Le derby de la peur pour deux entraîneurs

FootballLe Sion-Servette de samedi soir voit Stéphane Henchoz plus sous pression qu'Alain Geiger. Mais les deux hommes ont besoin de la victoire.

Stéphane Henchoz (à gauche) et Alain Geiger tenteront d’insuffler leur tempérament à leur équipe, samedi à Tourbillon.

Stéphane Henchoz (à gauche) et Alain Geiger tenteront d’insuffler leur tempérament à leur équipe, samedi à Tourbillon. Image: Keystone

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Entre ces deux-là, que tout rassemble et sépare à la fois, la certitude d’un moment particulier. Sion et Servette vont tourner samedi soir une nouvelle page de leur rivalité mouvementée, toujours inscrite dans l’émotion pure. C’est bien sûr le derby des supporters, qui se haïssent cordialement, c’est celui des joueurs, qui doivent porter cette responsabilité sur la pelouse. C’est également celui des entraîneurs, dans ce match de la peur qui ne dit pas son nom.

C’est le contexte forcément particulier de ces duels qui donne de l’épaisseur au choc prévu. Mais c’est aussi l’instantané flou, en écho aux états d’âme actuels des frères ennemis, qui fixe les contours de l’affrontement.

D’un côté Sion, qui reste sur quatre défaites d’affilée. De l’autre Servette, qui alterne défaites et nuls sans plus avoir gagné depuis le 25 août.

Les deux équipes avaient pourtant parfaitement réussi leur entrée en matière au mois de juillet, elles s’égarent ensemble cet automne et, bien sûr, les regards se tournent, à tort ou à raison, vers les deux entraîneurs. Dont les positions respectives ne sont pourtant pas comparables. Les deux ont besoin des trois points du derby, mais pas pour les mêmes raisons.

Henchoz pour les ambitions

Christian Constantin l’a juré, avec cette assurance des phrases toutes faites qui trahissent des pensées inavouables: «Je n’ai pas l’intention de me séparer de Stéphane Henchoz. Il n’est pas du tout en danger, mais il faut quand même qu’il fasse des points et corrige le tir.»

Le technicien fribourgeois a entendu le message. Cette confiance renouvelée à la veille d’un derby vaut plus pour la forme que pour le fond. Parce que si Sion venait à mordre la poussière à Tourbillon devant les Grenat, pour ce qui constituerait alors une cinquième défaite d’affilée, il y a fort à parier qu’Henchoz serait plus rapidement que prévu dans le collimateur de Constantin.

L’omnipotent président n’a pas formé une équipe avec des Kasami, Doumbia et autres Behrami (même s’il est déjà parti) pour végéter dans le ventre mou du classement. Non, avec ce budget qui dépasse les 25 millions de francs, il attend autre chose. On ne sait pas très bien si Henchoz ferait immédiatement les frais d’une défaite, mais une série infernale de revers est toujours synonyme de siège éjectable du côté de Sion. Quel visage les Valaisans présenteront-ils samedi? Celui de la première période si intéressante de dimanche dernier ou les rictus fantomatiques qui ont annoncé l’effondrement après la pause, à Lucerne? Comme Servette, Sion est capable du meilleur comme du pire. Sauf que le Sion de Constantin a été bâti pour jouer les premiers rôles, a minima l’Europe. C’est toute la différence.

Geiger pour ses idées

Pour ce Servette qui a d’abord connu l’euphorie avant de retomber sur terre, la donne n’a rien à voir avec Sion. Pour Geiger non plus, donc. Sion a un budget deux fois supérieur à celui des Grenat, avec ce que cela implique, même si ça ne saute pas aux yeux: un potentiel global plus élevé, un contingent bien plus riche, une vraie profondeur de banc. Non, ces dernières semaines ont tout simplement rappelé la réalité au Servette FC, néo-promu: il doit lutter pour le maintien et ce sera déjà très bien.

Alain Geiger le sait. Mais il cherche encore la formule magique. Le 4-2-3-1 du début de saison? Le 4-1-3-2 de la saison passée, qui a suivi? Le 3-4-2-1 de dimanche passé contre Saint-Gall? Ou cette sorte de 3-4-3 qui s’est parfois articulé après la pause? Par-delà les systèmes, Geiger doit fédérer le groupe autour de ses idées et dans cette exploration, il a besoin de résultats pour ancrer ses schémas dans le réel, sur la durée.

Mais le technicien grenat, élu footballeur valaisan du siècle, n’est pas autant fragilisé que son homologue sédunois. «Je ne me sens pas menacé, non», répond-il tout simplement, presque serein. Il est vrai qu’en matière de recrutement, faute d’avoir la même enveloppe que Sion, Servette a fait avec les moyens du bord. Et que Geiger doit composer avec, un miracle à la Nsame demeurant l’exception. Mais il est vrai aussi que c’est à Geiger d’opérer les bons choix, puisque Servette a des arguments et qu’il l’a déjà démontré.

Samedi, sans que rien ne soit déjà définitif dans un championnat encore long, l’un aura le sourire et l’autre fera la grimace. Seul un succès de Sion peut faire le bonheur d’Henchoz, tout autre résultat sera positif pour le Servette de Geiger.

Créé: 25.10.2019, 14h43

Sion: vaincre le syndrome de Tourbillon

D’un côté, il y a les soucis servettiens, complexes à régler; de l’autre, on trouve ceux du FC Sion, tout aussi nombreux. Un Sion certes capable de flirter avec le sommet mais que quatre revers de rang ont fait plonger dans la crise. Entre la fragile euphorie du début et l’actuelle pesanteur, où situer la valeur des protégés d’Henchoz? Le savent-ils eux-mêmes? En Valais, la semaine a été marquée par une apparente prise de conscience, au niveau de l’implication de chacun par exemple. Confirmation de Mickaël Facchinetti: «À chacun de prendre ses responsabilités. Ce n’est pas une question de coach ou de système. Le problème, c’est nous. Il faut arrêter de se mentir.»

À Riddes, où il a récemment déménagé pour installer son nouveau centre de vie dans de «luxueux» containers aménagés, Sion s’entraîne juste derrière l’enseigne Hornbach. Là aussi, il y a toujours quelque chose à faire tant le chantier paraît vaste. Jeudi, l’ambiance y était studieuse, étonnamment décontractée aussi. La veille, la première équipe avait disposé des M21 6-2. Ce que Sion redoute autant que son hôte, voire peut-être davantage, c’est
de retrouver Tourbillon, où il se sent si peu à l’aise, comptant plus d’échecs – et de sifflets – que de succès à domicile depuis deux ans (12 victoires contre 17 défaites). Pour évacuer le syndrome qui s’est invité, une recette existe, simple. «Même s’il peut y avoir une petite crispation, reconnaît Henchoz, on doit faire tourner les choses en notre faveur.» Allumer pour cela le feu. Sion le peut-il?

Nicolas Jacquier à Riddes

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