Avertissement sans frais pour un Servette sans mordant

FootballSi le nul de Wil ne remet rien en question, il rappelle certaines réalités aux Grenat. Pour aujourd’hui et pour demain.

Alex Schalk tente d’hypnotiser le ballon. En vain. En délicatesse avec son jeu, Servette a dû se contenter du nul à Wil.

Alex Schalk tente d’hypnotiser le ballon. En vain. En délicatesse avec son jeu, Servette a dû se contenter du nul à Wil. Image: Eric Lafargue

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Le sourire en coin, Ciriaco Sforza assène sa certitude sans broncher. «Servette? Ce nul ne change rien, les Grenat sont de retour en Super League, c’est sûr. Il y a un joli stade à Genève, une belle équipe, de la qualité: c’est très bien pour le foot suisse.» Ce que ne dit pas le nouvel entraîneur de Wil, c’est le piège qu’il a tendu aux Servettiens, qui peut préfigurer de ce qui les attend au sein de l’élite la saison prochaine, puisque la chose semble entendue. Enfin, il faudra bien sûr confirmer tout ça mathématiquement, avec un Lausanne désormais à onze points au classement. Pas de quoi paniquer pour autant dans le clan genevois, où tout le monde reste serein.

En revanche, les contours de ce 1-1 à Wil racontent une histoire sur laquelle Servette ferait bien de se pencher. Bien sûr, il faut remettre les choses dans leur contexte. Ce match nul s’inscrit au bout d’une semaine anglaise qui aura eu pour point d’orgue un inoubliable succès à Lausanne. On se doute que les Grenat ont laissé des forces sur la neige de la Pontaise, mais ils ont surtout été gagnés par beaucoup d’émotions. Un long déplacement dans la banlieue de Saint-Gall commencé le vendredi déjà, une pelouse artificielle, un Wil bien organisé: aucune excuse, juste des circonstances diffuses qui ont anesthésié les élans servettiens.

Cela a donné la première période, souffreteuse, avec ce but d’Audino (31e) derrière lequel les Grenat ont couru jusqu’à la 87e (égalisation de l’inévitable Chagas). Le volume de jeu retrouvé après la pause, la prise de risque en passant à trois défenseurs dès la 70e, la supériorité technique qui se voyait enfin après trop de déchet: il y avait bien des raisons pour voir Servette égaliser. Et manquer de peu à la 95e une entourloupe dont il a le secret, quand Schalk, seul à quatre mètres, plaçait sa tête sur Kostadinovic plutôt que juste à côté. Mais c’est ce qui a précédé qui peut être riche d’enseignements pour Servette en vue du futur.

L’intensité

Le premier constat est désarmant de simplicité: quand Servette ne met pas d’intensité, il redevient banal. Il peut s’en tirer sur un coup d’éclat, parce qu’il possède des individualités supérieures dans cette ligue. Mais sans mobiliser un minimum d’énergie, l’équipe demeure sujette à l’accident, un peu à la manière de Lausanne si souvent cette saison. Cela donne ce but curieux d’Audino, ce centre-tir face à un Sauthier spectateur, qui passe devant Routis et Frick, passifs. Servette n’a pas le luxe de l’attentisme. C’est un travers qu’il peut encore corriger en cours de match, en Challenge League. C’est un poison qui sera fatal à l’échelon supérieur.

La discipline

Ciriaco Sforza a fait des miracles avec Wohlen, il n’y a pas si longtemps. L’homme est expérimenté et connaît son sujet, c’est Wil qui en profite aujourd’hui. Pendant une période, Sforza a pris Servette à son propre jeu en mettant la pression sur le flanc droit des Grenat, là où bien d’autres entraîneurs se méfient du duo Sauthier-Stevanovic. Il a placé Audino très haut, il a demandé à Schmid de venir dans la zone du latéral grenat, tandis que Breitenmoser s’excentrait en direction de Stevanovic. Le Bosnien avait deux hommes dans sa zone (avec le latéral Von Niederhäusern), idem pour Sauthier. Pas de souci quand Servette avait le ballon, mais une fois le cuir perdu, ce double déploiement a gêné les Grenat.

Rien de définitif. Mais dans ce défaut de discipline, avec un Kone discret qui ne venait pas aider ou un Stevanovic trop haut pour boucler les espaces, il y avait aussi un avertissement. On doute fort que Servette puisse ouvrir le jeu en Super League comme il le fait actuellement. On voit ce que cela donne quand un adversaire sait profiter des circonstances. Il faudra plus de discipline encore et sûrement d’autres options. Pas forcément plus défensives, mais en tout cas plus sécurisantes. Il est certain que Geiger y pense déjà.

Les choix

Ces Servettiens méritent tous un grand coup de chapeau. Comme Alain Geiger l’a immédiatement relevé: «On m’aurait proposé ce scénario pour la semaine anglaise, avec les mêmes résultats, que j’aurais signé tout de suite, a-t-il assuré. J’ai d’ailleurs félicité mes joueurs.»

Tous ne sont pourtant pas appelés à avoir des rôles de même importance en Super League. Il va falloir faire des choix. Quid de Schalk, par exemple? Le petit Néerlandais n’est pas Piet Hamberg. Kone sera-t-il ce buteur en chef qui ne s’est pas encore imposé? Et Chagas: quand il rentre, il marque. Il mérite peut-être d’avoir sa chance dès le début à la place de Schalk. Mais rien ne dit qu’il sera aussi efficace en début de match, autrement dit avant que Servette ne jette pas toutes ses forces pour revenir au score. Maccoppi ou Cespedes peuvent-ils avoir l’impact physique suffisant au sein de l’élite? Lyon prêtera-t-il Cognat une saison de plus? Beaucoup de questions fleurissent autour du contingent servettien.

Une raison de plus pour confirmer au plus vite ce dont Sforza et bien d’autres sont certains: la promotion directe. Cela passe déjà par un succès dimanche prochain, à la Praille, contre Chiasso. (nxp)

Créé: 07.04.2019, 18h05

Wil - Servette 1-1 (1-0)

IGP Arena, 1420 spectateurs.

Arbitre: M. Gianforte.

Buts: 31e Audino 1-0; 87e pen. Chagas 1-1.

Wil: Kostadinovic; Gonçalves, Havenaar, Rahimi, Von Niederhäusern; Ze Eduardo, Breitenmoser; Cortelezzi (79e Schällibaum), Schmid (64e Beka, 91e Latifi), Audino (55e Hefti); Silvio.

Servette: Frick; Sauthier, Routis, Rouiller, Séverin (70e Follonier); Cespedes (82e Duah); Stevanovic, Wüthrich (70e Imeri), Cognat; Schalk, Kone (70e Chagas).

Avertissements: 45e Audino (jeu dur), 59e Wüthrich (jeu dur), 80e Rahimi (jeu dur), 92e Imeri (antijeu).

Notes: Servette sans Alphonse, Sarr, Antunes et Lang, tous blessés. Iapichino suspendu. À la 86e, juste avant l’égalisation servettienne sur penalty, Routis, servi en retrait par Duah, expédie un petit missile sur la latte de Kostadinovic.

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