Entre ombre et lumière, Servette reste en errance

FootballFace à un Sion moribond, les Grenat font le plus dur avant d’offrir un penalty cadeau. Un nul de plus, une fatalité qui s’installe.

Le geste parfait de Schalk devant Mitryushkin pour le 1-0. Cinq minutes après, Servette se tirait une balle dans le pied.

Le geste parfait de Schalk devant Mitryushkin pour le 1-0. Cinq minutes après, Servette se tirait une balle dans le pied. Image: Eric Lafargue

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Rongées par une réalité crépusculaire, les promesses de l’aube s’évaporent sans faire de bruit. Servette est donc cette équipe remarquée, qui n’est plus assez remarquable pour avancer, sinon à pas de fourmi. Ombre et lumière pour une fatalité mortifère, cet affreux tropisme de l’inconstance, pour le meilleur et pour le pire, jusque dans ce derby qui tendait les bras aux Grenat avant que ceux-ci ne tendent la joue à ce Sion moribond.

Ce 1-1 à Tourbillon embrasse la trajectoire servettienne dans un résumé saisissant de sa situation actuelle. Une excellente première période, qui se concrétise par un superbe but de Schalk. Ces efforts ruinés en quelques instants ensuite, avec une erreur individuelle de Vincent Sasso cette fois (penalty bêtement provoqué sur Abdellaoui que Doumbia transformera). Et, enfin, cette incapacité à inscrire un second but, face à un FC Sion inexistant dans le jeu.

Aujourd’hui, Servette se réveille peut-être avec le sentiment de n’avoir pas perdu en Valais. Mais il est surtout en train de faire du surplace, en enfilant les nuls comme des perles, là où Xamax revient à un point des Genevois après sa victoire sur Lucerne. La place de barragiste menace déjà.

Si les Grenat veulent se bercer d’illusions, ils pourront toujours se dire qu’ils méritent mieux que ce classement, qu’ils n’étaient pas loin de battre Sion ou que ces fragilités individuelles vont disparaître pour donner corps à une équipe enfin solide et performante. Non, Servette ferait bien mieux de regarder la réalité en face pour savoir comment réagir.

L’aveu glaçant de Geiger

Alain Geiger s’y est résolu, après ce 1-1 à Sion, dans un moment glaçant de sincérité. Morceaux choisis. «Les erreurs font partie du foot (ndlr: pour commenter le penalty concédé par Sasso), mais nous en faisons régulièrement. Nous ne sommes pas assez efficaces devant, c’est notre point faible et nous le savons depuis le début de la saison. Et puis nous n’avons pas une telle qualité défensive qu’elle nous permette de gagner 1-0. Là, nous sommes au max.»

L’aveu est terrifiant mais peut-être lucide. Entre la blessure de Kone, qui n’a toujours pas inscrit le moindre but en Super League, les limites d’un Chagas qui n’est plus convoqué, la lourdeur d’un Kyei toujours pas prêt, la baisse de régime de Wüthrich, un Stevanovic surveillé de près, un Schalk très bon à Sion mais pas toujours constant et cette forme de fébrilité défensive qui interdit la sérénité, Servette est peut-être bien au maximum de ses capacités actuelles.

Les renforts de l’été, pour affronter les exigences de la Super League, ne sont pas aussi percutants que voulu. Ondoua a livré un vrai combat à Sion, mais il peine dans le rythme à imprimer et dans la lecture du jeu. Tasar a toujours des idées, il va vite, mais n’est efficace que par intermittence. Kyei, en déficit de préparation, n’est loin d’être le buteur ou le point d’ancrage souhaité. Souici n’est pas encore celui-là qui est un titulaire. Seul Sasso, malgré sa bévue de la 39e à Sion, est le vrai soutien de Rouiller attendu en défense, même s’il est un peu à la peine depuis deux matches.

C’est la réalité d’un Servette néo-promu, qui a constitué une équipe sans faire de folie en respectant son budget (12 millions, deux fois moins que Sion par exemple).

Quel horizon maintenant?

Une question se pose: quel horizon pour cette équipe. La fatalité d’un lent recul qui se dessine depuis deux mois, ou une vraie perspective de progression et comment?

Si Servette veut s’éviter les frayeurs qui se dessinent désormais, il doit réagir. Le peut-il? On veut croire que oui. La première réponse doit venir d’Alain Geiger. Il doit trouver des solutions pour que Servette soit plus efficace, plus performant. Parce que depuis plus deux mois, les mêmes problèmes se répètent en zone trois, dans les trente derniers mètres, où les Grenat souffrent mille morts pour surprendre l’adversaire.

Les joueurs aussi doivent faire face à leurs responsabilités. D’abord en évitant de se tirer une balle dans le pied avec des erreurs individuelles grossières. Si la Super League supposait un apprentissage, il serait temps que les Servettiens retiennent les leçons.

Enfin, puisqu’il est toujours question d’évaluation, la direction pourrait penser au mercato hivernal. Si les dirigeants en ont les moyens et si l’opportunité se présente, il faudrait peut-être quelques renforts. «Je sais, je sens qu’il manque peu de chose, plaide Alain Geiger. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient, nous n’avons pas les moyens de Sion pour engager je ne sais combien de joueurs. Il faut du temps. Nous y travaillons et cela va porter ses fruits.»

Le prochain, match, c’est le 3 novembre contre YB, au Stade de Genève. Où Servette attend toujours de marquer sur une action de jeu…


La difficulté de marquer en chiffres

Servette file du mauvais coton. Les chiffres le disent en tout cas. Les Grenat n’ont plus gagné depuis le succès 4-0 à Thoune, le 25 août, une embellie qui raconte le contraire de la réalité.

En 12 rencontres de Super League, Servette en est à 14 buts marqués pour 15 encaissés. La moyenne de but par match s’établit à 1,16 but par rencontre. À considérer les réussites concédées (1,25 par match), logique de voir les Grenat avec 12 points en 12 matches. Si l’on s’amusait à enlever la victoire 4-0 à Thoune, la moyenne de buts inscrits tombe d’ailleurs à 0,9 par match. C’est peu pour avancer, surtout avec un Servette qui se pose comme le champion de la ligue en termes de matches nuls (6 déjà).

Autre sujet d’inquiétude. Les Grenat n’ont inscrit deux buts ou plus que face à deux équipes. Thoune, donc, et Xamax (deux fois 2-2). Les Bernois sont bons derniers du classement avec une défense catastrophique. Les Neuchâtelois, qui sont revenus à un point de Servette, sont à peine meilleurs que Thoune dans l’exercice défensif (déjà 21 buts encaissés). Bref, Servette ne se montre efficace que face aux plus faibles arrière-gardes. C’est le signe d’une équipe qui doit lutter contre la relégation si elle ne s’améliore pas.

Si l’on voulait retirer aussi les buts marqués contre Xamax, en plus de ceux inscrits à Thoune, on en serait à 6 buts en 9 matches, soit une moyenne souffreteuse de 0,66 réussite par rencontre contre les autres équipes de la ligue.

Servette est face à ce problème de finition, d’efficacité dans les trente derniers mètres. Plus que jamais il y a urgence à progresser dans ce domaine. D.V.

Créé: 27.10.2019, 13h13

Sion - Servette 1-1 (1-1)

Tourbillon, 11 800 spectateurs.

Arbitre: M. Tschudi.

Buts: 34e Schalk 0-1; 40e pen. Doumbia 1-1.

Sion: Mitryushkin; Abdellaoui, Ndoye, Ruiz, Facchinetti; Song; Fortune, Toma, Grgic (67e Uldrikis), Itaitinga (81e Zock); Doumbia (69e Luan).

Servette: Frick; Sauthier, Rouiller, Sasso, Iapichino; Stevanovic, Ondoua, Cognat, Tasar; Wüthrich (75e Imeri, 91e Routis); Schalk (84e Kyei).

Avertissements: 12e Toma (jeu dur), 45e Ondoua (antijeu), 54e Abdellaoui (jeu dangereux), 80e Tasar (jeu dur), 83e Luan (antijeu), 89e Ruiz (jeu dur).

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