Lausanne attend Servette avec un seul mot d’ordre: oser le jeu

FootballDans un choc au sommet, tout se joue aussi dans la tête. Plus de spéculations, pour gagner, il va falloir le mériter.

Image: Keystone

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Le décor est planté, cette vieille Pontaise si souvent clairsemée aura belle allure, le parcage visiteurs affichera complet avec un déplacement massif des supporters grenat et tous les acteurs de ce derby rongent déjà leur frein. Les Lausannois bien sûr, qui mesurent bien l’obligation de succès s’ils veulent entretenir l’espoir d’une folle remontée au classement. Les Grenat aussi, sereins leaders avec leurs dix points d’avance, qui doivent se garder de faire de ce coussin agréable un oreiller de paresse.

Dans ce genre de situation, il y a toujours ces bonnes vieilles sentences qui collent à l’événement. L’une, lapidaire, ramasse toutes les autres: «Un derby, ça ne se joue pas, ça se gagne.» Assénée avec suffisamment de sérieux, l’air entendu, la pique fait mouche. Mais au-delà de l’effet de manche, dit-elle la vérité? Autrement dit: est-ce que la volonté de jouer doit s’effacer devant l’enjeu, qu’il soit émotionnel, comptable, avec pour seul horizon le duel à gagner? Autre sentence, en corollaire de la première: «Mieux vaut gagner en jouant mal que perdre en jouant bien.» Pourquoi pas. Sauf que l’expérience dit le contraire, que cette saison en cours raconte une autre histoire.

Servette joue bien, mieux que Lausanne et il est seul en tête, détaché. Lausanne, attentiste, plus calculateur, prend moins de risques offensifs, est bien moins plaisant que Servette, et il est décroché. Il y a une certitude qui s’est gentiment installée et préside en règle d’or de ce derby: celui qui osera le jeu aura le plus de chances de s’adjuger le derby.

L’équation grenat résolue

Tactiquement, Alain Geiger a résolu l’équation depuis longtemps. Il a analysé la situation qui lui préexistait, avant qu’il ne reprenne les rênes de la première équipe. «Servette avait fait onze nuls la saison passée, explique-t-il. J’ai aussitôt fait le nécessaire pour prendre des attaquants. En plus d’Alphonse et de Chagas, nous avons recruté Schalk. Et j’ai encore insisté pour avoir Kone. Pour moi, il était clair dès le début qu’en Challenge League, il fallait mettre de la pression devant. Alors dès que j’ai pu, quand tout le monde a été à disposition, c’est-à-dire à la fin d’août, j’ai mis en place le 4-1-3-2 qui est le nôtre depuis. Un No 6 de moins dans l’axe que pour un 4-2-3-1. Mais un attaquant de pointe en plus. Cela change toute la conception et cela marche bien pour cette ligue.»

Il y a une prise de risque dans cette tactique, qui se conjugue encore avec un No 10 très offensif et des animations sur les côtés, avec le duo Sauthier-Stevanovic à droite, et Cognat associé désormais à Iapichino à gauche. Mais cela ouvre des solutions offensives qui font de Servette la meilleure attaque et de très loin (61 buts marqués, contre 43 pour le LS jusque-là). Cela permet aux Genevois de renverser des situations compliquées, cela a déjà été le cas à Kriens, à Rapperswil ou à Aarau.

«Oui, c’est une autre philosophie qu’à l’époque, lance le capitaine Sauthier. Être conscient de sa force de frappe offensive, cela donne confiance à toute l’équipe, qui a tout de suite adhéré à cette vision du jeu.»

En résumé, Servette ose. Et en osant, il se met paradoxalement à l’abri de mauvaises surprises: il peut prendre deux buts contre Winterthour, mais il en marque cinq.

Le LS copie Servette

Lausanne s’en est sans doute rendu compte depuis quelques semaines. La méthode Contini, si prudente, ayant surtout contribué à faire du surplace en multipliant les matches nuls (14 déjà), l’entraîneur du LS s’est fait violence. «Lausanne nous a un peu copiés», sourit Geiger. Contini, comme Servette, a adopté ce 4-1-3-2 avec notamment le retour en grâce de Maxime Dominguez.

Mais Lausanne part de bien plus loin que Servette dans l’application de ce schéma de jeu. Là où les choses se sont faites naturellement, avec les impulsions de Geiger côté grenat, tout se cristallise dans l’urgence et presque contre nature pour Contini.

Lausanne est-il capable d’oser le jeu de la même manière que Servette? Il en a en tout cas le potentiel. Avec Buess et Koura devant, Dominguez en soutien, un Kukuruzovic encore et toujours attendu à son meilleur niveau, sans oublier le retour de Margiotta au sein du groupe, les arguments existent. La seule question est de savoir si Lausanne saura prendre les risques qui vont avec ce système.

Ce match ne sera pas décisif. Au coup de sifflet final, Servette sera toujours leader quoi qu’il arrive. Mais Lausanne sait bien qu’il joue sans doute sa dernière carte s’il veut viser la première place et la promotion directe qui va avec. C’est justement ce seul horizon, celui de la victoire impérative, qui peut le conduire à oser. Parce qu’en cas de nul et plus encore de défaite, les Vaudois auraient bien de la peine à regarder encore devant.

Place au derby.

Créé: 02.04.2019, 18h11

8500

Comme le nombre espéré de spectateurs ce mercredi. En dépit de la chute drastique du mercure – il ne devrait pas faire plus de quatre degrés au coup d’envoi – et de l’important risque de pluie (80%), les chaudes retrouvailles entre Lausanne et Servette devraient se jouer devant une belle chambrée.

182

Comme le nombre de derbies lémaniques disputés depuis 1933. Au bilan des confrontations, Servette mène largement 80 victoires à 56 alors que l’on dénombre aussi 46 nuls, le dernier remontant au 8 décembre (1-1, devant 8032 spectateurs).

4

Comme le nombre de Lausannois incertains: Silva, Brandão, Cabral et Zeqiri. Pour mieux brouiller les pistes? Geissmann et Nanizayamo sont, eux, blessés. N.JR

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