L’élite suisse attend Servette, inventaire avant promotion

FootballÀ moins d’un cataclysme, les Grenat retrouveront la cour des grands. Avec quelles structures, quelle équipe? Le point.

Avec la victoire acquise mercredi sous la neige à Lausanne, les Servettiens ont fait un grand pas vers la promotion.

Avec la victoire acquise mercredi sous la neige à Lausanne, les Servettiens ont fait un grand pas vers la promotion. Image: ERIC LAFARGUE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les choses devraient être définitives avant la fin de la saison. Par atavisme, le Servette FC du XXIe siècle est prudent à l’évocation de son futur immédiat. Par anticipation, il a solidement préparé depuis quelques années déjà le bonheur qui lui tend les bras aujourd’hui. Le succès de mercredi soir à Lausanne, par effet boule de neige, a déblayé les ultimes réserves: avec 13 points d’avance au classement, si seuls devant, si loin des autres au niveau comptable et sur le terrain aussi, les Grenat vont valider ces prochaines semaines leur billet de retour en Super League.

Bien sûr, les mathématiques sont là pour rappeler que tout reste toujours possible, qu’un naufrage collectif durant les neuf derniers matches, conjugué à une résurrection soudaine du LS, voire de Winterthour ou d’Aarau, éclipserait la belle euphorie de ce début d’avril. Mais qui y croit encore sérieusement? Personne, pas même les Vaudois. Disons que si cela devait arriver, on aurait l’air bête. Mais pas autant que les Servettiens eux-mêmes. La théorie du chaos a ses limites, Alain Geiger et les siens sauront bien sûr s’en affranchir.

Au fond, la question est moins de savoir si ou plus sûrement quand le Servette FC retrouvera la cour des grands, que comment. Le saut entre la Challenge League et l’élite du football suisse n’est pas anodin. Remonter sans perspectives, sans moyens, sans visions ne ferait pas sens.

Ici, pas de droit à l’erreur. C’est la responsabilité des dirigeants d’accompagner les élans portés sur le terrain par les joueurs. Il va falloir renforcer le contingent, définir des priorités, adapter un nouveau schéma de jeu pour l’élite, mais aussi façonner le club dans son ensemble pour faire face aux exigences de la Super League, dans tous les domaines.

Un projet global qui n’a pas été négligé en coulisses, où les impulsions fourmillent, et qui doit enfin installer le Servette FC au sein d’une élite qu’il n’aurait jamais dû quitter. État des lieux et gros plan sur ce qui attend le monde grenat en vue de l’avenir.


Finances et organisation

Quand la Fondation 1890, dotée par la Fondation Hans-Wilsdorf (Rolex), a sauvé Servette d’une nouvelle faillite au printemps 2015, purgeant un trou de plus de huit millions creusé par la gestion de Hugh Quennec, on a alors découvert la nouvelle équipe dirigeante, avec à sa tête Didier Fischer.

L’immense crédit de cette nouvelle direction aura toujours été son sérieux dans l’administration du club. Servette a toujours obtenu sa licence en première instance, sans charges, ce sera sans doute encore le cas cette saison, pour la Super League. Le seul bémol était le manque d’expérience dans la chose sportive. Des apprentissages à tâtons, des choix discutables (Kodro), des bras de fer perdus d’avance (Kone): les dirigeants ont fait leurs expériences, ils sont aujourd’hui bien plus prêts et la Fondation 1890, qui chapeaute le foot et le hockey, est de plus en plus professionnelle dans son fonctionnement.

Le volet capital d’une promotion réussie, c’est aussi les finances. Le président Fischer l’a déclaré mercredi soir après la victoire à la Pontaise. Le budget sera au minimum doublé, il passera donc à 12 millions, il pourrait même atteindre les 15 millions grâce à l’engouement que la crédibilité retrouvée suscite autour de ce Servette sans plus de casseroles.

Il y a déjà des demandes pour louer des loges, il y aura une augmentation importante du nombre de spectateurs par match. C’est une excellente nouvelle: l’argent est le nerf de la guerre. À titre comparatif, Xamax s’est lancé en Super League avec un budget de moins de 8 millions. Thoune et Lugano ont justement un budget qui tourne entre 10 et 12 millions. Servette a donc de quoi faire, en travaillant intelligemment.

«Le budget annoncé par Didier Fischer pour la Super League me semble très bien, analyse Christian Constantin, le président du FC Sion. Didier connaît bien les affaires, il fait l’effort nécessaire pour que son club puisse bien se comporter parmi l’élite. J’ajoute que je suis très heureux de voir le Servette FC sur le point de retrouver la Super League. Franchement, je préfère mille fois un derby contre les Grenat qu’un match contre Vaduz.» D.V.


Les structures sportives

La Super League, c’est logiquement la taille au dessus, une élite où tous les clubs travaillent mieux et où la concurrence est donc plus forte.

Servette a déjà fait des efforts pour professionnaliser ses structures sportives.

Cela a commencé il y a un an, avec l’arrivée de Gérard Bonneau. Sur ce plan, c’est le meilleur transfert des coulisses et de loin, il répondait à une nécessité. Gérard Bonneau, c’est le recruteur historique de Lyon (Benzema, Ben Arfa, Fekir, Martial, Lacazette, Umtiti et tant d’autres, c’est lui), il est depuis une tête pensante servettienne. Il dirige la cellule de recrutement, un poste clé: c’est notamment lui, avec Geiger, qui va devoir dessiner les contours du Servette de demain.

Mais il manque au club l’homme essentiel, celui que les dirigeants se fixaient d’engager en priorité depuis un an déjà: un directeur sportif.

Bonneau? Ce serait une bonne idée, il a des contacts dans le milieu, il connaît des gens, Bonneau. Si le Français préfère rester purement dans le recrutement, Servette devra alors trouver la perle rare qui lui fait encore défaut.

Un homme du profil d’Andres Gerber par exemple, le directeur sportif de Thoune. Ou de Christoph Spycher, celui d’YB. Autrement dit des hommes qui connaissent le football suisse et qui ont un regard global sur le fonctionnement d’un club.

René Weiler, qui avait déjà intéressé Servette au printemps dernier, est sur le marché. Un homme comme Adrian Ursea pourrait aussi être un profil intéressant.

Tout cela va de pair avec un projet sportif général pour le club. Là aussi, Servette a déjà pris les devants. Massimo Lombardo a été recruté pour être le directeur technique du centre de formation. Trois entraîneurs (M21, M18, M15) ont été remerciés dans la foulée: c’est le signe d’une direction forte avec de nouvelles exigences pour la post-formation.

À ce titre, le retour attendu de Servette dans l’élite sera capital s’il est justement associé à une politique sportive claire et nette: justement ce que les dirigeants veulent mettre en place, entre le futur directeur sportif, Bonneau et Lombardo notamment. La qualité de la formation étant très élevée à Genève, Servette pourra en profiter avec une première équipe en Super League, plutôt que de voir ses meilleurs éléments partir pour la ligue supérieure, jusque-là. D.V.


La première équipe

Les impulsions sont déjà là et une promotion, encore à confirmer officiellement c’est vrai, s’accompagne souvent d’une belle euphorie. Chapeau aux joueurs et évidemment à Alain Geiger pour ce qu’il a construit en quelques mois.

Seulement voilà: ce qui est vrai en Challenge League ne l’est pas forcément en Super League.

À raison, Geiger a fait de «son» Servette une machine à marquer des buts. C’est bien vu pour la ligue actuelle. Mais cette furia offensive qui fait le bonheur des Grenat ne doit pas se retourner contre eux au sein de l’élite. «Si nous étions en Super League, ce serait dangereux d’ouvrir le jeu comme nous le faisons», expliquait Anthony Sauthier il y a quelques jours en parlant du 4-1-3-2 qui cartonne. Servette devra donc s’adapter. Et Geiger aussi. On ne doute pas un instant que le Valaisan le fera. Il est venu à Genève avec une idée nette et précise de ce qu’il voulait faire: un projet préparé, en fonction des joueurs à disposition et des adversaires. Il fera pareil le moment venu pour la Super League, il y a déjà pensé, sûrement. «De ce que j’ai vu, Servette a déjà une base de travail solide, lance Christoph Spycher. C’est intéressant pour la Super League. Il sera essentiel de bosser dans la continuité, mais aussi d’apporter quelques renforts.»

Le directeur sportif de Young Boys sait de quoi il parle. Défensivement, il faudrait sans doute un latéral droit de plus. Un central aussi. Au milieu, Servette ne peut se passer d’un N° 6 à trouver, qui a le calibre de la Super League. Et il cherchera aussi un homme de couloir, même si Tasar est déjà prévu sur la gauche. Il faut aussi espérer que Gérard Bonneau pourra convaincre Lyon et Cognat pour obtenir une prolongation de prêt. Et il s’agira également de garder à tout prix «Micha» Stevanovic. Le Bosnien, la perle du club, a sans doute une option de prolongation en cas de promotion. Mais bien des clubs lui tournent autour depuis un moment déjà. Enfin, devant, c’est toujours selon les opportunités. Kone semble armé, Schalk devra faire ses preuves face à des défenses plus sérieuses, Alphonse n’est plus tout jeune et Chagas est là. À voir encore si des possibilités se présentent. Idem pour doubler le poste de Wüthrich. Des sujets de discussion en tout cas pour Geiger, Bonneau et le futur directeur sportif, notamment. D.V.

(TDG)

Créé: 04.04.2019, 19h52

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: le congé accordé aux femmes par la Ville fait débat
Plus...