La passion leur permet de se remettre en selle

CyclismeLe décès du Belge Bjorg Lambrecht, 22 ans, a réveillé certaines peurs inavouables.

L’accident de Bjorg Lambrecht laissera des traces dans la mémoire des coureurs.

L’accident de Bjorg Lambrecht laissera des traces dans la mémoire des coureurs. Image: EPA

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«J’ai appris la nouvelle sur les réseaux sociaux. Elle s’est rapidement répandue. Elle a choqué tout le monde du cyclisme.» Deux jours après le drame, Alexandre Balmer est toujours atterré. Le décès, lundi, du jeune cycliste belge Bjorg Lambrecht lui a explosé en pleine face, une véritable bombe. Le jeune coureur romand le côtoyait sur la route. Ils partageaient le même rêve. «C’était un espoir. Nous courrions dans la même catégorie d’âge. Un grand talent en Belgique, promis à un avenir magnifique.»

Plus qu’un geste, un besoin

Un avenir pavé d’or qui a viré au drame. Le jeune grimpeur Bjorg Lambrecht pédalait vers les sommets du cyclisme mondial. Sa présence sur le Tour de Pologne, où a eu lieu l’accident, était une étape. La pépite belge y préparait le Tour d’Espagne, son premier grand tour professionnel. Son intégration à l’équipe Lotto-Soudal était son ticket pour la cour des grands. Il ne le compostera jamais.

En évoquant l’accident, l’ancien cycliste Laurent Dufaux est lui aussi ébranlé. Avec le recul, il pense bien sûr à sa famille, mais aussi à son team, meurtri. Et de décrire une solidarité insoupçonnée: «Au sein des équipes, certains coureurs prennent un rôle de psychologue. Ils soutiennent les athlètes les plus touchés. Personne ne sera jamais laissé seul face à ce genre de drame.»

Plus largement, l’accident ébranle tout le monde du cyclisme. Depuis lundi, les hommages affluent de partout. Un spécialiste de la télévision belge, Rodrigo Beenkens, publiait même une lettre ouverte à l’intention de son compatriote parti trop vite. Il y livre l’amour et l’admiration qu’il lui portait, à l’image de ce qu’il représentait pour le Plat Pays. Plusieurs légendes de la petite reine ont aussi partagé leur peine et leur soutien sur les réseaux sociaux. Laurent Dufaux l’assure: «Dans ce genre de situation, cette grande famille est capable de se serrer les coudes.»

Comme le veut la tradition, l’étape suivant le drame a été neutralisée. Les coureurs pédalaient mardi en hommage à leur camarade. Plus qu’un geste, un besoin, «même si ces journées sont très longues». Laurent Dufaux sait de quoi il parle. C’était un 18 juillet 1995, une sombre journée dans les Pyrénées. «J’étais dans le peloton du Tour de France lors du décès de Fabio Casartelli.» Un drame marquant qui a aussi ébranlé Marc Biver. L’ancien patron du Tour de Suisse a porté presque toutes les casquettes du monde du cyclisme, sauf celle de coureur. À l’époque, son coureur et ami, le champion Tony Rominger, avait eu besoin d’extérioriser sa peine: «Tony roulait devant mais il a entendu le choc. Il savait que la blessure était grave. Il a appris le décès par les journalistes à l’arrivée. Il avait eu besoin de parler.»

Laurent Dufaux avait aussi appris la réalité une fois la ligne d’arrivée franchie: «C’était un énorme coup de massue pour tout le monde. On est tous collègues, on se côtoie quotidiennement.» Et de relever encore qu’après cette course d’hommage, ceux qui le souhaitaient avaient pu aller se recueillir auprès du défunt.

Une trace indélébile

Nécessaire pour essayer de tourner la page. Car ce genre d’accident laisse une trace indélébile dans la mémoire des coureurs. «Comme dans tous les sports, on est bien sûr conscient qu’un accident peut arriver», souligne Laurent Dufaux.

Mais pour se protéger, les cyclistes regardent ailleurs. «On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres», témoigne Alexandre Balmer. Le Neuchâtelois confie aussi ne jamais visionner d’images de chutes: «Je n’ai pas envie d’y penser lorsque je suis sûr mon vélo.» Physiquement, le cycliste reste aussi vulnérable. «J’ai effectué une grande partie de ma carrière sans porter de casque. Avec le recul, c’était une folie incroyable», reconnaît aussi Laurent Dufaux. Lorsque la vitesse entre en jeu, le matériel ne protège plus de rien, ou presque. Sans parler des conditions climatiques, qui rendent les limites à ne pas dépasser difficile à évaluer. «Nous avons eu beaucoup de chance, car il y a des chutes, mais rarement de tels drames», estime l’ancien coureur. «Après ce genre d’accident, comme dans les courses automobiles, il faut rouler pour essayer d’oublier. Si on appréhende, c’est mieux d’arrêter», souligne Marc Biver, fort de son expérience. À ce niveau de compétition, la peur n’a pas sa place. La mort non plus, mais le risque zéro n’existe pas.

Le ton d’Alexandre Balmer est lourd: «C’est très bizarre pour moi, il n’était pas beaucoup plus âgé que moi. Il pratiquait sa passion et il a eu cet accident.» Encore sous le choc, amplifié peut-être par une identification involontaire. Puis le jeune espoir de se reprendre. Il souligne que c’est justement la passion qui l’aide à se remettre en selle. Le souvenir des émotions ressenties lors des compétitions, qu’il partageait avec Bjorg Lambrecht, «sont bien plus fortes que la peur».

Créé: 07.08.2019, 19h15

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