Michel Platini: «Je ne m’interdis rien»

FootballL'ex-président de l'UEFA est revigoré par le courrier de la justice suisse qui indique qu’aucune charge n’est retenue contre lui. Rencontre.

Michel Platini, ex-président de l’UEFA, poursuit son combat afin de laver son honneur. Son objectif est aussi d’arriver à changer le mode de fonctionnement de la justice de la FIFA.

Michel Platini, ex-président de l’UEFA, poursuit son combat afin de laver son honneur. Son objectif est aussi d’arriver à changer le mode de fonctionnement de la justice de la FIFA. Image: AFP/FABRICE COFFRINI

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Michel Platini est attablé dans l’une des salles de l’Hôtel Real à Nyon. Détendu, il nous accueille par un souriant «Que puis-je pour vous?» Visiblement, la lettre du Ministère public de la Confédération, reçue le 24 mai, continue de le mettre en joie. Dans celle-ci, le procureur Cédric Remund mentionne qu’aucune procédure n’est menée à son encontre dans l’affaire des 2 millions de francs que lui a versés la FIFA, sur la base d’un contrat oral avec Sepp Blatter. Mais pour l’ancien numéro 10 de la Juventus, suspendu par la FIFA jusqu’en automne 2019, il ne s’agit que d’une étape.

Est-ce que votre téléphone a explosé depuis que vous avez reçu le courrier du Ministère public de la Confédération (MPC)?

Oui et le téléphone continue de chauffer! Il y a énormément d’appels et de messages de sympathie.

Cela vous surprend?

Non pas du tout. Les gens savent depuis le début que cette histoire a été montée de toutes pièces par la FIFA pour n’empêcher de devenir président. Et maintenant, cela vient d’être confirmé noir sur blanc par le Ministère public de la Confédération.

Quand votre avocat vous a montré le courrier du MPC, qu’avez-vous fait?

J’ai fêté cette bonne nouvelle plusieurs soirs d’affilée. Et croyez-moi, je vais encore la fêter. Tout cela me donne une formidable énergie pour m’engager dans un combat qui me tient à cœur: mettre fin aux dérives de la justice sportive.

Au lendemain de l’annonce par «Le Monde», le porte-parole du MPC a indiqué que rien n’était terminé et que la situation pouvait évoluer en fonction des résultats de l’enquête contre Sepp Blatter, qui lui est inculpé. N’êtes-vous pas trop optimiste?

Non, le procureur a été très clair: la procédure n’est pas dirigée contre moi et aucune charge n’a été retenue à mon encontre après une enquête approfondie. Il l’avait du reste déjà indiqué oralement à mon avocat, avant de lui écrire.

Il y a quelques mois, vous nous aviez confié votre volonté d’aller jusqu’au bout, à savoir réussir à laver votre honneur. Est-ce que vous vous sentez plus proche de cet objectif?

Non, le match vient seulement de commencer.

C’est-à-dire?

Aujourd’hui, le MPC m’a blanchi. J’ai également poursuivi en justice certaines personnes qui ont fomenté cette conspiration contre moi. Certains m’ont fait beaucoup de mal. Je ne les lâcherai pas qu’ils soient encore en fonction ou pas. La justice sportive dont j’ai été victime est au service de quelques administratifs, voire du président. Et ça, je ne le tolère pas. Pas plus que je ne peux accepter que cette justice sportive piétine la présomption d’innocence en m’ayant suspendu avant d’être jugé et ainsi m’empêcher de mener campagne pour la présidence de la FIFA dont j’étais le grand favori.

On vous sent très remonté.

J’aimerais vous y voir! On est dans l’Inquisition totale. C’est la FIFA qui m’accuse, c’est la FIFA qui me juge. Une anecdote en passant, pour vous expliquer comment cela se passe. Durant l’audience de la commission d’appel, deux juges sur quatre faisaient leur sieste. Et à la fin, ils n’avaient toujours pas pigé que j’avais produit une facture pour me faire payer ce que la FIFA me devait. Et ça, c’est un comportement éthique? À l’étape suivante, c’était le Tribunal arbitral du sport, en grande partie financé par la FIFA, qui a jugé. Il faut stopper ces conflits d’intérêts.

Est-ce que l’ancien numéro 10 envisage une ouverture pour éventuellement entamer des réformes de l’intérieur?

Il faut avancer pas à pas. Mais je rappelle que je suis toujours suspendu. Si je voulais envisager une réforme de l’intérieur, comme vous dites, il faudrait d’abord que la sanction soit levée par la FIFA. S’il n’y a pas de décision de la FIFA dans ce sens, ce sera de fait impossible.

Envisagez-vous de demander à la FIFA d’agir dans ce sens?

Non. Je ne demande rien, rien du tout. Je ne vais pas tomber de nouveau dans le piège et saisir la commission d’éthique pour qu’ils recommencent. Je n’ai plus aucune confiance.

Vous semblez revanchard. Pourrez-vous pardonner?

Pardonner, peut-être. Oublier, jamais. J’aimerais savoir qui pourrait accepter qu’on le traite de brigand dans le monde entier avec la complicité de personnes de la FIFA qui distribuaient discrètement les informations pour me salir. On a tout dit sur mon compte: que j’étais un corrompu, un falsificateur de comptes et même que je serais mort professionnellement! Tous ces gens me le paieront.

Vous en faites une affaire personnelle?

Loin de là. L’objectif est de changer cette justice partiale et opportuniste afin qu’elle ne puisse plus, à l’avenir, écarter des adversaires. Je ne veux plus d’injustice. Je veux la disparition de cette Commission d’éthique dont le seul but est de servir de bras armé à la FIFA pour écarter les opposants. J’espère que le recours que j’ai entrepris auprès de la Cour européenne des droits de l’homme permettra de mettre fin à ce système où des gens sont à la fois juges et parties et qui n’ont comme seul objectif que de protéger leurs bonus, leur business et eux-mêmes.

Ce serait une révolution?

Tant mieux! Ce serait honnête. Cela ne me dérange pas que la FIFA se penche sur un conflit entre X et Y. Mais c’est insensé quand elle tranche lorsqu’elle est une des parties d’un conflit. Il faut arrêter cette mascarade de justice. Dans ce combat, je ne m’interdis rien. Maintenant, j’ai le ballon dans les pieds et faites-moi confiance pour en faire bon usage.

Pensez-vous que la FIFA puisse faire amende honorable?

Il faudrait un peu de courage et d’élégance de sa part.

Nombreux sont ceux qui souhaiteraient votre retour et qui, désormais le disent. Avez-vous envie de revenir dans ce monde de la politique du sport?

On verra. Cela dépend encore de trop d’éléments mais sachez que je ne m’interdis rien.

Mais si vous deviez revenir, seriez-vous le même dirigeant qu’avant?

De fait, je suis aujourd’hui complètement différent d’avant. J’avais passé les cinquante dernières années dans l’effervescence, dans la communication, sans une minute de tranquillité. Les trois dernières, je suis revenu dans le monde réel, dans celui des gens normaux. Tu prends le temps de vivre, de réfléchir, de regarder et cela permet de discerner ce qui est vraiment important. Je suis même allé au théâtre! J’ai pu prendre du recul sur moi-même, sur l’amitié, le métier, la politique et la gratitude. Je suis redevenu celui que j’étais à 16 ans, avant d’être connu. Simplement normal.

Cette période vous a donc changé?

Je vois la vie différemment mais rassurez-vous, je n’ai rien perdu de ma combativité. Avant je n’avais jamais de temps. J’étais pris par les responsabilités, les décisions, les critiques. Aujourd’hui, je peux me rendre quelque part sans donner d’explications. J’arrive quand je veux. Ce sont des petits trucs que je ne faisais plus.

Vous en tirez tout de même du positif…

C’est le seul point positif. Car cela a été très dur, surtout les premiers mois. Après, dès que la suspension a commencé à être progressivement réduite – au départ, on parlait d’une suspension à vie -, les gens se sont vite rendu compte que c’était juste organisé pour m’écarter. Mais je dois avouer que c’était difficile à encaisser, surtout pour mes proches. Moi, j’ai le cuir épais. Et surtout je savais que je n’avais rien fait de répréhensible. Si j’avais été un voyou, jamais je ne serais là. Je serais parti en disant: «J’ai fait une connerie, au revoir». J’aurais démissionné avant de passer devant la Commission d’éthique, comme d’autres l’ont fait d’ailleurs. Et l’on n’aurait plus jamais entendu parler de moi.

Créé: 01.06.2018, 19h13

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