Entre la famille Lungoyi et Servette, c’est le bras de fer

FootballRupture unilatérale de contrat, départ d’un jeune grenat pour Porto, litige en cours, plaintes pénales: le point après neuf mois.

Le 7 juillet 2017, Lungoyi s’était signalé en amical contre Nice. Depuis, la situation a pris une tournure juridique.

Le 7 juillet 2017, Lungoyi s’était signalé en amical contre Nice. Depuis, la situation a pris une tournure juridique. Image: Eric Lafargue

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Miroir aux alouettes pour une nuée de jeunes prometteurs, le football d’aujourd’hui s’éprend moins du talent avéré que du potentiel spéculatif. Fatalité du mouvement: le jeune doué veut tout et tout de suite. De la reconnaissance, de la liberté, du temps de jeu, de l’argent, de la gloire. Des aspirations forcément entretenues par des clubs qui ratissent large pour y trouver leur compte. Pour un élu qui touchera vraiment son rêve des doigts, combien de laissés pour compte? Combien de jeunes partis tôt, trop tôt?

On ne peut souhaiter qu’une chose à Christopher Lungoyi: qu’il fasse partie des élus. Mais force est de reconnaître la trajectoire conflictuelle empruntée par cet espoir genevois de 18 ans formé au Servette FC et sous contrat depuis 2016. En janvier 2018, il a résilié son contrat de manière unilatérale pour justes motifs, selon son père et son agent. Et il s’est engagé avec Porto, qui le suivait comme d’autres clubs (Zurich, YB ou Monaco notamment). Mais il ne peut pas y jouer, Servette conservant la licence.

La version du père du joueur

Qui a raison? Qui a tort? C’est toute la question. Les versions divergent. Oben Lungoyi, le père de Christopher, est déterminé et sûr de son bon droit. «J’ai signé un contrat en 2016 pour mon fils qui portait sur 2 ans et une saison de plus en option, assure-t-il. Quand enfin j’ai reçu, en octobre 2017, la copie de ce contrat que je demandais, on était passé à trois ans. C’est l’un des motifs de résiliation. L’autre, c’est la pression mise sur mon fils, le fait de le convoquer pour discuter sans ma présence, ou, après l’été 2017, de le voir recalé parfois en M18, parfois avec les M21, sans qu’il n’ait plus vraiment d’équipe, ou qu’on lui en attribue une le matin, pas SMS. De plus, quand Porto s’est intéressé à lui, Servette n’a pas voulu entrer en négociation. Bref, nous avons décidé de résilier ce contrat. J’ai envoyé un courrier A et un recommandé au club. Qui ne s’y est pas opposé dans les dix jours, comme il était tenu de le faire. Christopher était donc libre de signer à Porto. D’ailleurs, un document de la SFL accepte notre résiliation.»

La réaction du Servette FC

Du côté du Servette FC, c’est un tout autre son de cloche. Constantin Georges, directeur général, s’explique: «Nous avons bien sûr répondu dans les délais, une fois la résiliation de contrat reçue, lance-t-il. Quant au premier mail de la SFL, qui accepte cette résiliation, il y a un souci puisque la ligue elle-même est revenue sur cette décision et en a informé les parties.» Logique: la SFL n’est pas compétente pour les transferts internationaux. Dans les faits, Porto pense ne devoir que les indemnités de formation pour un jeune joueur, libre. Servette, le considérant sous contrat, veut plus que cela, bien sûr.

Porto a-t-il été ignoré par Servette? «Les représentants de Porto ont été reçus à l’étude de l’avocat du club, assure Constantin Georges. Nous avons fait une proposition de règlement à l’amiable. Pas de réponse. Nous sommes disposés à trouver un arrangement. Nous avons même montré dernièrement à Porto l’accord que nous avons passé avec Southampton dans le cadre du transfert du jeune Jankewitz. Toujours pas de nouvelles.»

L’affaire est enlisée depuis neuf mois. Mais depuis peu, il y a un sérieux dégât collatéral: le petit frère du joueur, Aubain (13 ans), qui était servettien jusqu’alors, qui devait intégrer les élites ainsi que le programme sport-études, a été écarté de l’académie. «Une semaine avant la reprise de l’école, vous vous rendez compte, s’indigne le père. J’ai pris acte, Aubain ira à Chênois.»

Menaces de mort: plainte!

Le petit frère pris en otage dans le litige qui oppose le club à son grand frère? Rien n’est simple dans cette affaire. Il y a quelques jours, Constantin Georges a déposé une plainte pénale contre Oben Lungoyi. Le motif: menaces de mort. Le père du joueur a déjà été entendu par la police. «J’ai répondu en leur disant que je ne l’avais pas menacé de mort. Que je ne voulais pas faire de mal à ce monsieur. Tout au plus lui ai-je dit, excédé, que s’il ne libérait pas la licence de mon fils, il allait me voir. J’en ai profité pour déposer une plainte contre lui pour falsification de document, dans le cadre du contrat. Constantin Georges a surtout pris peur, sans raison. Et maintenant, Aubain en fait les frais.»

«C’est malheureux pour Aubain, lance Georges. Mais avec cette plainte en cours, le climat ne nous autorise plus à avoir la responsabilité d’un enfant quand il y a une procédure pénale entre un dirigeant du club (moi-même) et son père, pour menaces. Servette ne peut pas être à la fois le formateur d’Aubain et être le diable aux yeux de la famille Lungoyi. Cela devenait malsain. En aucun cas nous ne faisons payer Aubain pour le litige qui nous oppose à Christopher.»

À quand l’épilogue? Pour cela, il faudrait que Porto entre en matière pour une somme de transfert, comme l’a fait Southampton pour Jankewitz. Tiens: comme Porto a mis une clause de départ à 10 millions sur le contrat signé avec Lungoyi, il pourrait faire un effort raisonnable, non?

En attendant, Christopher Lungoyi ronge son frein. «Je suis quelqu’un qui a toujours le sourire, mais je ne peux toujours pas jouer avec Porto, lance le joueur. Heureusement, je suis toujours convoqué avec la Suisse M19, comme maintenant avant de jouer l’Allemagne et la République tchèque. Mais la situation commence à me peser. Et ce qui se passe pour mon petit frère Aubain est tellement injuste. Moi, je ne veux qu’une chose: jouer, retrouver le terrain.» (nxp)

Créé: 03.09.2018, 18h01

Chronologie d’un double gâchis

Avril 2016. Christopher Lungoyi signe un contrat de stagiaire avec le Servette FC. Il n’a pas encore 16 ans. La durée porte sur deux saisons plus une en option. C’est le seul contrat selon la famille Lungoyi. Selon Servette, un second contrat est signé en 2017, portant sur trois ans et paraphé aussi par le père. Ce dernier nie avoir jamais apposé sa signature au bas de ce deuxième accord.

Été 2017. Le prometteur talent est aligné durant certains matches amicaux. Il a un beau potentiel, mais Kodro ne l’intègre pas dans la première équipe. Le joueur ne comprend pas pourquoi. C’est l’origine, d’abord sportive, du litige.

Janvier 2018. Coup de tonnerre: le joueur, avec sa famille et son agent, rompt le contrat qui le lie au SFC. Pour justes motifs selon lui: le contrat est passé de 2+1 à 3 saisons sans raison, puisque le père du joueur affirme n’avoir pas signé un second bail de 3 ans. Un courrier de résiliation est envoyé à Servette. Sans réponse, selon le père du joueur, durant le délai de 10 jours. Le club affirme s’y être opposé dans le délai légal.

Fin janvier 2018. Lungoyi s’engage avec le FC Porto, dont Servette ne voulait pas rencontrer les dirigeants, affirme le père. Le SFC dément.

Août 2018. L’affaire prend une tournure pénale entre le père du joueur et le directeur général du SFC. Ce dernier, Constantin Georges, dépose une plainte pour menaces de mort. Le père s’explique auprès de la police et nie avoir vraiment menacé dans ces termes le dirigeant ou lui vouloir du mal. Et il dépose lui aussi une plainte pour falsification de documents.

Août 2018 (suite). Attendu les circonstances (la plainte pénale en cours), Servette décide de ne plus former le jeune frère de Christopher, Aubain Lungoyi (13 ans). Ce dernier doit donc quitter le centre de formation grenat où il était, une semaine avant la reprise, juste avant d’intégrer le sport-études du cycle de Cayla. Il est désormais à Chênois.

Aujourd’hui. Près de neuf mois après son départ, Christopher Lungoyi, convoqué pourtant avec la Suisse M19 cette semaine, n’a toujours pas joué, que ce soit avec Porto B ou les M19 du club où il est actuellement contingenté. D.V.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Schneider-Ammann s'en va
Plus...