La France de Deschamps met en avant l'éclat de sa jeunesse

FootballAvec 24 ans et demi de moyenne d’âge, la formation tricolore a les défauts de ses qualités. Impressions.

À 19 ans, Kylian Mbappé (au centre) symbolise cette jeune équipe de France, qui s’annonce percutante offensivement.

À 19 ans, Kylian Mbappé (au centre) symbolise cette jeune équipe de France, qui s’annonce percutante offensivement. Image: Keystone

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Lié aux virtualités offensives de l’équipe, l’éclat de la jeunesse est-il garant de succès ou source d’inquiétude pour la France? Étant entendu que l’expérience prévaut pour une compétition de longue durée. L’interrogation taraude les esprits alors que le vice-champion d’Europe entre en lice ce samedi contre l’Australie.

Didier Deschamps alignera la plus jeune équipe de France en Coupe du monde depuis la première édition en 1930. À Kazan, le sélectionneur ne devrait titulariser que deux joueurs de plus de 25 ans: Kanté et Griezmann (27 ans tous deux). La formation tricolore affichera une moyenne d’âge de 24 ans et demi. Sur la liste des vingt-trois joueurs, seuls six étaient présents au Brésil en 2014 et neuf à l’Euro. Les Bleus n’ont jamais porté si bien leur nom.

En conférence de presse, à vingt-quatre heures du coup d’envoi, Didier Deschamps, toujours enclin à protéger son groupe, a estimé que le danger était maîtrisé. À ses yeux, jeunesse ne rime pas avec inexpérience mais avec fraîcheur.

«Ce n’est pas un risque d’entamer le Mondial avec une équipe jeune. Quatorze joueurs n’ont pas connu une grande compétition. Si je les prends c’est que je considère que c’est bien pour l’équipe. S’ils sont là c’est qu’ils ont la qualité suffisante. Ils évoluent dans des grands clubs. Je m’intéresse au groupe. Je ne vais pas faire une préparation spécifique en fonction de la jeunesse de certains.»

Milieu incolore

Vieux sage du football français, Guy Roux est dubitatif. «À l’Euro, on a dit et répété que la France préparait la Coupe du monde. Mais les gars en place ont été dépassés par une génération de jeunes joueurs doués. Mais inexpérimentés. Et à mon goût c’est très osé.» L’emblématique entraîneur de l’AJ Auxerre poursuit dans un même souffle: «Je ne suis pas sûr que les attaquants, par ailleurs séduisants, puissent s’exprimer. Jusqu’à présent, ils se sont montrés sur des actions individuelles, courtes. La France n’a pas de fond de jeu qui proviendrait d’un régulateur doué. Sur le plan créatif, le milieu de terrain est incolore.»

Sur le sujet qui occupe et préoccupe, Kylian Mbappé tient le discours suivant: «La jeunesse est une excuse sans l’être. Moi, je n’aime pas parler d’âge, soit on peut, soit on ne peut pas.» L’attaquant du PSG a été directement impliqué dans 20 buts en L1 cette saison (13 buts et 7 passes décisives).

Observateur avisé des choses de son sport, Gabet Chapuisat est d’avis que: «la jeunesse de l’effectif ne joue pas un grand rôle. Elle offre des certitudes au plan offensif. À 19 ans, Mbappé fait preuve d’une grande maturité. Le souci c’est l’entraîneur. Depuis sa prise de pouvoir (Ndlr: Deschamps est en fonction depuis 2012), je n’ai pas vu un vrai style. Et au moment de trouver l’osmose, j’ai quelques craintes. C’est aux joueurs de faire la différence.»

Guy Roux en remet une couche: «L’équipe est jeune mais on la voit peut-être plus belle qu’elle n’est. On insiste sur sa première qualité: la jeunesse. Mozart a fait ce qu’il a fait pas parce qu’il était jeune mais parce qu’il était Mozart. Les attaquants sont séduisants mais on croit de facto qu’ils sont formidables parce qu’ils valent plus de 100 millions. Pour les intéressés ces chiffres faramineux agissent comme un dopage moral. Ils leur procurent une confiance en soi phénoménale. Mais quand ça n’allait pas à Manchester United, Mourinho a écarté Pogba.»

Vert et blond

Gérard Castella voit en Pogba, un des deux problèmes qui se posent au sélectionneur: «Aura-t-il les cheveux verts et les mèches blondes? Je veux dire par-là que Pogba est imprévisible et trop bling-bling. En équipe de France, il parle plus qu’il est efficace.» Dans la foulée, l’ancien entraîneur de Servette et du LS s’interroge sur «les carences défensives. La France peut-elle tenir contre une grande équipe? À Deschamps de jouer. À l’Euro, il avait bien géré.»

S’agissant de cette France qui met en avant l’éclat de sa jeunesse, Castella traduit un sentiment général: «Le potentiel offensif est immense. La vitesse du trio d’attaque offre beaucoup de possibilités. Avec Griezmann en position de 9/10 et Dembélé et Mbappé sur les côtés, la France ne laisse pas d’impressionner.» A vérifier sur le terrain.

Créé: 15.06.2018, 21h07

L'avis de l'expert: Christian Karembeu

«J’aimerais bien que cette France nous ressemble»

«Voilà, la Coupe du monde 2018 a commencé et bien sûr, comme vous, je me réjouis. J’attends des surprises. Tiens: si la Suisse commence bien contre le Brésil, dimanche, elle pourrait prendre une belle confiance, elle était déjà très intéressante dans le jeu à l’Euro 2016. Je la suivrai avec plaisir.Mais ce samedi il y a la France qui entre en lice, contre l’Australie. Et nous sommes vingt ans après le titre remporté au Stade de France contre le Brésil, 3-0. Beaucoup de gens me parlent de l’équipe de France actuelle, comme si elle pouvait nous imiter.

J’aimerais bien que cette France-là nous ressemble, mais il y a un mais. Les choses ont changé, vingt ans ont passé. Je dis cela parce que la situation est forcément différente avec le temps. Chaque génération a ses codes de conduite, pour celle qui est en sélection aujourd’hui, c’est l’internet, les réseaux sociaux, une autre manière de vivre ensemble peut-être. Je ne juge pas.

Nous, en 1998, nous étions soudés comme jamais. Et je crois que nous étions plus matures. Nous avions déjà dans le groupe plusieurs joueurs qui avaient remporté une Ligue des champions, d’autres qui étaient arrivés en finale de cette compétition. Dans l’équipe d’aujourd’hui, il n’y a que Varane pour avoir cette expérience. Et c’est important, il faut connaître ça de l’intérieur, pouvoir le partager, évoquer ce petit vice qu’il faut avoir, parfois, confronté à cette pression.

Cela dit, la sélection tricolore a un bel atout dans sa manche: Didier Deschamps. S’il en est un qui peut transmettre les valeurs qui nous portaient il y a vingt ans, alors c’est bien lui. Il était notre capitaine et il ne voulait qu’une chose: que nous ne formions qu’un, tous ensemble.

Je ne sais pas si ses joueurs sont aussi soudés que nous l’étions. Je crois que cette forme de cohésion qui unit tout un groupe autour d’une cause commune ne germe qu’au travers des victoires. Cette équipe a déjà réalisé un magnifique parcours il y a deux ans, lors de l’Euro qu’elle disputait à domicile. Elle a perdu en finale contre le Portugal, il s’en est fallu d’un rien. Mais il manquait justement ce petit rien. Je souhaite qu’elle commence bien précisément pour lancer quelque chose. Je me méfie du physique des Australiens, de la folie des Péruviens. Les Danois, on connaît déjà mieux, on sait à quoi s’attendre. Alors on verra.

On se retrouve bientôt ici pour parler de ce Mondial.»
Retrouvez régulièrement et en exclusivité dans nos colonnes les analyses de Christian Karembeu, champion du monde 1998 avec la France.

Propos recueillis
par Daniel Visentini

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