«Nous ne sommes plus dans un monde de toxicos»

CyclismeAntoine Vayer, ex-entraîneur de Festina, pose un regard adouci sur le dopage dans le vélo. Mais la lutte n’est de loin pas finie.

Pour Antoine Vayer, le cyclisme professionnel a profondément changé, «il y a un retour du bio, du naturel».

Pour Antoine Vayer, le cyclisme professionnel a profondément changé, «il y a un retour du bio, du naturel». Image: DR

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Il a connu le scandale Festina de l’intérieur. Puis il a consacré sa verve et ses compétences à lutter contre le fléau. Antoine Vayer, pourfendeur acharné du dopage dans le cyclisme, continue à jouer son rôle d’agitateur. Il nous a consacré une petite heure pour faire le point, avant le départ du Tour de France à Bruxelles.

Vous sentez-vous en sécurité sur ce Tour, sans garde du corps?

Oui, complètement. Je connais de mieux en mieux les gens du Tour, à commencer par les coureurs. Après avoir été voué aux gémonies et ostracisé, il y a un retour de manivelle. On me donne raison sur ce que j’ai pu dire ou faire. Dans le vélo, c’est comme avec la bouffe: il y a un retour du bio, du naturel. Je suis de ce mouvement-là. Donc tout se passe de façon courtoise, même s’il y en a toujours qui ne comprennent pas.

Comment résumeriez-vous votre rôle aujourd’hui?

La mouche du coche, le poil à gratter. J’ai mes curseurs, mes données. Je dis que tout va bien, sauf quand un truc me paraît anormal. Je dresse des portraits physiologiques, je tiens les comptes. Et quand ça clignote, je dis pourquoi et comment. J’œuvre pour le bien du vélo. Je rencontre des gens, je leur parle, comme à David Lappartient (ndlr: président de l’UCI), que je suis allé voir dès sa nomination. Parfois, on m’écoute. Parfois, je suis déçu.

À quel propos, par exemple?

Le gros cancer, ce sont les corticoïdes. La priorité, c’est de virer ça. Sur ce point, on n’a pas avancé d’un centimètre en vingt ans, c’est comme pour Lance Armstrong en 1999: il suffit de dire que c’était dans une pommade et hop, ça passe. On a même reculé, puisque tout le monde le sait. Avec les «corticos», ils font ce qu’ils veulent. Or si tu sais les manier, c’est une bombe!

Tout cela n’est pas très en accord avec la notion de bio que vous évoquiez…

Il y a plein de mecs qui marchent relativement bien, alors qu’ils sont propres. Un bon entraînement offre une marge de progression énorme. Les bons deviennent très bons et les tricheurs, qui ne peuvent plus se doper autant qu’à l’époque, redescendent d’un cran. Les courbes se croisent presque, mais pas tout à fait: ceux qui trichent bien restent devant. Ce printemps, il y a eu une vague de dépression dans le peloton. Parce que les gars n’y arrivaient pas, face à l’armée des ombres. Sur Paris-Nice, c’était du grand n’importe quoi.

Donc on est toujours dans un cyclisme à deux vitesses?

Oui, de plus en plus. Même si le paradoxe veut que les gars se dopent moins.

Comment se dope-t-on, à présent?

On est dans le microdopage, qui fonctionne très bien sur des organismes ultrapréparés. Une petite dose de corticoïdes agit bien mieux sur un organisme de 60 kilos que 75. Le changement de sang, on sait. Avec un peu d’aide, chaque coureur peut le faire comme vous et moi allons faire pipi. Mais plein de coureurs que je connais et qui marchent déjà très bien sans ça, refusent. C’est hyperpositif: quand les vieux qui règnent encore auront disparu, on arrivera peut-être au stade où les gentils battront les méchants. À moins que les méchants ne restent trop méchants…

Ou que certains gentils ne deviennent méchants…

Oui. Mais le milieu est maintenant moins enclin à proposer. Avant, tout le monde sollicitait tout le monde, c’était un passage obligé. Il y a douze ans, rien que dans les encadrements, je connaissais des dizaines de mecs sous pot belge. C’est fini. Nous ne sommes plus dans un monde de toxicos. Avant, de nombreux coureurs étaient des junkies – pas mal sont morts, par suicide ou non. On est passé de la louche au milligramme. Les nutritionnistes ont pratiquement pris le pouvoir sur les médecins, avec les corps cétoniques par exemple.

Qu’est-ce?

Un composé organique qu’une boîte a réussi à synthétiser. Les Sky (ndlr: ex-Ineos) ont initié ça. Pour vulgariser, cela fait fondre les graisses sans perdre de puissance – quand on n’en gagne pas.

Du coup, quel regard porter sur la supériorité présumée d’Ineos?

Ineos est très bien organisé, avec de gros moyens. Tout est huilé, maîtrisé de A à Z. C’est froid, pragmatique. J’ai établi un palmarès des gars qui ont terminé le Tour le plus loin du vainqueur avant de le gagner. Les premiers, ce sont Geraint Thomas, Chris Froome, Bradley Wiggins et Miguel Indurain. Des gars qui viennent du diable vauvert, comme s’ils avaient subi une mutation. Si Bernal gagnait le Tour, j’y verrais une logique, parce que ce gamin a toujours marché. Mais quand des mecs taillés pour les classiques se mettent à monter des cols comme des cabris…

Bref, il y aura toujours du dopage…

Pas si le vélo fait son boulot au niveau politique, avec des vrais enquêteurs. Dans l’absolu, il y a mille mecs à suivre à la trace. Il ne faut pas déconner, c’est possible.

Qui va le gagner, ce Tour?

Normalement, ce sera Egan Bernal. Je pense qu’il va prendre le maillot jaune à la Planche des Belles Filles (ndlr: jeudi) et le garder jusqu’au bout. Thibaut Pinaut a faim, mais il se contentera de gagner une étape, du podium et du statut de premier Français.

Créé: 08.07.2019, 22h06

Champagne pour Julian Alaphilippe!

Julian Alaphilippe a parfaitement réussi son coup, ce lundi au cœur des vignobles de Champagne. Le Français de la formation Deceuninck-Quick Step a fêté l’arrivée du Tour dans l’Hexagone en remportant la 3e étape entre Binche et Épernay (215 km). Parti en solo à seize bornes de l’arrivée, il n’a pas flanché dans les ultimes coteaux pour prendre le maillot jaune, chose qu’aucun Tricolore n’avait réussie depuis Tony Gallopin en 2014.

«C’est difficile de répondre présent quand on est attendu, a dit Alaphilippe, très ému une fois la ligne franchie. Ce maillot jaune, c’est la récompense de tout le travail accompli depuis que je suis monté sur mon premier vélo. Maintenant que je l’ai, je vais tenter de le garder le plus longtemps possible, histoire de bien savourer.»

Celui qui avait terminé meilleur grimpeur du Tour de France 2018 ne devrait pas avoir trop de mal à défendre sa tunique mardi, au cours d’une quatrième étape a priori réservée aux sprinters entre Reims et Nancy.

Déjà vainqueur cette saison de Milan-San Remo et de la Flèche wallonne notamment, Julian Alaphilippe ne cesse, à 27 ans, d’étoffer sa carte de visite.

Classements

Tour de France. Classement de la 3e étape disputée entre Binche et Epernay (215 km): 1. Alaphilippe (Fra/DEC) les 215,0 km en 4 h 40’29. 2. Matthews (Aus/SUN) à 26’’. 3. Stuyven (Bel/TRE) à 26’’. 4. Van Avermaet (Bel/CCC) à 26’’. 5. Sagan (Slq/BOR) à 26’’. 6. Trentin (Ita/MIT) à 26’’. 7. Colbrelli (Ita/BAH) à 26’’. 8. Meurisse (Bel/WGG) à 26’’. 9. Van Aert (Bel/JUM) à 26’’. 10. Pinot (Fra/FDJ) à 26’’. 11. Benoot (Bel/LOT) à 26’’. 12. Bernal (Col/INE) à 26’’. 13. Thomas (GB/INE) à 31’’. 14. Fuglsang (Dan/AST) à 31’’. 15. Martin (Fra/WGG) à 31’’. 16. Bardet (Fra/ALM) à 31’’. 17. Kruijswijk (PB/JUM) à 31’’. 18. Lutsenko (Kaz/AST) à 31’’. 19. Molard (Fra/FDJ) à 31’’.
Puis: 23. Nibali (Ita/BAH). 24. Konrad (Aut/BOR). 25. Yates (GB/MIT). 29. Landa (Esp). 30. Valverde (Esp). 35. Quintana (Col), tous à 31’’. 55. Reichenbach (S) à 45’’. 59. Frank (S) à 1’13. 80. Teunissen (PB) à 4’54. 85. Küng (S) à 8’35. 135. Schär (S) à 13’58.

Classement général: 1. Alaphilippe en 9 h 32’19. 2. Van Aert à 20’’. 3. Kruijswijk à 25’’. 4. Bennett (NZ) à 25’’. 5. Matthews à 40’’. 6. Bernal à 40’’. 7. Thomas à 45’’. 8. Mas (Esp) à 46’’. 9. Van Avermaet à 51’’. 10. Kelderman (PB) à 51’’.
Puis: 12. Pinot à 52’’. 21. Nibali à 1’01. 25. Fuglsang à 1’06. 31. Reichenbach à 1’11. 41. Quintana à 1’30. 42. Valverde à 1’30. 43. Landa à 1’30. 51. Bardet à 1’44. 60. Frank à 2’26. 72. Teunissen à 4’38. 81. Küng à 9’01. 145. Schär à 15’52.

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