qui ont forgé le gamin qu’il était en arrivant au club. Il le dit aussi: ce qu’il a appris ensuite dans son travail ne peut que servir aujourd’hui cette famille servettienne. Un juste retour des choses, comme une évidence.

Pascal Besnard, vous retrouver comme président du Servette FC semble presque logique. Mais comment cela s’est-il dessiné?

Cela a commencé avec la «presque»-faillite de 2015 (ndlr: sous la gestion de Hugh Quenne). Didier Fischer avait monté un comité de sauvetage, l’un de ses proches au sein de ce comité était aussi un ami, le rapprochement s’est fait naturellement. J’étais en confiance avec ce qui se faisait, j’ai intégré alors le conseil d’administration du Servette FC en septembre 2015. Ensuite, cela fait près d’un an que nous avons évoqué, Didier et moi, l’idée de cette transition, le fait que je prenne la présidence du club afin qu’il se concentre sur le développement de l’infrastructure, notamment sur le plan politique, je pense à la nécessité d’un centre de formation digne du canton. Ce qui est en place est solide, pensé, c’était facile de dire oui.

Même avec votre travail de directeur au Credit Suisse: aucun conflit d’intérêts possible?

Non. J’ai été transparent avec mon employeur dès le début, dès 2015, et également au moment d’accepter la présidence. S’il devait y avoir un dossier concernant de près ou de loin le Servette FC et le Credit Suisse, ce n’est pas moi qui m’en occuperais. Pour la charge de travail, ce n’est pas un problème non plus. J’étais déjà impliqué en tant que membre du conseil d’administration du SFC, je le serai en qualité de président désormais. Avec un peu plus de visibilité.

Comment voyez-vous votre rôle de président?

Dans la discrétion et dans le souci de travailler dans la continuité. Ce qui a été fait jusqu’à présent a permis au club de grandir et de retrouver l’élite avec des fondations stables. Beaucoup de choses ont été mises en place, avec la Fondation 1890 qui chapeaute le tout, avec Genève-Sport SA, une entité au service du club qui, à terme, être au service du club pour les finances, la gestion, le contrôle, les RH, grâce à diverses synergies. On parle là d’une structure jeune et professionnelle qui s’occupe du Servette FC, du GSHC, du rugby, du foot féminin. Cette assistance administrative, c’est aussi une charge en moins pour un président. C’est ce qui me permettra de me focaliser sur le football.

Avec quelles idées fortes?

La volonté de s’entourer de personnes qui apportent des compétences et surtout de compter sur elles. Au Servette FC, la commission sportive a la chance de pouvoir s’appuyer sur des personnalités comme Alain Geiger, Gérard Bonneau et Massimo Lombardo. C’est un peu un trio magique qu’il faut écouter. Je ne vais pas arriver et tout changer, ce serait ridicule. Il faut cultiver cette expérience, développer le club, grandir encore, s’améliorer.

Avec quelles ambitions sportives pour Servette?

Évidemment que mon rêve est de décrocher un nouveau titre de champion, bien sûr, oui. Quand? Dans trois ans, dans cinq ans ou plus? Je ne sais pas. La seule chose dont je suis certain, c’est que tout cela se construit et que Servette, aujourd’hui, est encore dans une phase de stabilisation et qu’il ne faut pas l’oublier. Il faut prendre le temps de faire les choses dans l’ordre, sans brûler les étapes.

Grandir, viser un titre à moyen terme, cela demande un budget revu à la hausse: quelles garanties financières avez-vous aujourd’hui et pour l'avenir?

Il y a une confiance réciproque entre Didier Fischer et moi. Servette est soutenu par la Fondation 1890, tant chez les garçons que chez les filles, un secteur qui m’importe particulièrement aussi. Mais le trésor du club, c’est son académie. Il faut des premières équipes fortes pour favoriser la promotion des jeunes, pour les intégrer. L'avenir? Bien sûr qu’il faudra aussi grandir financièrement pour jouer les premiers rôles, c’est évident. Mais nous le ferons pas à pas. En amenant des jeunes dans la première, pour qu’ils y brillent et peut-être qu’ensuite ils partiront à l’étranger. C’est une source de financement potentielle en plus des nouveaux partenaires qui s’intéressent de nouveau au club et qui veulent associer leur nom à l’image du club.

Il faut aussi reconquérir le public…

Oui. Cette équipe mériterait plus de 10'000 personnes par match à Genève (ndlr: 7500 de moyenne actuellement). Avec ce qui s’est passé, les gestions d’avant 2015, nous avons perdu une génération, parce que les parents n’ont plus emmené leurs enfants au stade à un moment, parce qu’il n’y avait plus grand-chose. Cela aussi demande du temps, de retrouver le crédit perdu.

Vous êtes allé au camp de préparation de Servette au Portugal pour parler aux joueurs et à Alain Geiger: que vous leur avez-vous dit?

Je me suis présenté. C’était symbolique, mais évident. Je leur ai dit, aux joueurs, que c’étaient eux qui représentaient le haut de la pyramide, la visibilité du club. Je ne sais pas si tous savent que j’ai été footballeur professionnel à Servette avant eux, mais comme j’ai joué avec Alain Geiger, je pense qu’ils en ont une petite idée peut-être. Sans doute que cela aide à donner du crédit quand je leur parle. Sinon, je leur ai dit la volonté de travail en commun. De soutien de ma part. Et je leur ai touché un mot sur quelque chose qui me tient à cœur: l’AIP, l'attitude intérieure positive. Ce n’est pas une posture bisounours. C’est important, cela doit nous porter, parce que cela permet d’avancer.


«Le foot m’a éduqué, il m’a aussi donné des clés»

Avant de faire carrière dans le premier établissement bancaire du pays jusqu’à en assumer la direction pour Genève, Pascal Besnard a d’abord été un footballeur reconnu. S’il a aussi porté les couleurs d’UGS et d’Yverdon (qui l’a vu prendre sa retraite sportive en 1994), c’est sous le maillot «grenat» qu’il s’est distingué. Infatigable ratisseur du milieu, «Paqui», surnommé aussi l’homme aux trois poumons tant il se dépensait sans compter, a connu les Charmilles, l’ivresse européenne, la folie des grandeurs sous l’ère Carlo Lavizzari qui, avant Noël, fut l’un des premiers à le féliciter pour son arrivée à la tête du SFC – «Cela m’a touché car je lui dois beaucoup». Sous le maillot servettien (149 matches en LNA), le futur banquier devait remporter un titre de champion de Suisse, fêté avec Guy Mathez en 1985, évoluer aux côtés de joueurs de la trempe d’Eric Burgener, Lucien Favre, Umberto Barberis et… Alain Geiger. «Je me souviens qu’Alain me disait: «Un jour, tu vois, je serai entraîneur.» Dans ma tête, je pensais «Moi aussi…»

Après avoir passé ses différents diplômes, jusqu’à celui d’instructeur ASF, s’être assis sur plusieurs bancs, aussi bien avec les espoirs de la Praille (M17, M18) qu’à Meyrin en Challenge League, et jonglé avec un agenda surchargé, Besnard, appelé à de nouvelles responsabilités professionnelles, allait recentrer ses priorités au tournant des années 2000. Sans jamais oublier ses années passées sur une pelouse. «J’ai des souvenirs d’efforts, de se donner à fond, de Balexert… Le foot m’a éduqué, il m’a aussi donné des clés. Ce que les joueurs me disent aujourd’hui, je l’ai connu. Je n’aurais jamais fait cette carrière bancaire si je n’avais pas connu ce que j’ai vécu au Servette.» Et le nouveau patron de tordre le cou à un raccourci simpliste, pourtant si souvent rabâché. «Non, assène-t-il, les footballeurs ne sont pas des idiots…»

S’il n’enfile plus les crampons, Besnard a changé de club pour titiller la petite balle blanche en tant que golfeur patenté. Ce qu’il aime aussi, et qui contribue à son équilibre intérieur, c’est de s’astreindre à trois séances hebdomadaires de Bikram yoga, une discipline (26 postures) pratiquée à haute intensité, dans une salle chauffée à 40 degrés. «Cela fait monter les puls et me permet de trouver mes idées.» Et comme il n’en manque pas... Nicolas Jacquier

Créé: 09.01.2020, 16h00

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