De l’adolescence à l’âge adulte, le nouveau défi de Servette

FootballLes Grenat s’en vont à Bâle avec de nouvelles perspectives, qui dépassent largement le cadre du maintien.

Servette s'habitue à la joie et aux victoires. Il change de statut. Il en est conscient sans se l'avouer encore.

Servette s'habitue à la joie et aux victoires. Il change de statut. Il en est conscient sans se l'avouer encore. Image: Eric Lafargue

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L’insouciance a du bon, elle préserve des questionnements profonds, elle enrobe les pesanteurs d’une légèreté déconcertante, comme si tout était naturel. Servette, ce brillant néo-promu? Il est cet ado insouciant, sans frivolité mais sans gravité. Il promène son bonheur simple comme une envie. Mais il devine aussi, sans s’en inquiéter vraiment, que ce temps béni n’est que transitoire, que s’il aspire à marcher toujours sur ce chemin qu’il se trace, celui-ci l’amène vers l’âge adulte.

Il n’est écrit nulle part que l’on doive forcément oublier cet état de grâce qui porte vers un ailleurs. Il est simplement question de passage. D’une vie à une autre, d’un élan à un autre. Peut-être d’un objectif que l’on pense déjà accompli sans se l’avouer, à un autre différent, plus relevé. Il reste 14 matches cette saison et tout peut encore arriver, il ne faut pas l’oublier. Mais quand Servette affirme, dans la candeur de son adolescence, qu’il vise le maintien, on ne le croit plus totalement. Ou alors on se dit qu’il peut mieux, qu’il peut plus que ça et que ce mieux et ce plus sont justement ce passage à l’âge adulte.

Dernière victoire en 1998

Le Bâle-Servette s’inscrit dans cette parenthèse, parce que tout raconte une forme de transition. Ici, pas de pression. Les Grenat peuvent bien perdre au Park Saint-Jacques que rien ne serait remis en question. Mais ils savent tous qu’ils peuvent aller à Bâle pour gagner, pour grandir encore. À Bâle, là où Servette ne s’est plus imposé en championnat depuis le 25 octobre 1998. Bien sûr, les déboires extra-sportifs du club n’ont pas souvent autorisé les joueurs à se mesurer aux Bâlois. Mais quand on caresse avec légitimité l’idée d’effacer plus de vingt ans de disette, c’est que les mentalités changent. Dans le groupe et en dehors.

Le 25 octobre 1998, il y avait Éric Pédat sur le terrain. C’était la saison du titre de champion – le dernier en date –, qui se matérialisera à la Pontaise le 2 juin 1999. Le portier grenat n’a pas oublié. «Cela fait depuis tout ce temps que Servette n’a plus gagné à Bâle?, s’interroge-t-il. Ça fait un bail, même s’il y a eu les soucis que l’on sait. Je me rappelle des deux buts de Frank Durix. Et j’espère maintenant que le Servette d’aujourd’hui va revenir, dimanche, avec cette victoire que l’on attend donc depuis si longtemps. C’est le moment. Il y a la confiance, un Servette en pleine bourre, cela fait tellement plaisir à voir. Et puis, un succès ne serait même pas une surprise.»

C’est vrai. Servette vainqueur à Bâle, cela ne surprendrait même pas et cette seule prise de conscience dit tout de ce qui se passe. «J’aime bien l’image de l’adolescent qui passe à l’âge adulte, c’est beau, lance Pédat. Mais c’est comme si les Grenat avaient des ambitions d’adultes en tête, gagner à Bâle, viser l’Europe, le tout avec un comportement d’ado qui ne se pose pas de question. Et c’est parfait comme ça pour le moment. La saison prochaine, ce sera différent, il y aura d’autres attentes peut-être, l’âge adulte pour de bon. En attendant, quand on est sur son nuage, il faut en profiter. En se protégeant un peu, en rappelant que l’objectif était et reste le maintien, mais en cultivant cette volonté de gagner à Bâle et ailleurs, en voyant plus loin sans être prétentieux.»

Le bon équilibre

Servette ne cesse de grandir. Il en est même pour rêver tout haut de 18e titre, cela fait si longtemps que les supporters ravalent ces espérances-là. Il faut se méfier de ces bonheurs projetés, fantasmés, ils froissent les équilibres construits. Les mirages sont dangereux. Au fond, les Grenat sont aujourd’hui dans la bonne posture: conscients de leurs qualités, de leurs possibilités et battre Bâle à Bâle en fait partie, lucides également sur la fragilité de ce nouveau statut qu’ils ont mérité.

L’adolescent devient adulte, parce que c’est la logique des choses. Il lui faut juste l’accepter sans se perdre en chemin. Rien n’indique que cela puisse arriver, pas même la possibilité d’une défaite à Bâle, quand on s’est offert la liberté d’y aller pour gagner.


Bâle est de retour moins fatigué que requinqué

Jeudi soir, les Bâlois étaient à Chypre, opposés en seizième de finale aller de l’Europa League à l’APOEL Nicosie. Verdict sans appel, victoire des Rhénans 3-0, qui reviennent en Suisse moins fatigués que requinqués. Alain Geiger n’a pas perdu une miette de ce match, bien sûr.

«Bâle s’est déjà qualifié, en un match, presque un match amical, lance l’entraîneur grenat. Les Bâlois ont retrouvé de la stabilité, même face à une équipe moins forte. Il ne faut pas se tromper, Bâle, c’est du solide. Cela dit, la période où un point à Saint-Jacques était considéré comme une belle opération est révolue. Nous allons sur place pour gagner. Il faudra être au top. Mais on sait l’être. Alors c’est cette dynamique qui doit nous inspirer. Tout cela est très motivant.»

La troisième place en ligne de mire, l’Europe, de quoi faire tourner les têtes? «Non, il faut être réaliste, on ne va pas changer notre fusil d’épaule et rester sur ce qu’on sait faire, lance Geiger. Autrement dit, jouer, sans se projeter. On verra plus tard où cela nous mène.»

Il faudra pourtant se méfier de ce Bâle qui a perdu ses deux matches à domicile en 2020 (contre Saint-Gall et, camouflet, contre Thoune). Il y a un sentiment de révolte qui semble souffler. Et un autre, de revanche, après le 2-0 que Servette avait infligé aux Bâlois à Genève, le 23 novembre. D.V.

Créé: 21.02.2020, 17h18

En direct du vestiaire

Le match Bâle-Servette, Park Saint-Jacques, dimanche, coup d’envoi à 16 heures.

Les absents Servette est toujours privé de Schalk et de Park (blessés). Le Néerlandais doit faire preuve de patience encore. Le Coréen en a pour encore deux semaines. À Bâle, Bua, Kuzmanovic, van der Werff, van Wolfswinkel, et Zuffi sont blessés.

Le contexte Servette reste sur une superbe victoire à domicile contre Zurich (4-1). Rien ne semble devoir perturber le groupe, pas même les absences de Schalk et de Park. Cognat compense à gauche, Tasar commence à se trouver de l’allure devant. Avec une victoire, les Grenat seraient à égalité avec les Bâlois au classement, sur la troisième marche. Bâle reste sur une défaite humiliante à domicile contre Thoune, lanterne rouge. Mais vient de gagner 3-0 à Chypre contre APOEL Nicosie.

Le mot de Geiger «Pour gagner, il faudra de l’intensité, des occasions et de la précision à la conclusion.» D.V.

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