Contini et Geiger, deux philosophies opposées

Lausanne - Servette J-1À la veille du derby entre Lausanne et Servette, gros plan sur deux entraîneurs très en vue. Mais pas pour les mêmes raisons.

Si le LS de Giorgio Contini (à g.) ne séduit pas, tant s'en faut, les choix audacieux d'Alain Geiger font le bonheur de Servette.

Si le LS de Giorgio Contini (à g.) ne séduit pas, tant s'en faut, les choix audacieux d'Alain Geiger font le bonheur de Servette. Image: Keystone

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À la veille d’un derby, toutes les vérités se diluent dans une mixture lourde d’émotions, d’espoirs, de certitudes chancelantes. Ce mercredi soir à la Pontaise, quand Lausanne et Servette s’aligneront sur la pelouse, il sera moins question de Vaudois relégués à dix points et jouant leur dernière chance, ou de Genevois sereins prêts à tuer définitivement ou presque le championnat, que de deux équipes dressées sur leurs ergots, la fierté en jeu.

Ce choc au sommet sera aussi celui de deux hommes. Giorgio Contini, celui qui préside aux destinées des Lausannois depuis le mois de juin. Alain Geiger, celui qui a redonné des couleurs au Servette FC cette saison. Tout oppose ces deux hommes. Le point.

Généalogie de leur arrivée

Contini. Il est à Lausanne parce qu’il a été choisi par le directeur sportif des Vaudois, Pablo Iglesias. Après l’ère Celestini et la courte période Borenovic qui ont conduit à la relégation en mai 2018, il y a eu bien des prétendants au poste, de Yakin à Forte en passant par Schürmann, Tami ou Bazdarevic. C’est pourtant Contini qui a remporté les suffrages. Les critères: une expérience à la formation, en Super League et en Challenge League. Toutes les cases étant cochées – et certains concurrents ayant peut-être décliné l’offre –, c’est le Zurichois qui a enfilé le costume.

Geiger. Après s’être séparé de Meho Kodro, Servette a terminé la saison passée en roue libre, loin de Xamax. Il s’est activement cherché un technicien de premier plan. Les dirigeants ont longtemps fait les yeux doux à René Weiler, sans réussir à le convaincre. Avec Celestini, tout était en ordre. Avant une dérobade au dernier moment du Vaudois. Le temps passait et Servette était sans solution. C’est là que Geiger a sonné à sa porte. Personne n’avait pensé à lui? Le Valaisan, un ex-Grenat, a proposé ses services. Avec un plan de travail détaillé de ses intentions, qui coïncidaient avec celles des dirigeants. Bingo!

Les moyens à disposition

Contini. Il est arrivé sous l’ère Ineos. Le nouveau patron du LS brasse des milliards. Il a voulu faire bonne impression en affirmant vouloir tout mettre en œuvre, financièrement déjà, pour que Lausanne retrouve immédiatement la Super League. On parle d’un budget de près de 12 millions et donc d’un contingent qui va avec, à disposition de Contini.

Geiger. Servette est sans doute soutenu par la prestigieuse Fondation Hans-Wilsdorf (Rolex), qui offre des moyens au-dessus de la moyenne à Alain Geiger. Mais encore nettement en dessous des investissements d’Ineos. Le budget approche les 6 millions, soit deux fois moins que pour les Vaudois.

Deux visions du foot

Contini. Pas de miracle: Contini fait du Contini. Avec lui, Lausanne ne séduit pas, loin s’en faut. Sa philosophie de jeu s’articule essentiellement autour d’un bloc défensif relativement bas, favorisant un jeu de transition en rupture. Autrement dit, de la contre-attaque. Il a pourtant à disposition des joueurs pour être autrement plus ambitieux, il y a d’ailleurs un léger mieux ces derniers temps, mais sa stratégie attentiste a longtemps plombé l’ambiance. Avec lui, Lausanne ne perd pas souvent (deux défaites). Mais faute de vouloir vraiment attaquer, il ne sait pas gagner non plus, ou alors pas assez (10 victoires en 26 matches). Alors il enfile les nuls comme des perles: 14 jusqu’à présent. Une conséquence de cette philosophie minimaliste qui veut qu’en ne cherchant pas à faire nettement la différence, on s’expose à de mauvaises surprises? Contini est dos au mur aujourd’hui, condamné à battre Servette et à enchaîner les succès ensuite. C’est encore possible, mais il n’a jamais réussi à le faire jusque-là.

Geiger. Au début, personne ne savait à quoi s’attendre, sinon à un entraîneur «ancienne école». En quelques mois, il a tordu le cou à ces idées. Résolument offensif dans ses choix, il a rapidement compris les dynamiques de la Challenge League, où il faut faire la différence devant, ce qui avait échappé à Meho Kodro. L’homme est prudent dans ses déclarations, audacieux dans ses choix tactiques le plus souvent. Cela a vite fait le bonheur de Servette. Geiger en a surpris plus d’un. Il est à la tête d’une équipe qui respire la santé. Mais attention: c’est justement maintenant qu’il doit concrétiser le travail de toute une saison.

La gestion du groupe

Contini. Lausanne a des moyens. À tel point qu’il peut se séparer de plusieurs joueurs supposément clés à la pause hivernale, de Rapp à Monteiro en passant notamment par Escorza. Ajoutons encore les problèmes liés à Margiotta, qui devait être le grand buteur de la ligue et tout fut compliqué pour Giorgio Contini. Un entraîneur qui a multiplié les choix et les systèmes pour tenter de secouer son équipe. Margiotta, qui s’est excusé de ses états d’âme, sera-t-il l’homme en forme pour la fin de saison du LS? C’est un peu le dernier espoir de Contini, qui n’a pas encore trouvé la formule magique. Mais qui sait…?

Geiger. À tâtons d’abord, il a travaillé dans l’adversité: des joueurs revenant de blessure, des nouveaux arrivants à intégrer, un schéma à définir, un Kone qui a manqué trois mois (problème administratif). Le Valaisan ne s’est jamais affolé. Il avait une vision à long terme. Une fois le début de saison passé, il a dégagé un onze de base et il s’y tient le plus souvent. Un système de prédilection aussi, offensif bien sûr, qui remporte l’adhésion des joueurs. Le groupe est sain, Geiger a su parler aux uns et aux autres de leurs rôles différents.

La réalité du terrain

Le duel entre Lausanne et Servette est aussi celui entre Contini et Geiger, que tout oppose. Les Vaudois s’accrochent encore à un mince espoir de rattraper des Genevois qui, eux, rêvent d’assommer un peu plus le LS. Ce derby sent déjà le souffre. La réalité du terrain donnera son verdict. Pour le championnat, il faudra encore patienter, quoi qu’il arrive.

Créé: 02.04.2019, 11h01

Le regard de Jean-Michel Aeby

Observateur attentif, Jean-Michel Aeby a joué au Lausanne Sport et au Servette FC. L’actuel coach de Carouge, leader en 1re ligue, évoque les deux entraîneurs du derby de mercredi soir (20 heures à la Pontaise).

«Apparemment, Lausanne a bien plus de moyens que Servette cette saison, lance-t-il. Donc pour l’instant, c’est un constat d’échec pour les Vaudois. Et pour Giorgio Contini. Peut-être que le dispositif mis en place par ce dernier ne convient pas aux joueurs? A-t-il misé sur les bons chevaux? On peut se poser des questions. A contrario, Alain Geiger a défini un axe de travail précis, offensif. En plus de plaire, c’est une option logique pour la Challenge League, et pour les individualités présentes également. Je ne sais bien sûr pas ce qui se passera lors de ce derby. Mais je crois que Servette a l’avantage avec sa force de frappe offensive. Surtout avec la défense vaudoise qui n’est pas le point fort. Lausanne doit encore rêver, c’est compréhensible. Mais le LS doit aussi faire attention à la place de barragiste. Aarau n’est qu’à quatre points…»

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