Roi de Melbourne, Novak Djokovic invente un concept: la fragilité intraitable

TennisSacré pour la 8e fois en Australie, le Serbe est plus que jamais le patron du circuit. Mais sa victoire sur Thiem a laissé entrevoir d’étranges fêlures.

Djokovic est passé par bien des états, dimanche, avant de décrocher son 17e titre en Majeur, le 8e à Melbourne.

Djokovic est passé par bien des états, dimanche, avant de décrocher son 17e titre en Majeur, le 8e à Melbourne. Image: Keystone

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Comment donc un si grand champion peut-il être à la fois si instable et si implacable? Sans doute qu’une finale étrange suscite des questions bizarres. Mais alors que Novak Djokovic soulevait pour la huitième fois le Norman Brookes Trophy dans le ciel de Melbourne, les images de sa victoire en cinq manches face à Dominic Thiem se mélangeaient jusqu’à en brouiller le sens. Fallait-il s’incliner comme si souvent devant le patron de janvier, invaincu en treize matches «Down Under»? Chercher le sens de cette incroyable parenthèse autodestructrice qui faillit lui faire perdre sa première finale sur la Rod Laver Arena? Ou encore admirer la résilience historique d’un champion sans cesse capable de repousser ses limites?

Puisque la première option renvoie plutôt à sa démonstration de 2019 contre Nadal (et seulement à ses cinq premiers jeux de ce dimanche), il faut sans doute se concentrer sur les deux suivantes. Si Novak Djokovic se réveille ce matin avec dix-sept titres du Grand Chelem, c’est parce qu’il a changé le cours d’une finale qu’il lui échappait. «Je n’étais vraiment pas loin de perdre, admettait le nouveau No 1 mondial. À un moment, je me suis vraiment senti mal. Mon niveau d’énergie s’est écroulé. Je n’étais pas blessé mais j’avais des vertiges (ndlr: «dizzy»). La doctoresse m’a dit que j’étais déshydraté et on a tout essayé — boissons, gels, barres — pour me redonner des forces. Au début du quatrième set, j’ai eu de la chance de sauver cette balle de break en tentant un service-volée. C’était du tout ou rien.»

«Tout ou rien», soit l’antithèse de Novak Djokovic, le parfait contraire de sa «philosophie de jeu», comme diraient les footballeurs. Lui, le maître de la «gestion des risques», a donc sauvé sa finale sur un coup de poker. Il a forcé son destin grâce à cette audace que le public se lasse de voir interdite de son répertoire. Pourquoi est-ce si important? Parce qu’avant de prouver encore une fois sa formidable faculté de résilience, «Nole» avait totalement dégoupillé, visiblement agacé d’entendre la Rod Laver Arena prendre parti pour son adversaire. «J’ai très bien débuté. Puis il s’est passé quelque chose avec mon niveau d’implication émotionnelle. Dominic a peu à peu dominé les échanges. Et je me suis mis à stresser sur mon jeu et sur ce qu’il se passait autour.»

L’armure se fend

L’aveu ne saurait être plus clair. Il raconte l’autre facette du serial winner Novak Djokovic, celle du champion sensible qui ne comprend pas pourquoi il crispe les foules. «J’en ai fini avec le chapitre de ma carrière où un objectif en chassait un autre. Désormais, je cherche autre chose», expliquait-il au «New York Times» à l’intersaison. De l’amour, la reconnaissance du ventre, voilà ce que recherche le No 1 mondial. Et quand on les lui refuse — avant même qu’il s’énerve — l’armure se fend. Un peu. Car le miracle permanent de Djokovic reste son art de se regrouper, d’enfouir ses atermoiements pour redevenir un obsédé du résultat. «Quand ils criaient «Roger, Roger», j’entendais «Novak»», avait-il expliqué à Wimbledon dans un parfait résumé de ses facultés mentales hors norme.

Dimanche, la Rod Laver Arena n’a jamais chanté pour Thiem. Mais elle l’a porté jusqu’à dévoiler l’une des rares failles de Djokovic: sa fragilité émotionnelle. Touché au plus profond de son être, «le roi de Melbourne» vacilla une petite heure. Avant de prendre cinq minutes et de redevenir intraitable.

Créé: 02.02.2020, 20h04

Sofia Kenin, nouvelle promesse du grand carrousel

Sofia Kenin a tenu parole. Quelques heures après avoir terminé sa première finale de Grand Chelem «au septième ciel», elle a pris le temps d’enfiler une robe de couturier pour aller présenter son trophée sur les bords de la Yarra. La coquetterie ne relève pas du détail. Elle raconte une demoiselle qui attendait pareil honneur depuis l’enfance. «J’ai toujours eu confiance en moi. Je savais qu’il fallait que je m’impose, que je me fasse une place pour avoir une chance d’atteindre mes objectifs», racontait l’Américaine deux heures après son triomphe face à Garbiñe Muguruza (4-6 6-2 6-2).

Ses mots ne faisaient alors que confirmer le spectacle présenté durant deux semaines. Montée sur des ressorts, expressive parfois jusqu’à la caricature, Sofia Kenin a traversé cet Open d’Australie portée par une sorte d’élan adolescent. Le genre d’état qui vous transforme en bombe d’authenticité et d’évidence. La meilleure démonstration sur le court? Ses cinq coups gagnants à 2-2 au troisième set pour sauver trois balles de break et faire basculer toute la pression sur les épaules de Muguruza. «Je me souviens parfaitement de ce jeu. Il fallait que je sorte mon meilleur tennis. Après ça, j’étais en feu, prête à soulever la coupe.»

Ce matin, Sofia Kenin se réveille septième joueuse mondiale. Elle est aussi le onzième visage titré en Grand Chelem depuis trois ans (seules Osaka et Halep ont triomphé deux fois) et la dix-septième championne de Majeur active sur le circuit WTA. Des chiffres qui soulignent une fois encore l’extraordinaire densité du tennis féminin et posent cette question: L’Américaine sera-t-elle un météore ou une héritière? «J’adorerais enchaîner, ce serait juste génial. Mais pour l’instant, je n’arrive pas à croire ce qu’il m’arrive. Donc il faudra que les émotions retombent d’une façon ou d’une autre.

Et j’espère pouvoir ensuite construire sur le vécu empilé durant ces deux semaines de rêve.» D’autres avant elles ont cru s’installer. Elles y croient encore.

M.A

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