Novak Djokovic, autorité retrouvée d’un US Open de folie

TennisLe Serbe est redevenu le patron du circuit au bout d’une quinzaine étouffante, hystérique et pleine d’intrigues. Bilan.

Avec ce succès à l’US Open, Novak Djokovic ajoute une 14e ligne à son palmarès en Grand Chelem.

Avec ce succès à l’US Open, Novak Djokovic ajoute une 14e ligne à son palmarès en Grand Chelem. Image: Keystone

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Serena Williams en larmes, Roger Federer à l’agonie, Rafael Nadal qui jette l’éponge, Mohamed Lahyani au placard, cet US Open du cinquantenaire restera comme un immense piège tendu à ses idoles historiques. Une étrange fournaise iconoclaste au milieu de laquelle les acteurs ont «essayé de survivre» (formule phare des conférences de presse). Est-ce une fâcheuse coïncidence ou un signe des temps? À l’heure où le tennis lutte en coulisses pour la survie de son modèle économique, la question était sur toutes les lèvres dimanche soir. Tentative de bilan d’une quinzaine folle.

Novak Djokovic, nouvelle valeur étalon

Il aura donc fallu attendre le dernier match du tournoi pour retrouver l’ordre et le calme. La clique de Tandil et les chants argentins n’y pouvaient rien, Novak Djokovic était bien trop solide pour se laisser distraire dans sa quête d’un quatorzième titre du Grand Chelem. Voilà donc «Nole» à hauteur de Pete Sampras, de retour sur la même planète que les deux autres monstres de notre époque. «Je pense que Federer (20 titres) a encore une saison complète, peut-être deux, dans les jambes et Nadal (17) sera compétitif s’il n’est pas blessé, se projetait Patrick McEnroe à l’antenne d’ESPN. Mais à 31 ans et dans une telle forme physique, c’est Novak qui semble être en meilleure position pour prétendre au record.» Les aléas des quatre dernières saisons imposent en réalité un peu de réserve sur le sujet. Mais Novak Djokovic possède en effet un atout maître: l’emprise qu’opère sur la concurrence le souvenir de sa «domination cosmique» (6 Majeurs sur 8 entre les étés 2014 et 2016). «Il n’est plus qu’à ça de son niveau d’alors», a jugé Darren Cahill en montrant un écart minuscule entre ses doigts. Un constat qui n’intéressait pas le héros de la quinzaine: «Je ne veux pas comparer. Après tout ce que j’ai vécu ces derniers mois, je veux rester dans le présent: travailler et profiter.» Pour mieux gagner.

Les apprentis sorciers des surfaces

Si Novak Djokovic a pu absorber la puissance adverse comme il sait si bien le faire, c’est aussi que les courts de Flushing étaient «les plus lents depuis vingt ans» (dixit Federer). Une évolution qui a logiquement consacré comme plus beau match du tournoi un sublime Nadal - Thiem, soit le remake de la finale de Roland-Garros. Ce ralentissement est-il scandaleux ou dommageable? Non. Mais qu’en est-il de ses motivations? Durant dix jours, le directeur du tournoi, David Brewer, a nié l’évidence. Puis Jim Courier a vendu la mèche au micro d’Amazon Prime: «Les organisateurs ont ajouté un peu de sable dans la peinture pour la ralentir et avantager les joueurs Américains.» Deux jours plus tard, Brewer confessait «une légère retouche délibérée».

Après l’Australie, qui a choisi d’accélérer ses terrains en rêvant de consacrer Federer puis Kyrgios (mission réussie pour le premier), l’US Open est donc le deuxième Majeur à jouer les apprentis sorciers pour des raisons marketing. «J’espère que les évolutions de surface seront dorénavant communiquées à l’avance aux joueurs et coaches afin qu’ils puissent s’y préparer», a recadré Magnus Norman. Ce serait la moindre des choses.

Les polémiques d’un pouvoir qui s’effrite

Jamais un tournoi du Grand Chelem n’a été traversé par autant de polémiques concernant l’arbitrage. Les visibles et les souterraines. Dans la première catégorie, le grand écart entre le coaching surréaliste de Mohamed Lahyani à Nick Kyrgios et l’intransigeance légaliste de Carlos Ramos face à Serena Williams a mis en lumière deux faces de l’arbitrage. Celle au secours du spectacle et des joueurs (Lahyani) et celle au service des règles et des institutions (Ramos). L’une moderne, l’autre historique (souvenez-vous de Jacques Dorfmann ou de Hingis en finale de Roland-Garros). Sans doute faut-il se demander si les excès du premier n’ont pas un peu provoqué la rigueur du second? Et surtout si ce fossé n’est pas le symptôme d’une lutte plus profonde.

Présent à New York pour négocier les dates de sa future Coupe Davis, Gerard Piqué est en effet en train de faire exploser l’équilibre du milieu. Tout le monde panique ou se frotte les mains – on parle d’un «scénario Armageddon» avec la création d’un circuit parallèle – et chacun cherche à innover pour résister. Ainsi le conclave des Grands Chelems aurait décidé d’introduire un tie-break au cinquième set en Australie (6-6) et à Wimbledon (12-12). La vénérable institution londonienne serait même sur le point de changer son règlement pour éviter de revivre une demi-finale sous toit un samedi de ciel bleu (Nadal - Djokovic). Preuve que de Londres à New York, le tennis n’est pas toujours très à l’aise avec sa modernité. (TDG)

Créé: 10.09.2018, 22h11

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