Le destin fou de Gaël Ondoua, nouveau renfort de Servette

FootballArrivé à 7 ans en Russie, il est resté seul à Moscou dès l’âge de 9 ans. À 23 ans, il a déjà vécu plusieurs vies. Il raconte son destin.

Le milieu défensif des Grenat a grandi seul à Moscou. De quoi apporter son expérience à Servette, cette saison.

Le milieu défensif des Grenat a grandi seul à Moscou. De quoi apporter son expérience à Servette, cette saison. Image: Eric Lafargue

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À la surface des choses, le superficiel. Gaël Ondoua ne devrait donc être que le dernier renfort en date de Servette. Un milieu de terrain défensif, Camerounais, qui vient en Suisse gonflé d’espoirs. Un footballeur professionnel de 23 ans, soigneusement recruté, qui fera le bonheur des Grenat dans l’entrejeu. Simple. Trop simple. Derrière le joueur, il y a une destinée, une épaisseur. Tout un vécu en cortège, un parcours extraordinaire qui façonne autant l’homme que le joueur.

Après un entraînement matinal avec ses nouveaux coéquipiers, il raconte sa vie. Elle est étonnante.

Gaël, on vous retrouve à Genève: comment cela s’est-il fait?

Par le biais de Gérard Bonneau, le recruteur de Servette. C’est lui qui m’a approché, via mon agent. J’ai aimé le contact. Nous avons parlé foot tous les deux, ça m’a plu. Je me suis aussi renseigné sur la Suisse. Je connais Seydou Doumbia ou Anton Mitryushkin qui m’ont parlé de la Super League.

Quand on regarde votre parcours, on constate que vous avez été formé, depuis tout petit, à l’académie du Lokomotiv Moscou. Mais vous êtes Camerounais…

Oui, c’est étrange. Mais mon père est diplomate et il est allé travailler à Moscou. C’est pour cela que je me suis retrouvé en Russie. Une sacrée aventure pour un gosse de 7 ans qui avait jusqu’alors grandi à Yaoundé.

Racontez-nous.

Eh bien un jour, mes parents ont décidé que j’allais rejoindre mon père à Moscou, qui était déjà sur place. Mais comme ma mère ne devait venir que six mois plus tard, je suis parti tout seul. Moi, je ne voulais pas. Le jour du départ, avec mon badge autour du cou, du haut de mes 7 ans, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en laissant ma mère à l’aéroport. C’était la première fois que je prenais l’avion. Et puis je suis arrivé à Moscou. C’était en octobre. Il faisait froid, il y avait la neige, que je voyais et touchais pour la première fois. Mon père m’attendait, bien sûr. Et je me suis adapté.

Et après votre mère vous a rejoint et tout allait à nouveau pour le mieux?

Oui, mais pas longtemps. En arrivant, j’ai rapidement intégré l’académie du Loko: j’adore le foot, mon père aussi. Mais quand j’ai eu 9 ans, mon père a été muté ailleurs et il est reparti de Russie avec ma mère. Alors je me suis retrouvé tout seul Moscou.

Comment ça?

Je ne voulais pas partir. En deux ans, je m’étais fait des copains, j’étais bien en Russie, au centre de formation tout se passait bien. Alors on a décidé que j’intégrerais l’internat de l’Akademia Loko. Ma mère venait me voir. Cela m’allait bien. C’est comme cela que j’ai grandi en Russie, à 9 ans, en apprenant à être responsable très tôt. Maintenant, je parle mieux le russe que le français, je crois.

Et tout allait bien sur le plan foot?

Oui. J’étais le seul étranger du centre de formation qui comptait 1000 enfants. J’adorais. J’étais un peu le chouchou, la directrice du centre m’aimait bien, tout le monde me connaissait et sur le plan sportif, cela se passait bien: j’étais souvent meilleur buteur, je jouais en No 10, ou alors élu meilleur joueur de ma catégorie.

On parle souvent de racisme en Russie: l’avez-vous ressenti?

J’étais le seul noir du centre de formation. Et je n’ai jamais eu le moindre problème. Le racisme, il peut exister partout, pas seulement en Russie. Après, tout est question de comportement. Moi, je me suis intégré, c’était une volonté dès le début de suivre une scolarité en russe. Si tu fournis des efforts, on te les rend. Je n’ai jamais souffert de racisme.

Vous avez pourtant quitté le Lokomotiv pour le CSKA Moscou en 2014. Pourquoi?

Parce qu’il y avait une opportunité, parce que mon agent m’assurait que c’était un choix logique. Moi, j’avais été tellement heureux au Loko, j’avais pu m’entraîner avec les pros dès mes 14 ou 15 ans, que c’était déchirant de quitter un peu ma deuxième famille. Mais je suis parti. J’ai ensuite connu le Danemark, avec le Vejle BK, une belle expérience. Ensuite, il y a eu un épisode compliqué en Ukraine, où je n’ai pas joué, faute de permis de travail. Une décision politique sur fond de tensions entre l’Ukraine et la Russie, où j’avais été formé. Après six mois, j’ai signé à Anzhi. Et puis maintenant je suis au Servette FC.

Vos premières impressions?

Excellentes, conformes à ce que m’avait dit Gérard Bonneau. Servette est une équipe forte techniquement, qui privilégie un jeu de passes et de mobilité. J’ai bien sûr déjà parlé avec Alain Geiger, je sais ce qu’il attend de moi. Je peux être ce No 6 qui possède un potentiel technique et qui n’a pas peur des duels. Et puis je suis polyvalent. La vie m’a appris à m’adapter. Je suis là pour apporter toute mon expérience.

C’est rare d’entendre un «jeune» de 23 ans dire qu’il va apporter son expérience…

C’est vrai (ndlr: il rit). Mais j’ai déjà un vécu. Et je veux franchir des paliers avec Servette. J’ai confiance dans mes qualités, je sais ce que je peux apporter.

Vous vous retrouvez seul pour l’instant à Genève: votre famille va-t-elle bientôt vous rejoindre?

Oui. Je me suis marié à 19 ans, avec une Russe, Maria. Nous avons une petite fille de 4 ans, Manuela. C’est justement aujourd’hui son anniversaire. Après l’interview, je dois l’appeler. Elle attend ses cadeaux. Je lui ai offert un cheval à bascule et un vélo. Deux cadeaux minimum, toujours. Elle a vite compris: dès que je donne le premier, elle me demande aussitôt où est le deuxième… Elles seront toutes les deux bientôt à Genève.

Créé: 09.07.2019, 17h24

Repères

Naissance 4 novembre 1995 à Yaoundé, au Cameroun.

Formation junior Akademia Loko, dès l’âge de 7 ans.

Clubs pros CSKA Moscou, Vejle BK (Dan), Zorya Luhansk (Ukr), Anzhi (Russie) et Servette depuis cet été.

Loisirs «J’adore lire, je tiens ça de mes parents. Principalement la littérature russe. Les classiques: Dostoïevski, Tolstoï, Gogol. Mais spécialement Pouchkine, sa poésie notamment. J’aime aussi lire de la philosophie.»

Engagements Sa mère s’occupe de deux orphelinats au Cameroun. «Personnellement, j’en soutiens un financièrement, également au Cameroun.» D.V.

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