Hugh Quennec a un mois pour sauver Servette FC

interviewL’ère Pishyar s’est terminée dans la nuit de mercredi à jeudi, quand il a cédé toutes ses actions depuis New York. Le nouveau président, également patron de Ge/Servette, est plus Grenat que jamais

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le site Internet de la Tribune de Genève annonçait mercredi en exclusivité la probable reprise du Servette FC, un projet sérieux étant sur le point de se concrétiser. Depuis hier, ce projet a un visage. Il n’est pas inconnu: c’est Hugh Quennec, le patron du hockey genevois avec Genève-Servette, qui est désormais également le président du Servette FC. Majid Pishyar a accepté de céder ses actions dans la nuit de mercredi à jeudi. Il a aussi signé tous les documents demandés et se retire, depuis l’étranger, en laissant une chance de survie au Servette.

La survie, c’est bien de cela qu’il s’agit. Hugh Quennec est sans doute un homme de défis: celui qui l’attend est à la mesure de son optimisme. Ce sont des personnalités de la finance genevoise qui lui ont demandé de porter un projet de sauvetage du club en réunissant la somme de 650?000?francs nécessaire à la demande d’un ajournement de faillite. Cette demande a été formulée hier par Me Péclard, avocat du Servette avec Me Warluzel. La semaine prochaine, la juge en charge du dossier accordera sans doute un ajournement d’un mois, les 650?000?francs couvrant les charges courantes pour cette période.

Et après? C’est là que tout commence en fait pour Hugh Quennec et toutes les bonnes volontés dont il devra s’entourer. Il s’agira de trouver plusieurs millions en peu de temps. Pour terminer la saison, pour payer tous les salaires, y compris ceux en retard, pour régler également les créanciers qui patientent depuis plusieurs mois, mais aussi pour montrer patte blanche devant la Ligue et obtenir la licence pour la saison 2012-2013 avec un budget crédible. Un travail titanesque qui n’effraie pas le Canadien.

Il a déjà l’assurance de pouvoir compter sur Giuseppe Luongo, qui était candidat à la reprise de Servette. D’autres pourraient suivre, comme ceux de l’Association SFC ou du Club des 100 qui ont lutté sans compter ces derniers jours pour éviter la faillite. C’est le sérieux de Hugh Quennec qui doit permettre de fédérer autour de lui, pour constituer un projet et un budget. Il a un mois pour y parvenir.

Hugh Quennec, comment êtes-vous devenu le nouveau patron et propriétaire du Servette FC?

Tout est allé très vite. Un groupe d’investisseurs, qui veulent rester anonymes, a réuni la somme de 650?000?francs pour me demander de porter un projet de sauvetage de Servette. Maintenant, il s’agit de réunir du monde, de créer un projet pour ce grand club de football qui ne mérite pas de mourir. C’est tout le travail qui nous attend, avec notamment mon conseiller Michel Pont, qui m’a beaucoup aidé et qui m’a épaulé dans les démarches ces derniers jours. Avec aussi tous ceux qui voudront nous rejoindre. On a de la peine à croire que vous vous lanciez dans l’aventure sans avoir déjà des assurances de soutien financier…?

Il est clair que si je suis rentré dans ce projet, c’est que je suis confiant dans la possibilité de trouver des solutions. Certains se sont déjà manifestés. Nous devons regagner la confiance de beaucoup, mais je suis très optimiste.

Il y a pourtant des poursuites, des dettes, des créanciers, des salaires en retard et un budget à trouver: comment allez-vous vous y prendre?

Dans un premier temps, nous allons prendre connaissance de tout cela dans le détail. L’objectif, c’est de régler tout ce que le Servette FC doit, de rembourser tout le monde. Je n’ai pas encore d’idée précise quant au futur budget du club. Mais nous serons stricts et nous ferons avec nos moyens pour établir un budget équilibré.

Et si vous deviez, durant ce mois, découvrir des cadavres dans les placards ou des choses insurmontables?

Nous avons des documents signés la part de M. Pishyar, qui restera président d’honneur de l’association. Dans le pire des cas, s’il n’y avait aucune solution, Servette serait alors en faillite. Mais nous n’en sommes pas là. Au contraire, mon téléphone est en feu depuis que je me suis annoncé. Et si j’ai accepté, c’est parce que j’y crois.

Vous êtes le président de Ge/Servette. Aujourd’hui aussi celui du Servette FC: conflit d’intérêts ou avantage?

C’est un point très positif. Il y a de la place pour ces deux clubs à Genève. Il peut y avoir des synergies dans plusieurs domaines. En dépit de certaines difficultés financières à un moment donné, liées aux infrastructures, nous avons toujours géré Ge/Servette avec la plus grande rigueur administrative. J’entends appliquer les mêmes méthodes avec Servette.

Le projet de la nouvelle patinoire est prévu à quelques centaines de mètres du Stade de Genève: là aussi un avantage?

Oui, cette proximité est très intéressante, on peut imaginer plein de choses. Idem pour l’accueil des supporters. Nous avons un savoir-faire dans ce domaine. Un match doit être plus qu’un match. Et il y a plusieurs sortes de supporters que nous devons tous contenter. Un supporter, c’est un client qui attend une prestation. Que représente le football pour vous?

Mon père est Français, ma mère est Fribourgeoise et je suis né à Montréal. Là-bas, il y a le foot l’été et le hockey l’hiver. Moi, je jouais au foot. Je suis un passionné de ce sport, comme du hockey. Aujourd’hui est un jour incroyable pour moi. Je réunis tout cela. Et le but, c’est de faire de Genève, qui est une marque magnifique, une grande ville de sport, une référence. ----------------------------------------------------------------------------------------------------

Hugh Quennec peut disposer de plusieurs millions de francs

Quel est le profil, la dimension économique de l’éventuel sauveur du Servette FC? Difficile à dire précisément. Une chose est sûre: Hugh Quennec n’est certes pas milliardaire, mais il semble pouvoir disposer, en cas de besoin, de plusieurs millions de francs. Il l’a déjà prouvé comme président du Genève-Servette Hockey Club.

Peu après son élection à la tête du conseil d’administration de cette société, en juin 2006, il s’est retrouvé détenteur de la moitié de son capital, à parts égales avec l’entraîneur Chris McSorley. Et ces deux actionnaires canadiens ont dû éponger, à plusieurs reprises, des déficits de 1 à 2 millions de francs dans les comptes des Aigles.

Le duo nord-américain a aussi démontré sa solidité économique en accroissant sérieusement les effectifs de l’entreprise. En 2006, le nombre de collaborateurs administratifs avait ainsi doublé. Les observateurs avaient aussi remarqué un haut degré de fluctuation dans le personnel.

Dans le civil, Hugh Quennec semble avoir commencé à développer diverses activités financières peu après son arrivée en Suisse en 1995. Trois ans plus tard, il a créé la Continental Capital Markets SA, spécialisée dans «l’analyse et le courtage en matière financière». Et cette entreprise en héberge aujourd’hui beaucoup d’autres à son adresse. Comme Paviller SA, Hartlake SA ou JQS Investment Advisors SA. Fondée en 2005, BL & Associés SA se trouve actuellement en liquidation.

Ces sociétés sont ainsi toutes domiciliées à Nyon. Elles offrent notamment des services de conseil en prévoyance, gestion de patrimoine ou private equity (prises de participation dans des sociétés non cotées). Leur capital-actions s’élève presque toujours à 100?000?francs. Deux exceptions apparaissent toutefois dans ce catalogue.

Inscrite au Registre du commerce en février 2003, l’enseigne General Mills International Sàrl est en effet vouée au commerce de produits alimentaires en gros, dont les crustacés et les mollusques. Et la responsabilité de ses propriétaires ne porte que sur un capital de 20?000?francs.

En plus du hockey sur glace et du football, Hugh Quennec reste un passionné de golf. Il siège donc depuis près de cinq ans parmi les administrateurs de Geneva Golf Academy SA, domiciliée à Genève, au quai du Seujet. Aucune de ces sociétés n’étant cotée, leurs responsables ne sont pas contraints de publier leurs résultats.

Hugh Quennec jouirait quoi qu’il en soit d’une large confiance auprès des plus grandes entreprises romandes et des banques genevoises. Cette aura permettra-t-elle de collecter des soutiens financiers suffisants, d’attirer le public au Stade de Genève et de voir le Servette FC se qualifier pour des Coupes d’Europe?

P.RK

Créé: 09.03.2012, 10h11

Articles en relation

Les Grenat voient à nouveau la vie en rose

Servette FC Hugh Quennec, futur repreneur du Servette FC, et les joueurs s'expriment Plus...

Hugh Quennec: «C’est un privilège de reprendre le Servette FC»

Sauvetage Le président des Aigles précise que son engagement dans le football ne remet en rien en cause ses activités à la tête de Ge/Servette Plus...

Le président du Club des 100 se réjouit de l'action d'Hugh Quennec

Sauvetage du Servette FC Le Haut-Savoyard Christian Jouvenoz a plus que doublé le nombre de membres du club en quatre ans Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.