Le rêve d'Alan Roura a le goût du sel et l'odeur de la colle

VoileA 23 ans, le skipper genevois est le plus jeune participant - et seul Suisse - du Vendée Globe 2016. Portrait.

Le skipper Alan Roura quittera le plancher des vaches le 6 novembre prochain.

Le skipper Alan Roura quittera le plancher des vaches le 6 novembre prochain. Image: Jean-Paul Guinnard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dans la campagne vaudoise, plus exactement à Champagne, pas la moindre trace d’eau salée… A part sur les joues d’Alan Roura, venu présenter son aventure de marin du Vendée Globe chez un de ses sponsors, La Fabrique, et qui craque au moment de remercier tous les gens qui croient en lui. Plus précisément, la petite équipe de trois personnes qui l’entoure au quotidien et travaille bénévolement en multipliant les heures et les nuits blanches. Sa voix se casse et ses yeux s’embuent. Le battant de 23 ans redevient soudain humain: la joie, l’émotion et la fatigue le bousculent autant que les quarantièmes rugissants.

Départ garanti

Il y a moins d’une année, participer à la mythique épreuve du tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, n’était encore qu’un rêve lointain. «Aujourd’hui, je sais que je vais prendre le départ dans deux semaines, même si le budget est loin d’être bouclé.» Il sait aussi que, dans le fond, cette course n’est pas en solitaire.

«Outre mon équipe de potes un peu fous, il y a sans cesse des gens qui, aux Sables-d’Olonne, sont employés par d’au­tres skippers mais viennent bricoler sur le bateau lors de leur jour de congé.» Et puis, c’est une épreuve par étapes. «C’est vrai qu’on peut dire ça! Et j’ai déjà bouclé les deux premières: l’acquisition d’un bateau, et pas n’importe lequel (ndlr: l’ancien «SuperBigou», 16 ans, construit par une des idoles d’Alan Roura, Bernard Stamm, qui a été entièrement remis à neuf hormis la coque, qui est d’origine), puis la qualification pour le Vendée!»

Le tour du monde pendant onze ans

Pour ce gamin qui a toujours eu les pieds dans l’eau – ses parents l’ont emmené vivre sur un bateau sur le Léman à 2 ans, puis faire le tour du monde à bord de la vaillante Ludmilla –, la recherche de fonds, puis la gestion de la vague médiatique, qui se fait de plus en plus impressionnante, sont sans doute beaucoup plus difficiles qu’affronter l’océan. «La mer, je la respecte autant que je l’aime. Je ne veux pas la dompter, juste vivre cette magnifique aventure avec elle.»

Et même s’il avoue vraiment apprécier les longs moments de solitude qu’il passe en course, il affectionne aussi l’humain. «Si je le pouvais, je naviguerais sur un bateau aux couleurs des Restos du Cœur avec un énorme Coluche sur ma voile… En parlant d’associations, je suis le parrain des Marins sans frontières, qui achètent des bateaux et les retapent pour les donner ensuite à des pays qui n’en ont pas afin de faire du sauvetage en mer. Lors de mon tour du monde en famille, j’ai vu la détresse des gens de mes propres yeux.»

«La mer, je la respecte autant que je l’aime. Je ne veux pas la dompter, juste vivre cette magnifique aventure avec elle»

En plus de sa maturité évidente, son teint mat, sa barbe fournie et son visage marqué par le soleil et les embruns depuis son enfance ne trahissent pas sa jeunesse. «Mais comme j’en ai marre que l’on me parle de mon âge, sourit le Genevois que soutiennent aussi des sponsors vaudois. Je ne suis pas là pour battre un record. Si les médias aiment répéter que je n’ai que 23 ans, au niveau de la recherche de sponsors, ma jeunesse est un vrai cauchemar!»

Pourtant, son jeune âge, son culot et surtout son incroyable travail en ont fait la coqueluche du village de course des Sables-d’Olonne, aussi bien au niveau des visiteurs que des autres skippers. «C’est absolument fou ce qui se passe là-bas. Chaque jour, entre 50 000 et 80 000 personnes se pressent sur le ponton. Je suis obligé de mettre ma cagoule et des lunettes si je veux arriver jusqu’au bateau pour y travailler sans passer des heures à signer des autographes. Mais ma satisfaction est énorme, quand on nous répète que nous avons transformé le bateau de manière extraordinaire, que nous avons fait des miracles avec notre budget dérisoire (ndlr: ils ont récolté 370'000 francs et le budget est fixé à 415'000 francs). La preuve que, quand on veut, on peut! Une mère de famille est même venue me remercier en me disant: «Mon fils a le même âge que vous et il ne fait rien. J’espère que vous allez l’inspirer!»

Comme il a été inspiré par les explorateurs, les aventuriers et les marins de tous les temps, mais surtout par Ellen MacArthur, petit bout de femme anglaise qui, après avoir terminé 2e du Vendée Globe 2000, refusait de quitter son bateau. «Si moi aussi j’arrive à boucler ce tour, je suis sûr que ce sera pareil: ce voilier, c’est mon meilleur ami!» (TDG)

Créé: 25.10.2016, 10h36

Carte d'identité

Né le 2 février 1993, à Onex (GE).

Cinq dates importantes

1998 A 5 ans, il a déjà son premier voilier, un Optimist.

2008 S’achète son premier Mini et s’entraîne seul dans les Caraïbes.

2012 La croisière familiale autour
du monde prend fin après onze ans d’aventure.

2013 L’arrivée de la Mini Transat.
«Un moment extraordinaire.»

2016 «Une date importante dans le futur», le 6 novembre, soit le départ du Vendée Globe.

Articles en relation

Alan Roura en solo sur le lac en attendant le Globe

Voile Le Genevois s’aligne sur la «Translem» ce week-end, histoire de souffler un peu, lui qui prépare le prochain Vendée d’arrache-pied. Plus...

Le Genevois Alan Roura sera au Vendée Globe

Voile Alan Roura sera le plus jeune navigateur de l'histoire du Vendée Globe. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Berne offre un milliard à Sion 2026
Plus...